La nuit 27 – Minuit, l’heure du « blues »

Autour de minuit !

Minuit n’est jamais bien loin quand le « blues » nous emporte. C’est l’heure où tout se vaporise, où tout devient fumée, où tout semble fumeux. Dans ces brouillards insomniaques qui enferment la nuit entre le trop plein des verres d’alcool et les moues blasées d’où s’échappent en nuages bleutés les paresseuses mélancolies, les souvenirs font une ronde triste.

Les dissonances d’un piano nonchalant qui improvise une ballade dans la lumière blafarde répondent en écho à l’heure maussade. Au fond de la boîte de jazz, sur l’estrade, chapeau sur la tête, seul devant le clavier de son vieux Steinway exhibant impudiquement ses tripes de métal, Thelonious Monk joue.

Quelques notes, quelques arpèges, deux ou trois accords, et le silence s’est installé sur chaque tabouret du bar, sur chaque chaise de la salle. Chacun a reconnu cette introduction ; elle annonce les cinq notes inoubliables du standard que l’on tient à écouter les yeux clos pour mieux sentir les vapeurs élégiaques de l’heure caresser son âme :

« ‘Round Midnight ».

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‘Round Midnight, que Thelonious Monk compose à l’âge de 19 ans, au début des années 1940, est, semble-t-il, le standard  le plus joué et le plus enregistré de l’histoire du jazz. Après l’avoir entendu sous ses doigts, plus besoin d’explication à ce succès, n’est-ce pas ? Les versions d’anthologie interprétées par tous les plus grands musiciens de jazz ne manquent évidemment pas à l’appel, et chacun, sur son instrument (guitare, saxophone, piano, basse, voix, trompette etc…) a fait de ces 5 petites notes une merveille de plus.

Quel bonheur d’avoir choisi d’écrire ces quelques lignes ! La trompette de Dizzy Gillepsie et celle de Miles Davis ont réenchanté ma platine, la voix d’Ella est revenue chouchouter mes enceintes, et Jim Hall a même branché sa guitare à mon ampli.

Minuit au jardin des délices !

Je garde cependant une oreille très attendrie – sans doute pour des raisons qui appartiennent en grande mesure à mon histoire – pour deux versions de ce morceau, l’une, délicat velours qui tapisse le cœur, au saxophone ténor par l’immense Sonny Rollins, l’autre, suave, sensuelle, chantée par Sarah Vaughan à son meilleur.

Alors, puisque les billets de ce blog ne sont, au fond, que des pages « publiables » du journal intime que je n’ai jamais entrepris d’écrire, et que Youtube m’offre le pouvoir facile de partager le plaisir de mes vieilles écoutes…

Sonny Rollins  – saxo-ténor (1964)

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Sarah Vaughan (1963)

Autour de minuit

Ça commence à se voir autour de minuit, minuit.
Je m’en sors pas mal jusqu’au coucher du soleil,
Au diner, je me sens triste,
Mais ça devient vraiment mauvais, autour de minuit.

Les souvenirs commencent toujours autour de minuit.
Je n’ai pas le cœur pour faire face à ces souvenirs
Et mon cœur est encore auprès de toi ;
Et ce vieux minuit le sait aussi

Quand après une dispute, on a besoin de se raccommoder.
Est-ce que ça veut dire que notre amour se finit ?
Chéri, j’ai besoin de toi, ces derniers temps, je trouve,
Tu es sorti de mon cœur et je perds la tête.

Laissons nos cœurs prendre leurs vols autour de minuit, minuit.
Laissons les anges chanter pour ton retour
Jusqu’à ce que notre amour soit sauvé.
Alors, que ce vieux minuit vienne à son tour.

Être triste devient vraiment mauvais
Autour, autour, autour de minuit.

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Autour de minuit afficheQuand on parle jazz aux environs de minuit, on ne peut manquer d’avoir une pensée pour le film que Bertrand Tavernier a réalisé en 1986, en hommage à ces musiciens que le cinéma américain avait un peu trop négligés à l’époque.

Le film, inspiré par la vie de Lester Young – formidable et excentrique saxophoniste de la première moitié du XXème siècle – raconte l’histoire d’un prodigieux saxophoniste de jazz qui a connu la gloire quinze ans plus tôt, et qui revient à Paris dans l’espoir de retrouver ses amis et son prestigieux passé. Mais il ne trouve que pauvreté et solitude et choisit de les noyer dans l’alcool. Une rencontre fortuite va cependant éclairer sa vie : Francis, un jeune dessinateur passionné de jazz et qui admirait tant jadis le musicien, le reconnaît. Une réelle amitié prend forme entre les deux hommes et Francis est tout décidé à aider Dale Turner – c’est le nom du saxophoniste et personnage central du film – à se reconstruire autour de la musique. Mais la déchéance finira hélas par gagner, conduisant Dale à la mort.

Francis est interprété par un jeune François Cluzet et c’est le saxophoniste Dexter Gordon qui joue brillamment, avec une justesse de ton exemplaire, le rôle de Dale Turner. Pas étonnant qu’il ait été nommé en 1987, aux Césars et aux Golden Globes, dans la catégorie « Meilleur acteur ».

Pour ce qui est de la musique du film, les jurés des Césars comme leurs homologues des Oscars, cette même année 1987, ont couronné comme il le mérite le compositeur et pianiste de jazz Herbie Hancock à qui Bertrand Tavernier avait confié les partitions.

Dexter Gordon Francois Cluzet

Coup de fouet… Encore !

Non ! Il ne faudrait surtout pas imaginer à partir d’un tel titre une quelconque névrose sado-masochiste de l’auteur – qui en compte tellement d’autres…  Et pour éviter la mauvaise interprétation, traduisons vite l’expression coup de fouet en anglais : whiplash.

Les cinéphiles sourient déjà ; certains même ne peuvent retenir leur pied droit qui frétille au rythme du boogie-woogie endiablé qu’ils commencent à fredonner. Car c’est de jazz dont il est ici question, et de cinéma.

WHIPLASH, c’est d’abord le titre d’un morceau de jazz de Hank Levy, saxophoniste et compositeur américain décédé en 2001. Et c’est aussi le titre du film très récent de Damien Chazelle, qui met en scène autour de cette musique, entre autres, deux passionnés de jazz à la recherche de l’excellence, le maître et son élève, dans une relation de type « je t’admire et je te déteste », « tu me fascines et je te hais ».

La critique dans son ensemble ayant utilisé tous les adjectifs dithyrambiques du dictionnaire, ce billet ne sera donc qu’une redite. 

Whiplash afficheAndrew (Miles Teller), un jeune batteur surdoué, en première année de formation au conservatoire de Manhattan rêve de devenir le nouveau Buddy Rich. Le redoutable et très exigeant professeur Terence Fletcher (J.K. Simmons), toujours à la recherche de talents originaux pour l’orchestre de l’école, le remarque et l’intègre dans son groupe de musiciens brillants. Fletcher, convaincu qu’Andrew fait partie de la race des grands, et persuadé que la perversité et l’humiliation constituent de réelles vertus pédagogiques, va déployer tout ce qu’il possède en lui de férocité pour pousser son élève à se transcender. Il justifie cette attitude par sa croyance en la légende du célèbre Charlie Parker selon laquelle ce saxophoniste génial ne serait jamais devenu le « Bird » s’il n’avait pas reçu en pleine figure pour prix de son mauvais jeu d’un soir une cymbale qui aurait pu le blesser sérieusement et les railleries de tous. Charlie Parker s’est senti tellement humilié ce soir-là qu’il s’est isolé pendant une année entière pour travailler à devenir le meilleur.

Tout le film illustre le lourd tribu de souffrance qu’exige l’excellence pour celui qui se montre déterminé à l’atteindre. Aucune expression ne peut se révéler plus nocive pour un élève que « bon travail », dit Fletcher, le professeur.

Les envies ne manquent pas pour le spectateur de se lever et taper des mains en rythme, dans le tempo, mais la crainte du sursaut violent d’un chef intransigeant au moindre quart de temps loupé le tient cloué à son fauteuil, pris en étau, comme le jeune héros, entre la nécessaire soumission de l’apprenti sincère et l’impétueux rejet de l’humiliation perverse.

Whiplash, le film, c’est du sang, de la sueur et des larmes, des rancœurs et des rancunes, certes, mais c’est une superbe débauche d’énergie et de volonté. La confrontation pour le meilleur de deux acteurs d’exception qui rendent leurs personnages respectifs plus vrais que vrais, malgré une intrigue modeste. La virtuosité est partout, chez les musiciens, soit, mais également dans le jeu des comédiens, dans l’œilleton de la caméra, dans les micros de l’ingénieur du son autant que dans les doigts tranchants du monteur.

Des coups de fouet comme celui-là, on en redemande… Pour le plaisir du cinéma et de la musique.

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Une petite anecdote que l’on raconte à propos de l’immense batteur de jazz BUDDY RICH (1917 – 1987) qui est l’idole du jeune Andrew dans le film, et que le monde du jazz considère le plus souvent comme le grand Maître omni tempore de l’instrument :

Un soir, à la fin d’une répétition, un trompettiste parle du batteur de l’orchestre et dit à son collègue pianiste :

– Pour qui se prend-il ce gars-là, pour Dieu tout puissant ?

Le pianiste répond :

– Non, il est Dieu tout puissant. Il pense juste qu’il est Buddy Rich.

2015 : des vœux en forme… de perles

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Je souhaite que ces deux premières perles de 2015 servent de modèles à toutes les heures de votre nouvelle année :

Que la première leur inspire, pour rendre plus éclatant chacun de vos instants, la légèreté et la grâce de la souriante Aspicia, « la fille du Pharaon », que Taor, voyageur anglais, assoupi un instant dans la pyramide qui depuis des millénaires abrite la princesse, fait danser au milieu de son rêve extatique.

Et pour que le modèle que chaque heure aura à imiter se tienne au plus près de la perfection, la perle se fait étoile, la reine elle-même prête sa beauté et son talent à la jeune princesse : la Reine du Bolchoï, déesse de la danse, Svetlana Zakharova.

La deuxième perle  – en vérité, la deuxième fée – conférera à vos jours, je le souhaite, le souffle tonique d’un morceau de jazz, la joie enfantine et ludique, mais savante, des doigts qui l ‘interprètent, le plaisir des rencontres heureuses que celui-ci propose autour d’une tasse de thé…

… Et le bonheur simple, tel qu’il se cache derrière les bonnes surprises, comme celle, par exemple, jouissive, de l’alliance inattendue d’une virtuose du piano classique avec la comédie musicale de Broadway :

Excellente Année 2015 !

Ça, je ne pourrais pas l’oublier («They can’t take that away from me »)

Proms Last Night

Musique pour tous – Tous avec et tous pour la musique.

Comment mieux présenter la dernière soirée (The Last Night) du concert des Proms, ce festival de musique classique le plus populaire du monde, qui offre à un très large public, pendant plusieurs semaines chaque année, et depuis près de 120 ans, les musiciens classiques les plus appréciés du moment. Un bonheur musical démocratique, assurément.

Pour la dernière soirée, traditionnellement, les conventions du concert classique se relâchent et les répertoires s’ouvrent vers d’autres musiques moins familières aux artistes invités : orchestres symphoniques, chanteurs et chanteuses d’opéra, solistes classiques et autres choristes plus exercés aux cantates de Bach qu’au Negro Spiritual. Seul importe ce soir là que se fondent dans une même joie rythmée par la musique les mille différences d’une foule bariolée, jusqu’à ne faire plus qu’un seul corps chantant lorsque sont entonnés les immuables «Rule, Britannia !» de Thomas Arne, «Jerusalem» de Parry, et bien sûr le célébrissime «Land of Hope and Glory» de Elgar (toujours 2 fois !).

Parmi les « autres » musiques – que l’épithète soit considérée ici avec tout le respect qu’elle mérite –  « The Last Night » de l’année 2009, après avoir fait vibrer le public aux accords de Purcell, Haydn, Villa-Lobos et Mahler, avait inscrit au programme de l’orchestre symphonique de la BBC  un arrangement, spécialement écrit pour la circonstance, d’un merveilleux et inoubliable standard du jazz, «They can’t take that away from me».

Et pour cette « Jam session » (ou presque) la partie vocale, ce soir là était confiée à la mezzo-soprano, Sarah Connolly, qu’on entend le plus souvent exceller dans les grands airs baroques et aussi parfois chez Mahler ou Wagner ; à la trompette la très talentueuse Alison Balsom qu’aucun répertoire ne rebute et qui rivalise de virtuosité avec le regretté Maurice André.

Not so classical ! Jazzy Last Night, isn’t it ?

There are many many crazy things
That will keep me loving you
And with your permission
May I list a few

The way you wear your hat
The way you sip your tea
The memory of all that
No they can’t take that away from me

The way your smile just beams
The way you sing off key
The way you haunt my dreams
No they can’t take that away from me

We may never never meet again, on that bumpy road to love
But I’ll always, always keep the memory of

The way you hold your knife
The way we danced till three
The way you changed my life
No they can’t take that away from me

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« They can’t take that away from me »  est une composition de George et Ira Gershwin pour le film « Shall we dance ? »  de Mark Sandrich en 1937, avec Fred Astaire et Ginger Rogers.

En 1949, à l’occasion d’un film de Charles Walters, « The Barkleys of Broadway » – traduit en  français de façon très évocatrice, « Entrons dans la danse » – Fred Astaire, à nouveau partenaire de Ginger Rogers, souhaite que cette chanson soit reprise pour un duo de charme… On ne saurait mieux dire :

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Pour parodier la première strophe de cette célèbre chanson devenue un standard interprété depuis par tant de talents divers, je pourrais dire :

Il y a beaucoup beaucoup de chanteurs
Qui me font aimer cette chanson
Et avec votre permission
J’en listerais quelques interprétations

Mais ce billet alors aurait bien du mal à trouver une fin. Aussi, et puisqu’il faut choisir : sans hésiter, une version dans laquelle rien ne manque, ni le charme, ni le jazz, ni la douceur de la voix, ni la soyeuse rugosité d’ailleurs, ni, bien sûr l’indispensable trompette du maître. Une version dont je dirais bien volontiers à mon tour :

They can’t take that away from me !

 ƒ ƒ ƒ

Brumes et brouillards /8 – Vapeurs de l’âme

Il y a toujours une part de nuit dans le jour, une trace de jour dans la nuit, une tâche d’ombre dans la lumière et un rai de lumière dans les ténèbres.

Il y a toujours un nuage de mélancolie autour d’un amour, et toujours se dessinent les contours d’un amour dans les nuances volages d’un brouillard de mélancolie. Douce mélancolie qui encotonne le cœur, embrume l’âme, en ces instants magiques, étranges et ambivalents, où l’on désire autant que l’on redoute, où l’on espère autant que l’on se trouble.

Moment magique entre intime et sublime  » la mélancolie pénètre l’âme ouverte sans qu’on puisse l’en déloger tout à fait « .   » Et, ajoute Diderot dans cette lettre du 30 septembre 1760, elle ne me déplaît pas trop . » 

Elle plaît même, souvent, cette mélancolie qui, semblable aux brouillards des forêts, s’insinue dans les sentiers du cœur jusqu’à lui faire avouer son  » bonheur d’être triste « .

Peut-être qu’en 1954, quand il compose  » Misty « ,  Erroll Garner s’enivrait-il de ce même bonheur, pour être parvenu à réunir sous ses doigts tant d’harmonies et de poésie. Chaque note, chaque accord, chaque arpège, lentes alternances de lumière et d’ombre dans la brume de l’âme, dévoilent furtivement un coin du miroir qui s’y cache. Et c’est les yeux fermés qu’on en perçoit mieux les reflets.

 ◊

Et puis les mots…

Les mots d’amour, volutes de vers simples et romantiques écrites par un fin parolier américain de la première moitié de notre vieux vingtième siècle, Johnny Burke.  Et puis des chanteuses de jazz, inoubliables ensorceleuses, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan… Et puis des crooners, Andy Williams, Frank Sinatra, Johnny Mathis…

Johnny Mathis fera de cette chanson romantique son passeport pour les scènes du monde entier. Il faut dire qu’il est difficile de résister à autant de charme d’une aussi chaude voix…

Misty

Look at me
I’m as helpless as a kitten up a tree
And I feel like I’m clinging to a cloud
I can’t understand
I get misty, just holding your hand

Walk my way
And a thousand violins begin to play
Or it might be the sound of your hello
That music I hear
I get misty the moment you’re near

You can say that you’re leading me on
But it’s just what I want you to do
Don’t you notice how hoplessly I’m lost
That’s why I’m following you

On my own
Would I wander through this wonderland alone
Never knowing my right foot from my left
My hat from my glove
I’m too misty and too much in love.

 –

Regarde-moi,
Je suis empoté comme un chaton dans un arbre
Et je sens que je suis accroché à un nuage,
Je ne comprends pas,
J’ai l’âme toute vaporeuse à simplement tenir ta main.

Je vais mon chemin
Et un millier de violons commencent à jouer,
Ou peut-être est-ce le son de ton bonjour,
Cette musique que j’entends,

Je me sens tout vaporeux près de toi.

Tu dis que tu guides mes pas,
Mais c’est exactement ce que je veux que tu fasses,
N’as-tu pas remarqué combien je suis désespérément perdu,
Voilà pourquoi je te suis.

Pour ma part, voudrais-je errer seul dans ce monde merveilleux,
Ne sachant distinguer mon pied droit de mon pied gauche
Ni mon chapeau de mon gant,
Je suis trop vaporeux et trop amoureux.

Et mon  » Misty «  d’anthologie : cette version de Sarah Vaughan avec Quincy Jones :

Now I get misty too !

Brumes et brouillards / 2 – Vapeurs d’ivoire

Brouillards, montez ! versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes,
Et bâtissez un grand plafond silencieux !

Extrait de « L’Azur », de Stéphane Mallarmé

º

Un pas, puis un autre. Doucement, prudemment, nous pénétrons le brouillard qui ne nous laisse apercevoir que les premières feuilles rousses qui jonchent le chemin.

Où conduit-il ce mince bout de ruban disparu aussitôt vu ? Quand tourne-t-il ? Et quelle est cette ombre inquiétante qui flotte dans la pâleur humide ?

Ne demandons plus rien à nos yeux impuissants et leurrés ! Laissons nos oreilles devenir nos guides. Suivons à son rythme balancé l’andante « debussyesque » de cette première des quatre pièces de la composition pour piano de Janacek, et laissons-nous léviter  » Dans les brumes « .  La jeune pianiste Sarah Lavaud connaît parfaitement les détours du chemin que traça, un jour de 1912, un grand compositeur tchèque.

HD disponible (Roue dentelée en bas à droite de l’écran après lancement de la vidéo)

º º º

Lorsque nous atteindrons le banc de bois luisant qui se repose en nous attendant sous le grand tilleul argenté que rien n’annonce encore, et pourtant si proche, nous ferons une halte.  Là, nous entendrons couler délicatement d’entre les feuilles serrées les perles de brume. Marian Mc Partland harmonisera le blues de leur cascade arpégée depuis l’ivoire de son clavier jazzy  :   » In a mist  »  (Dans un brouillard).  Claude Debussy la surveillera sûrement du coin de l’oreille…

º º º

Et bien sûr, nous ne terminerons pas cette petite expédition pianistique au milieu des peuplades d’ombres étranges qui hantent les brumes, sans rendre visite au Maître de l’impression, de la couleur et du timbre. Pourrions-nous ne pas rendre hommage à celui qui guida nos guides ? Nous nous glisserons donc voluptueusement dans les fluidités déformantes des mouvements ambigus de sa musique.

Cœurs émus, nous traverserons avec Maurizio Pollini les arcanes sonores des  » Brouillards «   de Claude Debussy.

º º º

Enfants, n’oubliez pas votre Canon !

On lui avait dit :  » dans le Gers, le soir, tu risques de t’ennuyer, il n’y a pas grand monde « .

 » Tu n’auras qu’à travailler ton piano « , enchaîna sa mère avec le ton protecteur qui lui étai habituel.  » C’est un bon devoir de vacances ! « 

Profites-en donc pour préparer le fameux « Canon de Pachelbel » ! Il te faudra me le jouer à ton retour, et sans une faute, n’est-ce pas ? ajouta, l’index commandeur levé, son professeur qui aurait voulu paraître plus autoritaire qu’il ne l’était vraiment.

Et forte de ces dernières observations dans le hall de l’aéroport de Tokyo-Haneda, elle embarqua pour Marciac, petit village de notre beau Sud-Ouest, qui abrite dix fois moins d’âmes qu’il ne fallut à Hiromi franchir de kilomètres pour le rejoindre.

Les vacances furent particulièrement studieuses : salopette de travail, réglages des cordes, accord et mise en doigts… sans jamais perdre le sourire. Le tout dans un calme et un silence que, bien sûr, une mouche elle-même n’aurait pas osé briser.

Voilà qui ne pouvait que satisfaire parents et professeur dont les conseils avaient été suivis à la note près… ou presque.

La vidéo du séjour les surprit un peu… En voici un extrait !

Hiromi, à coup sûr, n’avait pas oublié son Canon !

Il faut toujours veiller à ce que les enfants emportent un Canon en vacances !

Johann Pachelbel (1653-1706 Nuremberg)

Johann Pachelbel (1653-1706 Nuremberg)