Pour l’amour de Célimène… ou de Ludmilla

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Pour l’amour de Célimène… ou de Ludmilla

Ce billet reprend et complète l’article diffusé sur « Perles d’Orphée »
le 4 mai 2013 : « Célimène et le Cardinal »

CélimèneLudmilla Mikhaël

Trahi de toutes parts, accablé d’injustices,
je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices,
et chercher sur la terre un endroit écarté
où d’être homme d’honneur on ait la liberté.

Célimène vient de refuser à Alceste de le suivre dans son exil, loin des hypocrisies de ses contemporains.
La trahison est à son comble. « Le Misanthrope« , « l’atrabilaire amoureux », – celui de Molière, bien sûr – quittera seul son monde qu’il exècre pour un long exil inconnu.

Vingt ans plus tard, contre toute attente, le voici réapparaître auprès de Célimène grâce au talent du dramaturge Jacques Rampal, dans sa pièce de théâtre de 1992 :

« Célimène et le Cardinal »

Alceste est devenu Cardinal, en effet, mais son amour de jeunesse pour Célimène n’a pas faibli.
Célimène, a pris ses distances avec le milieu des courtisans. L’épouse bourgeoise qu’elle est devenue, mère de quatre enfants, n’a rien perdu, malgré les années qu’elle porte à merveille, de sa coquetterie et de son désir de plaire.

Les retrouvailles promettent de bien belles joutes de dépit amoureux, en alexandrins, où s’affrontent, pour le plus grand plaisir du spectateur, deux amants qui dissimulent sous leur intelligence et la vivacité de leur esprit leur difficulté à parler librement le langage de l’amour.

Deux vidéos de leur nouvelle rencontre, au début de la pièce, alors que Alceste en fringant Cardinal rend visite à Célimène, dans ses appartements :

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Les livres nous lisent-ils ?

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Les livres nous lisent-ils ?

José Ferraz de Almeida Júnior (Brésil – 1850-1899) – Leitura

« Il me semble avoir lu que nous lisons moins les livres qu’ils ne nous lisent. Nous croyons aller vers eux, vers ce qu’ils nous disent, entrer en eux : ils viennent à nous, ils font surgir de nos oublis des pans et des verstes de notre vie. Leur voix nous peuple… »

Quelques réflexions de Claude-Henri Rocquet sur le livre et la lecture, extraites d’un long et passionnant billet de sa part, « Lecture de Rimbaud », publié dans « Les carnets d’Hermès » N°9 d’octobre 2016.

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Corde sensible

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Corde sensible

NobukataFemme avec lyre (détail) – XVIIe

« Le trémolo, c’est-à-dire la création d’une ligne mélodique par la répétition rapide d’une même note aiguë accompagnée par les notes graves de l’harmonie, est l’un des effets les plus charmeurs que la guitare puisse produire. »

Charles Duncan
Pédagogue américain de la guitare, auteur de « The Art of Classical Guitar Playing »

* * *

Deux magnifiques pièces emblématiques du répertoire pour guitare dans lesquelles l’usage du tremolo est porté au paroxysme de l’enchantement :

« Recuerdos de la Alhambra » (Souvenirs de l’Alhambra de Grenade) composé en 1896 par Francisco Tarrega comme un écho aux sonorités d’une des fontaines du palais.

« Una limosna por el amor de Dios » (Une aumône pour l’amour de Dieu), écrite par Agustin Barrios peu de temps avant sa disparition en août 1944.

A la courte liste des guitaristes qui ont frisé la perfection dans l’exécution du trémolo, il faut désormais ajouter, incontestablement, une jeune virtuose sud-coréenne déjà au sommet de son art :

Kyuhee Park

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Concerto en robe de bure…

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Concerto en robe de bure…

« Ce n’est pas du Poulenc plaisant genre Concerto à deux pianos, mais plutôt du Poulenc en route pour le cloître, très XVe siècle si l’on veut… »

Francis Poulenc 1899-1963

C’est par ces mots que Poulenc évoquait, dans une correspondance de 1936, le « Concerto en sol mineur pour orgue, orchestre à cordes et timbales » qu’il était en train de composer pour Winnaretta Singer, la Princesse Edmond de Polignac.

En 1936, quelques évènements forts allaient marquer la vie du compositeur au point de ressusciter la foi chrétienne de son enfance, faisant naître en lui un artiste nouveau qui, sans se substituer au premier, viendra fusionner avec lui dans un même langage musical.

Premier exemple de cette cohabitation heureuse du profane et du sacré dans l’œuvre de Francis Poulenc, le « Concerto pour orgue » dans lequel s’exprime avec une réelle sincérité la vérité profonde du musicien.

Iveta Apkalna (orgue)

L’œuvre est écrite, à la manière de Buxtehude, comme un unique mouvement divisé en sept sections contrastées jouées sans interruption.
La figure d’orgue en ouverture rend hommage à la grandeur gothique des toccatas de Bach et alterne avec des accords orchestraux obsédants sur une impulsion insistante de timbales.

L’Allegro giocoso suivant nous confirme bien que Poulenc tient la plume, mais incontestablement il ne laisse pas s’envoler son espièglerie légendaire.
Avec l’Andante s’élève une caressante mélodie aux accents de profonde sincérité.
S’ensuit une alternance d’humeurs partagées entre tempo accéléré, voire agité, et introspection plus lente ; reviennent alors les impulsions initiales qui, épuisées, s’abandonnent dans une calme méditation.
Une mélodie transcendante d’alto, comme un souffle lointain, monte du cœur de l’orchestre jusqu’à culminer au point où ressurgit l’Allegro initial.
L’orgue, ayant donné le ton, entraîne désormais les cordes dans un lent et solennel recueillement collectif avant de conclure avec la noblesse du maître de cérémonie sur les accords de toccata, alla Bach.

Moment sublime de musique avec aux claviers la belle organiste lettone Iveta Apkalna accompagnée par le hr-Sinfonieorchester sous la direction de son chef résident, Andrés Orozco-Estrada.

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Mon père – Il y a quarante ans

Car ce cœur fier que rien de bas ne peut séduire,
Ô père, est bien à toi, qui toujours as fait luire
Devant moi, comme un triple et merveilleux flambeau,
L’ardeur du bien, l’espoir du vrai, l’amour du beau !

Théodore de Banville – « À mon père » (Février 1846)

Il y a quarante ans, le 31 décembre 1979, la chère voix qui, avec naturel et simplicité, ne manquait jamais l’occasion de saluer, pour ma gouverne, entre autres valeurs humaines, les vertus de la liberté et de l’indépendance, s’est tue.

En un éclair qu’aucun nuage n’avait annoncé, le caillot qui devait définitivement foudroyer ce cœur si généreux, cet après-midi-là, en atteignant son sinistre dessein, coagulait du même coup le monde insouciant qui était le mien.
Mon père s’en était allé au destin, (selon cette belle expression empruntée au code d’ Hammourabi).

C’est à lui, et à lui seul, que je dois l’amour de la musique, et c’est à travers elle que, depuis quarante an, nous communiquons.
Cela me donne aujourd’hui le droit de lui reprocher avec la plus tendre et souriante véhémence de m’avoir passé tant de caprices aux heures des leçons de solfège…

Papa, tu avais le piano romantique et le violon joyeux… et virtuose !

Ce billet comme un modeste petit caillou blanc sur une grosse pierre noire qui abrite pour l’éternité, depuis quarante ans, mon père que j’aimais tant.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L’argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs !
Où sont des morts les phrases familières,
L’art personnel, les âmes singulières ?
La larve file où se formaient des pleurs.

Paul Valéry – « Le cimetière marin »

Deux poupées sous le sapin…

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Deux poupées sous le sapin…

Quand, à l’âge où le retour en enfance est inévitable, on a la chance de trouver sous son sapin de Noël deux poupées fantastiques, l’une qui chante, et l’autre qui danse, la tentation est grande, – n’est-ce pas ? – de s’inventer de belles histoires de grand enfant.

Heureusement, le bout de lucidité qui ne s’est pas encore échappé rappelle qu’il est plus sûr, pour garantir son plaisir, d’emprunter leur imagination aux génies qui nous ont précédés, et leur talent aux merveilleux artistes qui en ont interprété les œuvres.  

Mais, tout de même !

Deux poupées sous le sapin…

Merci Père Noël !

Joyeux  Noël  à  tous !

Merry Christmas !

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