Deux : Comme dialogue… sur les planches

Deux femmes, différentes, ô combien, sont réunies pour la première répétition d’une pièce de théâtre. Elles se retrouvent sur leur lieu de travail, la scène dans la brutale nudité des jours de besogne :

Hortense, actrice intuitive, instinctive, qui a connu quelque succès dans le vaudeville, ravie d’avoir obtenu un engagement, prise d’un permanent et irrépressible besoin de se raconter et Gertrude, auteur et metteur en scène de la pièce, intellectuelle un rien mégalomane au langage compliqué qui va essayer d’user de son ascendant pour soumettre sa comédienne aux exigences outrancières de son texte.

Rencontre de deux égocentrismes au cours de laquelle les incompréhensions seront inévitables. Promesse (tenue) de moments hilarants, et parfois douloureux, au milieu desquels on ne devrait pas être trop surpris de rencontrer sa propre caricature.

Dialoguer, est-ce toujours se rapprocher ?

La pièce de Victor Haïm (Molière 2003 du meilleur auteur dramatique français vivant) a été créée en 2002. Zabou Breitman l’a adaptée pour en donner une représentation à la télévision, avec Léa Drucker, à l’occasion des Molières de l’année 2011.

En voici le début :

Gnossiennes : Du silence vers l’infini

Erik Satie (1866-1925)

Erik Satie (1866-1925)

Où commence et où finit l’univers d’Erik Satie, ce « marginal paradoxal, misanthrope et sociable » comme le décrit la pianiste Anne Queffélec qui le connaît si bien pour avoir servi, et servir encore, sa musique avec tant de talent et de sensibilité ?

Nul besoin d’une oreille experte pour identifier la musique de Satie, différente bien que de son temps, originale parce que rétive au conformisme jusqu’à la provocation, souvent reflet de ses amitiés du moment, et toujours reconnaissable entre toutes par la poésie mystérieuse qu’elle diffuse.
 « A fleur de peau, la musique de l’entre-deux guerres est faite par des esprits fins qui saisissent ces délicates nuances, ces variations infinies de lumière sur la nature et sur l’âme humaine. » Rodolphe Bruneau-Boulmier (Livret du CD Anne Queffélec – Satie et Compagnie – Ed. Mirare).

Avec les Gnossiennes que Satie compose à partir de 1890, le compositeur ajoute à sa musique cette part supplémentaire d’irréalité ou de surréalité, qui ouvre vers de libres visions, que seuls le rêve et l’imagination savent créer, dans une nébuleuse partagée entre méditation et humour.
Ainsi sommes-nous transportés du silence vers l’infini sur des nuages de notes qui flottent autour de nous comme autant de cristaux sonores et envoûtants qui s’entrechoquent ou qui se frôlent à plaisir. Représentation des étranges géométries dessinées par les mystères de notre vie intérieure..

Emportés par la magie de la première Gnossienne, les danseurs, en quasi apesanteur, abandonnent leurs corps au mouvement spontané de l’improvisation.
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 Sergei Polunin et Kristina Shapran – Piano : Lang-Lang
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Sur les doux arpèges en mineur que fait glisser de la main gauche l’envoutante quatrième Gnossienne, quelques notes de la main droite viennent dessiner des paysages magiques dont nul ne sait l’origine. Flottant libre dans les méandres de cette ensorcelante humeur,  l’auditeur n’a plus qu’à laisser se façonner malgré lui son monde intérieur.

Ainsi, par exemple, ce montage élaboré avec les photos surréalistes de Gilbert Garcin. Étonnant et merveilleux voyage !

Photos : Gilbert Garcin – Piano : Alexandre Tharaud

Plus que 5 minutes !

Les caméras de télévision sont en place, les preneurs de son terminent leurs derniers réglages, le régisseur s’assure que tout est en ordre sur le plateau pour le récital en direct qui ne va pas tarder à enchanter les ondes. Il informe le pianiste qu’il ne lui reste plus que quelques minutes pour se chauffer les doigts… Mais tout ne va pas au mieux pour notre comédien-concertiste, Victor Borge : le deuxième thème, « più mosso », de la valse de Chopin Opus 64 N°2 en Ut dièse mineur ne passe pas, les croches accrochent à la main droite.

Il s’exerce malgré les mouvements incessants des techniciens qui s’affairent autour de lui… pour notre grand plaisir :

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Et si on écoutait cette valse sous les doigts de Yuja Wang dont Chopin aurait sans doute énormément aimé les interprétations… mais pas que…

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Alors, pour que notre concertiste en difficulté ne s’inquiète pas, rappelons-lui qu’il est toujours possible de progresser… un peu, avec beaucoup de travail.

Pour preuve Yuja Wang il y a quelques années…

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Un café ? Une cantate ? Pourquoi pas les deux !

Balthasar Denner (1685-1749) - Jeune fille offrant le café

Balthasar Denner (1685-1749) – Jeune fille offrant le café

Alors vous aussi ! Ah la publicité, décidément ! Allez, ne niez pas, j’ai déchiffré votre sourire, vos lèvres ont murmuré la désormais célèbre et inévitable question. Votre anglais, j’en suis sûr, n’aura jamais été aussi bon :  » Nespresso, what else ? « 

Sauf que cette charmante jeune fille, Mademoiselle Denner, fille du peintre, à en croire les historiens de l’art, ne posait pas ici pour la publicité d’une marque de café. Certes, l’Allemagne de ce milieu du XVIIIème siècle est particulièrement friande de cette nouvelle boisson qui déjà, partout en Europe, créé des addictions. Mais, à l’époque où les pinceaux de l’artiste étaient encore humides – et sur ces points les historiens sont formels et unanimes – on n’avait pas encore inventé la cafetière électrique à capsules et la télévision – chacun l’aurait deviné – n’avait pas encore fait de George Clooney, trop jeune, le séducteur que l’on connaît.

Mais nous ne nous interdirons pas le plaisir d’un petit scénario publicitaire anachroniquement fou. Imaginons que nous venons de perdre 279 ans, pas moins !

Zimmermannsches CaffeehausAutomne 1735 – Liepzig – Rue Sainte Catherine – Café Zimmermann.

A l’entrée du café où le Maître Jean-Sébastien Bach a coutume de réunir le Collegium Musicum, on aura placé, comme on le ferait d’une affiche aujourd’hui, le tableau attrayant de cette jeune fille offrant une tasse du délicieux breuvage. L’accroche, pour engager les passants à entrer nombreux, consisterait à faire dire à cette demoiselle :  » Jean-Sébastien Bach is inside !  » Ou plutôt :  » Johann-Sebastian Bach ist drinnen !  » –  Cela vous rappelle quelque chose de déjà vu, n’est-ce pas ?

Et la salle de se remplir, d’autant plus volontiers que – une fois n’est pas coutume – le Maître joue aujourd’hui une cantate pleine d’humour et de bonhomie,  » eine comische cantate  » (une cantate comique), selon son sous-titre original. C’est ici que nous quittons la fiction. Pour une fois, il ne rend pas hommage à Dieu, ni même à un prince. Celui qui inspire sa cantate c’est le café, tout simplement. Mais est-ce vraiment une cantate ? Cela ressemble plus sûrement à un petit opéra comique de poche, quelques saynètes qui n’enlèvent évidemment rien à la qualité de l’écriture musicale (on s’en serait douté), ni ne minimisent les rigueurs exigées des chanteurs.

Comme pour montrer le formidable compositeur d’opéra qu’il aurait pu être, Bach, parmi plus de 220 cantates composées, a produit une trentaine de cantates profanes qui ne sont en vérité que des opéras miniatures. La cantate du café (Kaffeekantate – BWV 211) en fait partie.

A l’instar d’une Passion, l’œuvre commence par un récitatif : un ténor demande au public de faire silence, une histoire va leur être racontée :  » Schweigt stille, plaudert nicht !  » (Silence, ne parlez plus !) 1. Est-on au théâtre ou à l’office ? Le ton et les mots qui suivent nous répondent : malgré la solennité de la musique, c’est au théâtre qu’on parle de  » vieux barbon qui grogne comme un ours « .

Ce vieux barbon à la voix de basse c’est Monsieur Schlendrian 2, le père d’une jolie jeune-fille, Liesgen, qui a tant de goût pour le café qu’elle en boit sans cesse. Désirant vivement l’éloigner de cette boisson du diable, il décide de la lui interdire 3. Liesgen argumente, expliquant dans une superbe aria soutenue par les harmonies d’une flûte enchanteresse que le café est assurément  » plus délicieux que mille baisers et plus doux que le vin des meilleurs muscats «   («  Ei ! wie schmeckt der Coffee süße « ) 4.

1. Recitativo (Ténor): « Schweigt stille, plaudert nicht » (Silence ! Ne parlez plus !)
2. Aria (Basse): « Hat man nicht mit seinen Kindern » (Avec ses enfants on n’a que des ennuis…) Début à 1’08
3. Recitativo (Soprano, Basse): « Du böses Kind, du löses Mädchen »  (Vilaine fille, fille trop libre…) – Début à 3’46
4. Aria (Soprano): « Ei! Wie schmeckt die Coffee süße » (Le café est plus délicieux que mille baisers) – Début à 4’27

Ce n’est que lorsque Schlendrian menace de ne pas lui permettre de se marier que Liesgen fait mine de se soumettre à la volonté de son père. Mais quand celui-ci s’apprête à lui trouver époux, Liesgen s’empresse de déclarer qu’elle exigera comme clause expresse du contrat de mariage que son époux s’engage à la laisser boire trois tasses de café par jour. Ainsi cette Kaffeekantate se termine-t-elle sur un rythme de menuet par cette fatale évidence chantée par le trio vocal :  » Die Katze lässt das Mausen nicht «  (Le chat ne peut s’empêcher d’attraper les souris), laissant comprendre par là que l’instinct des jeunes-filles du siècle est d’adorer le café.

Coffee-coffee-corn-cup-anise-anise-cinnamon-cinnamon-spices

Alors, pour garder le sourire… Un café Cantor, what else !

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Pour aller au bout du plaisir, la version complète de cette cantate dirigée par Nicklaus Harnoncourt avec le Concentus Musicus de Vienne.

Janet Perry, Soprano (Liesgen)
Robert Holl, Basse (Schlendrian)
Peter Schreier, Ténor

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Et, si l’on ne craint pas de garder les oreilles ouvertes toute la nuit,  dégustons ensemble une dernière tasse de ce café  » plus délicieux que mille baisers et plus doux que le vin des meilleurs muscats «  . Sumi Jo le prépare assez corsé.

SALUT SALON

Non, maman, pas de violon aujourd’hui !… On va voir un film super drôle avec les copines.

Maman, s’te plaît, pas de cours de piano st’aprem, j’ai un match de foot !… C’est important!

Toujours la même rengaine, n’est ce pas ? Et chaque semaine…

Pourquoi ne pas essayer cette petite méthode ? Juste pour montrer que la musique c’est aussi la joie, le plaisir, l’amusement, la  » pêche  » quoi ! La  » frite « , la  » patate « , le  » pied « !

  1. Réunir la famille (Ne pas oublier de suspendre l’autorisation d’envoi de SMS pendant quelques minutes…)
  2. Monter le volume du son
  3. Afficher plein écran
  4. Se régaler… (On a le droit de recommencer plusieurs fois)
  5. Ne pas oublier de préciser aux futurs virtuoses que pour faire pareil… faut un peu bosser… Enfin… beaucoup !

Et ça marche aussi avec la voix, même pour chanter en finnois. Faudra juste compléter les cours de chant  par les cours de langues.

Remarque : La pianiste-accordéoniste n’est pas N.K.M.

Merci à mon ami Robert de m’avoir fait découvrir, ce matin, ce bien sympathique quatuor

 » SALUT SALON « 

 » Le nom du quatuor a été choisi à l’occasion du 90e anniversaire du Salon Littéraire et Musical de Hamburg-Eppendorf ; il évoque aussi l’oeuvre connue de Edward Elgar,  » Salut d’Amour « , un des premiers morceaux de bravoure du quatuor. L’expression suggère de plus la convivialité, le brio et l’élégante désinvolture des quatre musiciennes. » (Wikipédia)

« Ah, Dieu, que la guerre est jolie! »

« Ah, Dieu, que la guerre est jolie ! »

Sans doute pas celle d’Apollinaire, non, mais certainement celle où la bataille fait rage sur la scène d’un théâtre quand les combattants ne sont autres que trois belles jeunes femmes aux voix d’or, prêtes à tout pour occuper la place tant convoitée de la Diva.

Quand les belligérantes de charme ont emprunté leurs uniformes aux opéras de légende, comme Sylvia Schwartz, qui, pour nous enjôler, a cousu sa robe dans la mantille en dentelles de la séduisante Carmen, comme Annette Dasch, préférant nous impressionner, qui a endossé le costume guerrier de la très wagnérienne Brünnhilde, chef des Walkyries, ou comme Daniela Fally qui a pris, pour la circonstance, le costume de la malicieuse Adèle, servante de Rosalinda dans la célébrissime « Chauve-Souris » (Die Fledermaus) de Johann Strauss II.

Toutes trois, pour briller, rivalisent de mauvais coups en interprétant une pièce composée sur un poème de Goethe par Friedrich Curschmann, chanteur et compositeur allemand de la première moitié du XIXème siècle, qui n’a pas fait forte impression à la seconde, ni à la postérité d’ailleurs.

Ah, Dieu que la guerre est jolie !

… En dentelles… et en sourire majeur !

JOYEUX   NOËL !

Traversons la mer rouge

Alors que je déjeunais hier avec quelques anciens camarades, l’évocation de certains souvenirs des temps actifs que nous partagions jadis et notre regard d’ancêtres sur le monde d’aujourd’hui, fit sauter à ma mémoire cette petite histoire qui nous a, et nous avait alors, beaucoup amusés. Je ne résiste pas au plaisir de la partager ici :

Voilà bien des années (une quarantaine, bon poids!), nous assistions à une conférence de Pierre Salinger, sur le thème de la communication.

Salinger-pierre-jfkPierre Salinger : journaliste américain et conseiller en communication, très engagé au sein du clan Kennedy, avant même l’élection de JFK à la présidence des États-Unis.

Il se proposait, ce jour-là, de montrer le pouvoir grandissant de la communication qui, disait-il alors, ne tarderait pas à devenir majeur et déterminant, compte tenu, entre autres, de la croissance exponentielle des technologies. – En ces temps là, un ordinateur de plusieurs tonnes, nécessitant pour fonctionner une salle « réfrigérée », spécialement aménagée, de plusieurs centaines de mètres carrés et une équipe d’ingénieurs pointus, développait mille fois moins de performances que le PC ou le Mac que nous posons négligemment sur le bras de notre canapé le temps de répondre à un SMS, l’œil rivé sur le lanceur de javelot polonais qui fracasse en direct le record olympique sur notre écran de télévision.

Selon la bonne habitude des conférenciers américains de commencer par dérider leur public, Salinger ouvrait son discours avec cette petite histoire drôle, représentant de façon caricaturale la thématique à venir :

Moise2

Le peuple juif, avec Moïse à sa tête,  fuit l’Égypte des pharaons qui le tient depuis longtemps en esclavage. Dans cette fuite précipitée, sans relâche, il avance vers les rives de la Mer Rouge. Mais les troupes que le pharaon a envoyées à sa poursuite se rapprochent et le danger d’être rejoint et massacré devient imminent. Danger d’autant plus grand que désormais la Mer Rouge, obstacle infranchissable, retient ce peuple sur ses rives. Pour échapper à la barbarie des soldats qui ne sont plus qu’à quelques jours de marche, il n’y a d’autre salut que de traverser les eaux.

Moïse est perplexe, soucieux, inquiet. Comment faire?

Il fait appeler son « Chef du Génie » et lui demande de construire sous bref délai un pont pour rejoindre l’autre rivage. La réponse est terrible : ni le temps, ni les moyens. Impossible!

Il fait alors appeler son « Amiral en chef », et lui demande de réaliser au plus vite un pont de bateaux entre les deux rives. Même impossibilité.

La situation est catastrophique.

Dans un dernier sursaut d’espoir, Moïse fait venir son « Attaché de presse » qui lui parle ainsi :

Moïse, place-toi face à la mer, fier et majestueux comme tu sais l’être, et ouvre largement ton bras gauche. Puis ouvre largement ton bras droit. Les eaux s’écarteront de chaque côté et formeront ainsi un couloir salvateur dans lequel tu pourras en toute sécurité engager ton peuple vers le rivage opposé.

Et tu penses que ça va marcher? demande Moïse.

Je ne sais pas, répond l’Attaché de presse, mais, si c’est le cas, je te garantis deux pleines pages dans l’Ancien Testament.

Moïse - mer rouge