Le dégel du sourire…

Vient de paraître sur   « De braises et d’ombre » :

Le dégel du sourire…

Allez ! Il faut bien le reconnaître, sans pour autant écorner l’admiration que nous portons à ces prodigieuses étoiles de la danse classique, leurs sourires — quand, bien sûr les rôles les commandent — sur les scènes de ballets d’où l’éclat de leurs talents nous extasie, sont bien souvent trop…

[…]

Mais le miracle n’est pas exclu et notre bonheur de spectateur alors atteint son apogée. Dans ces rares moments…

Don Quixote – Carlos Acosta & Marinela Nunez – Royal Opera House 2014-2015 (Photo Dave Morgan)

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Sourire de printemps

Vient de paraître sur   « De braises et d’ombre » :

Sourire de printemps

« Chaque expérience de beauté, si brève dans le temps, tout en transcendant le temps, nous restitue chaque fois la fraîcheur du matin du monde. »

François Cheng – « Cinq méditations sur la beauté »

Une petite récréation joyeuse, colorée, fraîche et gracieuse pour échapper au sinistre spectacle de notre quotidien électoral…

Natalia Osipova – Coppelia

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Dure, dure… La rentrée ?

Oh, ils ne sont certes pas très nombreux, de retour de vacances, ceux d’entre nous qui retrouvent avec plaisir le chemin du travail et des obligations. C’est dur, n’est-ce pas, de se replonger dans la routine quotidienne et les vieilles habitudes contraignantes…

Alors, pourquoi ne pas, dès la reprise, relever ce cocktail peu goûteux au tonus forcé censé nous exhorter au mouvement, d’un soupçon de rythme et d’un zeste de fantaisie. Un peu à la manière de Fred.

Ne pas oublier quelques tranches de sourire et une bonne louche de bonne humeur !

De l’énergie à faire danser les pianos :

 

La scène du balcon

Et voilà ! A peine a-t-on dit « Scène du balcon » que déjà nos yeux pavloviens se mettent à chercher au fond du parc enveloppé dans la nuit véronaise l’ombre de Roméo se glissant sous la fenêtre de l’impossible bienaimée. Déjà nos tympans aiguisés par le mythe vibrent aux murmures de jeunes lèvres tremblantes annonçant l’inéluctable drame :

JULIET

O Romeo, Romeo! wherefore art thou Romeo ?
Deny thy father and refuse thy name ;
Or, if thou wilt not, be but sworn my love,
And I’ll no longer be a Capulet.

JULIETTE

O Roméo ! Roméo ! Pourquoi es-tu Roméo ?
Renie ton père et abdique ton nom ;
ou, si tu ne le veux pas, jure de m’aimer,
et je ne serai plus une Capulet.

Ford Madox Brown (1821-1893) - Roméo et Juliette

Ford Madox Brown (1821-1893) – Roméo et Juliette

Ah ! Vos références ne remontent pas jusqu’au lointain XVIème siècle, vous préférez le XIXème finissant. Et « la Scène du balcon », pour vous, c’est Roxane, en appui sur sa balustrade, abusée par les ombres de la nuit, tombant sous le charme de la délicate et tendre poésie d’un amoureux qui n’est pas celui qu’elle croit.

Mais, rappelez-vous tout de même que Cyrano est sujet de Louis XIII, le siècle de Shakespeare n’est pas si loin ! Et puis, croiriez-vous naïvement que les facéties brillantes d’Edmond Rostand auraient épargné le plus prestigieux de ses vieux maitres ?

Il est incontestable que le ver est aussi séduisant que le noble cœur qui le dit, dissimulé sous les voiles pudiques de la nuit.  

CYRANO

Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ?
Un serment fait d’un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ;
C’est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,
Une communication ayant un goût de fleur,
Une façon d’un peu se respirer le cœur,
Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme !

Balcon Cyrano

Alors vous, plus jeune, plus moderne, quand on évoque « la Scène du balcon », vous vous sentez aussitôt transporté dans les rues de ce New-York de métal froid aux nuits déchirées par les sirènes et inféodées à la violence des gangs. Au milieu de ce désordre des quartiers du West Side vous avez repéré, ému, un jeune couple qui, pour échapper aux yeux de tous, se retrouve perché en haut des marches d’un escalier de secours. Aux accents harmonieux d’une composition de Léonard Bernstein, Tony et Maria se déclarent leur amour, dites-vous ?

Allez, cherchez un peu dans vos souvenirs ! Ça ne vous fait pas penser à un certain Roméo et à une certaine Juliette…? Quelques siècles plus tôt, sur un balcon – ou une fenêtre… pour les puristes ! – ?

Pour moi, ce soir, – allons savoir pourquoi ! – « la Scène du balcon » n’annonce pas de drame, toute entière baignée dans les légèretés sentimentales des bonnes vieilles comédies musicales américaines, surtout quand elles sont signées Stanley Donen.

Roméo, alias Dick – interprété par Fred Astaire, au charme et à l’élégance inaltérables – photographe de mode pour un célèbre magazine américain, a convaincu une jeune libraire new-yorkaise, Jo (Audrey Hepburn) de venir à Paris faire des photos dans une librairie typique. C’est l’occasion inespérée pour Jo de tenter de rencontrer son philosophe favori, bien plus passionnant, à son goût, que les futilités du fashion business. Dick, qui a depuis longtemps perdu ses 20 ans, s’éprend de Jo.

Ce soir, Dick joue les « Roméo ». Chanteur de charme sur le balcon de sa belle, il en descend pour devenir danseur, mime, clown, toréador, joueur de baseball, golfeur, basketteur… Tout pourvu que revienne la lumière sur le visage un peu triste de sa douce « Juliette » .

Le sourire de Jo en dit long, même le titre du film : « Funny face ».

L’altitude n’est généralement pas propice aux fins heureuses des histoires d’amour…
Quoique parfois…
Dans tous les cas notre plaisir flirte avec notre âme… Sur les hauteurs !

Des sabots pour un ballet ?

Imaginons un instant notre situation : nous venons de pénétrer dans les coulisses de l’Opéra (de Paris, de Londres, de Moscou, ou de New York, peu importe, un temple de la danse). Dans la salle, l’orchestre soutient, andante d’abord, puis adagio, les tendresses gracieuses que se prodiguent sur la scène – naïvement champêtre – un couple de jeunes campagnards amoureux. Là, à l’écart de tous, Lise et Colas s’amusent à virevolter autour d’un soyeux ruban rose, symbole du lien qu’ils souhaitent tisser ensemble, malgré la volonté contraire et intéressée de la Veuve Simone, la mère de Lise. Le public admiratif, sous le charme de cet euphorique et très classique pas de deux, est sur le point de s’envoler… Et nous donc, voyeurs discrets !

Soudain, tonitruante, dominant la fièvre affairée des coulisses au point qu’on la croirait capable de franchir le plateau pour aller briser les tympans du plus haut perché des spectateurs du poulailler, la voix sèche du régisseur habitué depuis mille ans à lancer ses consignes précises derrière le rideau retentit :

« Attention les filles, on ne traîne pas ! En scène dans 18 minutes ! Enfilez vos… sabots ! »

L’aboiement nous a fait sursauter, les mots de l’injonction nous figent dans notre stupéfaction. Surréalistes. Des « sabots » pour danser un ballet… à l’opéra ? Manquerait plus qu’un lapin blanc, les yeux rivés sur sa montre gousset, vienne nous taper sur l’épaule…!

Et pourtant ! Nous ne rêvons pas. Les danseuses chaussent leurs sabots. Sur la scène, transformée en cour de ferme, tous les villageois sont réunis pour préparer le mariage auquel tient tant Simone, la fermière, entre sa fille Lise et le fiancé qu’elle lui a choisi, Alain, le vigneron voisin, niais certes, mais… riche.

Cocasse et virtuose, « La danse des sabots », se prépare.

Ainsi tout s’explique : c’est bien à la campagne que se déroule toute l’action du programme de ce soir, « La fille mal gardée », le plus ancien ballet de danse classique du répertoire, basé sur les ressorts d’une comédie champêtre. O combien ! Le titre, à l’origine, était plus explicite : « Ballet-comédie de la paille… » ?

Contrairement à beaucoup d’œuvres que le temps a profondément enfouies dans les terres de l’oubli, ce ballet, depuis Dauberval, en 1789, son compositeur initial, a traversé les siècles et le monde avec bonheur ; la musique de Ferdinand Hérold puis celle de Peter-Ludwig Hertel ayant au cours de l’histoire fait évoluer la partition. Parmi les nombreuses chorégraphies dont ce ballet a fait l’objet, celle de Frederick Ashton, en 1960, qui domicilie sa comédie dans la campagne du Suffolk chère à son cœur, fait référence depuis sa création, et s’est inscrite depuis lors dans le répertoire des grandes compagnies de danse de la planète, aux côtés de Giselle ou du Lac des cygnes.

La danse des sabots est l’un des plus joyeux moments de cette allègre chorégraphie.        Au cours de ce rassemblement dans la cour de la ferme, Lise implore sa mère, Simone, d’entamer une danse avec les sabots qu’elle lui tend ; quelques fraîches paysannes danseront avec elle… Ou plutôt avec lui, car il est de coutume de confier le rôle de la Veuve Simone à un danseur travesti. Dans la version du Royal Ballet, c’est le remarquable Will Tuckett qui enfile ses sabots pour notre plus grand plaisir.

 « En scène Simone ! En scène les filles !… Et en sabots ! »

N.B. 😉

L’auteur de ce billet tient à se dégager de toute responsabilité personnelle envers ceux qui fredonneraient ou siffloteraient à longueur de journée l’air entêtant de cette danse, après visionnage de cette vidéo. Les protestations des proches ne seront pas recevables, non plus.

 

Bancs publics

Déjà en 1954, Georges Brassens, avec le talent que l’on sait, avait tout dit sur les bancs publics et les « p’tites gueules bien sympathiques » des amoureux qui s’y bécotaient, « s’foutant du r’gard oblique des passants honnêtes ».

Certains, sourire nostalgique au coin des lèvres, s’en souviennent certainement…

60 ans plus tard, heureusement, les amoureux s’y bécotent encore… Sur ceux, au moins, que la misère nouvelle veut bien leur laisser libres. Et comme hier ils n’ont que faire des « propos venimeux de la famille Machin » qui crève d’envie de les imiter.

Parfois les amoureux ne se contentent plus d’être deux…

Si cela fait leur bonheur, cela fera le nôtre ! O tempora, o mores !

En chaussons… A la poursuite du lapin blanc

Lapin en retard - Alice - Disney

« Je suis en retard ! En retard ! En retard ! »

Vite ! Vite ! Dépêchons-nous ! Courons, nous aussi, derrière le lapin blanc pressé qu’Alice suit déjà ! N’en doutons pas, il va tous nous entrainer dans un monde magique où nous partagerons avec elle des aventures étranges et fascinantes. Certes, nous l’avons déjà tous approché jadis, cet univers magnifique et bariolé qui a charmé – et parfois effrayé – les enfants que nous fûmes… Mais il faut admettre que demeure toujours intact le bonheur de le retrouver quelque fois dans le sourire nostalgique d’un miroir aux souvenirs.

Qui ne se souvient de ce chat philosophe, tout droit venu du Cheshire, qui apparaît et disparaît à loisir ; de ce chapelier fou, excentrique buveur de thé qui rassemble ses convives autour d’une table énigmatique ; de cette chenille curieuse conseillère ; de la Reine de cœur escortée de ses jardiniers qui, ayant perdu sa partie de croquet, veut décapiter notre courageuse Alice ? Lequel d’entre nous aurait-il oublié le griffon, la tortue ou le homard et la multitude des surprenantes créatures nées de l’imagination sans limite de Lewis Carroll ?

Cette fois-ci, pour les retrouver il nous faudra pénétrer leur monde sur la pointe des pieds… Et pour cause : le lapin blanc nous emmène à Londres et plus précisément à Covent Garden, au temple de la danse, sur la scène prestigieuse du Royal Opera House devenue pour la circonstance le « pays des merveilles ». Et quelles merveilles ! Les danseurs prestigieux du Royal Ballet s’y transforment en grenouille, jardinier, rajah, cuisinier, poisson ou duchesse et autre lézard, qui, dans une féérie de costumes aux mille couleurs, sautent et virevoltent de manière aussi facétieuse que virtuose, pour faire des énormes divagations de Lewis Carroll, une inoubliable réalité enchanteresse.

A supposer qu’il le fut un jour, le voyage au pays des rêves extraordinaires, grâce aux extravagances de ce formidable spectacle chorégraphique, n’est définitivement plus réservé aux enfants. Pour s’en convaincre, un bref coup d’œil à la brochure :

Le ballet s’immerge tout entier dans le monde inventé par l’écrivain, tant le chorégraphe, Christopher Wheeldon, demeure fidèle au conte. La musique de Joby Talbot, gaie, entrainante, mélodique à souhait, propulse avec justesse les danseurs dans la fantasmagorie et l’extravagance des décors surréalistes ingénieusement inventés par Bob Crowley.

Tous les danseurs, investis complètement dans leurs rôles, campent les personnages de cette folle fiction avec tant de facilité et de naturel qu’ils finissent par les rendre réels à nos regards de l’enfance revenus. Ainsi Edward Watson contaminé par les tics compulsifs d’un lapin blanc névrosé, Zenaïda Yanowsky dominée par les grimaces faussement agressives d’une capricieuse Reine de cœur, Eric Underwood en exotique millepatte oriental se contorsionnant au milieu de son harem, ou enfin, Sarah Lamb, frêle et délicate Alice, aussi naïve qu’aventureuse, qui grandit ou rapetisse au gré des péripéties absurdes de son voyage fantastique.

Émerveillement garanti à tous les tableaux.

Alice, qui a quitté précipitamment la maison du lapin, fait une halte près d’un gros champignon. Elle aperçoit et observe ébahie une chenille bleue, drapée dans son indifférence. Mais, comme il se doit, le mollusque ne résistera pas longtemps à sa propre curiosité. Avant de continuer sa route, la chenille conseillera à Alice de manger un bout du champignon, la laissant perplexe quant au choix du « côté » à croquer qui la fera grandir…

 

Voici la Reine de cœur qui a le bourreau facile, menaçant chacun de décapitation pour les motifs les plus futiles. Ici la très sérieuse affaire du vol des tartes ! Pourrait-on imaginer l’humour de la chorégraphie sans la virtuosité – de danseuse et de comédienne – de Zenaïda Yanowsky ?

Lewis Carroll n’avait certes pas imaginé que son livre serait adapté à la scène au XXIème siècle, et bien sûr, l’idée ne lui était pas venue qu’une petite touche sentimentale s’avèrerait indispensable pour séduire définitivement le public nouveau. Il est vrai par ailleurs que son Alice était alors bien jeune pour être concernée par les jeux de grands. Christopher Wheeldon, pour corriger cette bien légitime lacune de l’auteur, s’est permis la petite incartade heureuse d’inventer, dans la version révisée du ballet, une idylle entre Alice, désormais sortie de l’enfance, et le Valet de cœur. Prétexte à réunir les amoureux (Sarah Lamb et Federico Bonelli) dans un délicieux pas de deux auquel il serait dommage de ne pas assister.

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Ce ballet a été distribué dans les salles de cinéma en 2014. Il a fait l’objet de diffusion sur les chaînes de télévision musicale comme Mezzo, et un DVD est également paru.

Alice in wonderland DVD