Un cœur en automne /8 : Souvenirs à six cordes

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Un cœur en automne /8 : Souvenirs à six cordes

Ressouvenir

Ô passé des chants doux ! ô l’autrefois des fleurs !…
Je chante ici le chant des anciennes douleurs.

[…]

Renée Vivien (1877-1909)

Un cocktail mélancolique comme une potion cosmopolite du bonheur :

– Quelques vers languides d’une belle poétesse française,

– Une partition de musique nostalgique d’un compositeur brésilien,

– La délicate virtuosité d’une interprète chinoise…

 … faisant chanter la guitare d’un légendaire maître facteur espagnol.

Xuefei Yang

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Un cœur en automne /5 : Back to Carrieckfergus

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Un cœur en automne /5 : Back to Carrickfergus

Carrickfergus castle – photo by John Tinneny

Il est tard. Les vieilles pierres irlandaises neuf fois centenaires du château de Carrickfergus ne vont pas tarder à rejoindre pour la nuit leur nid de brumes froides.
Laissons les se souvenir des invasions qui les assemblèrent et des combats dont elles portent encore fièrement les cicatrices.

Ce soir, nous irons nous réchauffer dans ce pub, derrière le port.
Autour d’un violon, d’une flûte, et d’une guitare, nous noierons notre mélancolie dans une (ou peut-être deux…!) pinte de Guinness ou de Kilkenny.
Une jolie rousse chantera pour nous la complainte de ce ce vieux vagabond qui rêve, avant de mourir, de retrouver ses amours de jeunesse, là-bas, pas très loin de Belfast, à Carrickfergus…

Émus, nous lèverons nos verres… à l’irlandaise :

– « It’s grand !  Slàinte ! »*

* « C’est bon ! Santé ! » (Prononcer “Slantché”)

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Un cœur en automne /4 : La mélancolie

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Un cœur en automne /4 : La mélancolie

Charade :

– Mon premier : 

« C’est un chat perdu
qu’on croit retrouvé
… »

– Mon deuxième :

« C‘est se r’trouver seul
place de l’Opéra
quand le flic t’engueule… »

– Mon troisième :

« C’est revoir Garbo
dans La Reine Christine
c’est Victor Hugo
et Léopoldine
… »

– Mon quat…

– Et mon tout :

« C’est quelquefois rien
C’est quelquefois trop... »

Mais c’est une bien poétique chanson française d’un révolté de génie !

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Un cœur en automne /1 : Octobre

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Un cœur en automne /1 : Octobre

« Je voudrais dire encore un mot à l’adresse des oreilles exquises : ce que, quant à moi, je demande véritablement à la musique. Qu’elle soit de belle humeur, désinvolte, tendre et profonde comme un après-midi d’octobre. »    (Nietzsche – « Ecce homo »)

Ivan Shishkin – peintre paysagiste russe (1832-1898)

Imprégné des mots de Nietzsche que j’ai fait miens depuis longtemps, et glissant mon pas dans les pas romantiques de Tchaïkovski, c’est au rythme lent du promeneur solitaire que j’entreprends aujourd’hui cette balade à travers l’automne.
Mais peut-être n’était-ce que la…

[…]

Une halte en poésie, une autre au pied d’un chevalet…
Peut-être qu’un violon couleur d’automne me confiera son âme ?
Et, qui sait, belle amie, si votre chant daignait m’offrir la vôtre…?

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La nuit 32 – Effet de soir

Léon Spilliaert (1881-1946) - Digue de nuit - 1908

Léon Spilliaert (1881-1946) – Digue de nuit – 1908

Effet de soir

Cette nuit, au-dessus des quais silencieux,
Plane un calme lugubre et glacial d’automne.
Nul vent. Les becs de gaz en file monotone
Luisent au fond de leur halo, comme des yeux.

Et, dans l’air ouaté de brume, nos voix sourdes
Ont le son des échos qui se meurent, tandis
Que nous allons rêveusement, tout engourdis
Dans l’horreur du soir froid plein de tristesses lourdes.

Comme un flux de métal épais, le fleuve noir
Fait sous le ciel sans lune un clapotis de vagues.
Et maintenant, empli de somnolences vagues,
Je sombre dans un grand et morne nonchaloir.

Avec le souvenir des heures paresseuses
Je sens en moi la peur des lendemains pareils,
Et mon âme voudrait boire les longs sommeils
Et l’oubli léthargique en des eaux guérisseuses.

Mes yeux vont demi-clos des becs de gaz trembleurs
Au fleuve où leur lueur fantastique s’immerge,
Et je songe en voyant fuir le long de la berge
Tous ces reflets tombés dans l’eau, comme des pleurs,

Que, dans un coin lointain des cieux mélancoliques,
Peut-être quelque Dieu des temps anciens, hanté
Par l’implacable ennui de son Éternité,
Pleure ces larmes d’or dans les eaux métalliques.

Ephraïm Mikhaël (1866-1890)

Ephraïm Mikhaël

La nuit 30 – Mélodie sentimentale ou le « bonheur d’être triste »

« La mélancolie est un crépuscule. La souffrance s’y fond dans une sombre joie. La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste. »

Victor Hugo – Les Travailleurs de la mer

Où notre âme élégiaque peut-elle mieux que dans la « saudade » de la mélodie brésilienne chercher l’écho de cette indéfinissable sensation mélancolique qui la maintient en état d’impesanteur au milieu des halos d’une tristesse diffuse, là-même où ose à peine se dissimuler la suavité de l’inavouable plaisir que cette lascivité lui procure ? Comme si cet état mélancolique constituait pour nous-même l’indispensable preuve de notre existence, légitimation, s’il en était besoin, de l’ineffable bonheur qu’elle confère à nos instants crépusculaires.

Seul le chant mélodieux d’Orphée, l’inconsolable, sait raconter l’abondance et le manque… Orphée est brésilien, n’est-ce pas ? Et le poète n’ignore pas, quand, depuis la nuit de ce « pays de lumière, de sel et d’eau », il choisit de nous caresser le cœur en boucle avec une mélodie sentimentale, qu’il nous téléporte subrepticement, petit à petit, dans l’intime de l’âme brésilienne, comme devant le miroir de nos propres langueurs.

Ainsi s’invente une histoire…

Tout commence un soir, à Rio de Janeiro, loin des tambourins métalliques des cariocas en fête, dans le fauteuil de velours d’une petite salle de concert. Une soprano, charmante, gracieuse, Nadine Sierra, entre en scène accompagnée de son pianiste. Elle chante, elle enchante… Après les merveilles de son répertoire, joyeux, sucré, savant, quelques bis, délicieux. Enfin, l’ultime morceau du récital, un hommage au plus romantique des compositeurs brésiliens : Nadine, négligemment appuyée sur le piano, interprète une pièce d’Heitor Villa-Lobos, « Melodia sentimental », composée en 1950 – quelques années avant sa mort – sur une poésie de Dora Vasconcellos.

Un rien compassé, certes, mais un bonheur ! Un bonheur de douce mélancolie !…

La mélodie me poursuivra jusqu’au bout de la nuit… La mélancolie aussi.

Acorda, vem ver a lua
Que dorme na noite escura
Que surge tão bela e branca
Derramando doçura
Clara chama silente
Ardendo meu sonhar..

As asas da noite que surgem
E correm no espaço profundo
Oh, doce amada, desperta
Vem dar teu calor ao luar

Quisera saber-te minha
Na hora serena e calma
A sombra confia ao vento
O limite da espera
Quando dentro da noite
Reclama o teu amor

Acorda, vem olhar a lua
Que brilha na noite escura
Querida, és linda e meiga
Sentir meu amor e sonhar

Réveille-toi, viens voir la lune
qui dort dans la nuit noire
qui surgit si belle et blanche
fontaine de douceur
claire flamme silencieuse
brûlant mes songes..

Les ailes de la nuit qui apparaissent
et traversent les profondeurs de l’espace
oh, bien aimée, réveille-toi
viens donner ta chaleur au clair de lune

J’aimerais te savoir mienne
à l’heure sereine et calme
où l’ombre confie au vent
la limite de l’attente
quand dans la nuit
elle réclame ton amour

Réveille-toi, viens voir la lune
qui brille dans la nuit noire
Chérie, si belle, si tendre,
reçois mon amour et rêve

&

Quelques tranches de « carne de sol » et une ou deux « caïpirinha » plus tard, me voici entraîné dans la chaude nuit brésilienne. On a décidé, cadeau d’une amitié soudaine, de m’emmener au « Vivo Rio » écouter la grande Maria Bethania. Quand nous arrivons dans la salle comble où elle se produit ce soir, elle a, depuis de longues minutes déjà, hypnotisé la foule inconditionnelle de ses admirateurs. Du fond du théâtre enthousiaste où nous attendons de pouvoir prendre place, nous voyons Maria revenir sur le plateau après une courte pause. Dès que, dans un balancement nonchalant, les lampions du décor tamisent leur déjà pâle lumière, le silence s’empare des lieux désormais en apnée. Discrètement soutenue par quelques accords de guitare, Maria dit quelques vers extraits du célèbre poème « Patria minha » (Ma patrie) du non moins célèbre Vinicius de Moraes, avant d’enchainer la désormais mienne « Melodia sentimental ».

A croire qu’elle m’avait attendu…

Patria Minha (Vinicius de Moraes)

Se me perguntarem o que é a minha pátria, direi :
Não sei. De fato, não sei
Como, por que e quando a minha pátria
Mas sei que a minha pátria é a luz, o sal e a água
Que elaboram e liquefazem a minha mágoa
Em longas lágrimas amargas.

Si l’on me demande quelle est ma patrie, je dirai :
Je ne sais pas. De fait, je ne sais pas
Comment, pourquoi ou quand ma patrie
Mais je sais que ma patrie est la lumière, le sel et l’eau
Qui façonnent et liquéfient ma douleur
En de longues larmes amères.

Autre lieu, autre voix, autre accent, plus populaire sans doute, mais même parfum de douce mélancolie où confusément se mêlent fumet de souvenir et arôme d’espérance.

&

Mais, on le sait, la nuit à Rio ne prend fin qu’avec l’apparition des premiers rayons du soleil sur la baie. Alors, après son enivrant concert, notre « Abelha-rainha » (Reine des abeilles), comme on surnomme ici Maria Bethania, que nous sommes allé saluer dans sa loge, nous a invités à attendre le bel astre sur sa terrasse, en haut de sa colline. Des heures et des heures magiques pendant lesquelles chacun a partagé sans pudeur, mais avec une infinie délicatesse, ses sentiments, d’un trait de guitare, d’un hochement rythmé de la tête, ou en mêlant simplement son fredonnement à la chorale improvisée, plongeant de temps à autre un regard admiratif vers le scintillement des braises éternelles éparpillées tout en bas.  

Et puis, aux derniers instants de la nuit, avant que nous nous séparions, Maria a bien voulu, partager avec nous l’un de ses enregistrements de « Melodia sentimental ». A l’observer s’écouter elle-même, qui aurait encore osé un doute ?

« La mélancolie c’est le bonheur d’être triste. »

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