Mais vieillir – 5 – « When you are old »

Vient de paraître sur « De Braises et d’Ombre » :

Mais vieillir – 5 – « When you are old »

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.

Pierre de Ronsard – Sonnets pour Hélène – 1578

William Butler Yeats (1865-1939)

Le grand poète irlandais, Prix Nobel de Littérature 1923, a un jour choisi de s’inspirer de très près de son illustre prédécesseur français, Pierre de Ronsard. Comme lui, il a composé dans le même esprit ce poème devenu célèbre entre tous, dit aux quatre coins de la planète :

« When you are old ».

Il est toujours aussi bon de l’entendre avec la douceur et la discrétion qu’encouragerait certainement l’auteur. Mais le plaisir se prolonge volontiers dans l’adaptation qu’en proposent de talentueux chanteurs d’aujourd’hui. Ainsi la belle composition et interprétation de Gretchen Peters, en 1996…

Écouter, goûter . . .

Mais vieillir…! – 4 – Borges – Le temps

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Mais vieillir…! – 4 – Borges – Le temps

Le temps est la substance dont je suis fait.
Le temps est un fleuve qui m’emporte, mais je suis le fleuve ;
c’est un tigre qui me déchire, mais je suis le tigre ;
c’est un feu qui me consume, mais je suis ce feu.

 « Nouvelle réfutation du temps » (1947)

Jorge Luis Borges (1899-1986 ).
Photo by Ulf Andersen / Getty Images

 

Et quelques autres citations sur le temps par ce guide de génie sans qui visiter la Bibliothèque de Babel serait aussi vain que traverser le désert sans eau.

Lire, méditer, s’inspirer (peut-être) . . .

Mais vieillir…! – 3 – Un vieillard

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Mais vieillir…! – 3 – Un vieillard

Ferdinand Hodler (Suisse 1853-1918)- Vieil homme lisant

« La taverne de la mer » :

Poème de Constantin Cavafy (poète grec 1863-1933)

Traduction en français depuis une réinterprétation du poème en chanson
par Lluis Llach, en catalan.

« Cavafy a peur de devenir ce petit vieux attablé à la taverne de la mer, et qui voit sa jeunesse enfuie et son dernier visage resté collé dans ses mains boursouflées, et qui ne pourront plus caresser un corps d’éphèbe que contre monnaie. Cette hantise de l’homosexuel vieillissant il l’aura porté très tôt. De bars louches en bars louches, là où se trouvent ses jeunes matelots d’une vingtaine d’années au plus, il part en fait plus à la recherche de sa jeunesse que d’un nouveau corps à habiter, à posséder. »

Gil Pressnitzer (« Esprits Nomades » – « Constantin Cavafy »)

Lire, voir, écouter . . .

Jean Grosjean, un regard, une parole…

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Jean Grosjean, un regard, une parole…

Vivre est un chaos. Je pose mon pied sur mes peurs et je vais.
Jean Grosjean (La rumeur des cortèges)

Jean Grosjean 1912-2006

Aucune promenade poétique ne saurait m’être pleinement profitable si elle ne croisait, à un moment ou à un autre, un regard ou une parole de Jean Grosjean.

Lire, voir, écouter . . .

Le temps – La poésie – Borges

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Le temps – La poésie – Borges

« Je vous propose une citation de Saint-Augustin. Elle me paraît très appropriée.
Il a écrit :
— … Qu’est-ce que le temps ? Si l’on ne me pose pas la question, je sais ce qu’est le temps. Si l’on me pose la question, je ne le sais plus.
J’éprouve un sentiment identique en ce qui concerne la poésie. »

In « Arte poética » – Six conférences – Harvard 1967

Jorge-Luis Borges ((1899-1986)

Borges dit son poème « Arte Poética » :

Mirar el río hecho de tiempo y agua
y recordar que el tiempo es otro río,
saber que nos perdemos como el río
y que los rostros pasan como el agua…

 

Voir que le fleuve est fait de temps et d’eau,
Penser du temps qu’il est un autre fleuve,
Savoir que nous nous perdons comme un fleuve
Et que les destins s’effacent comme l’eau.

Lire, voir, écouter la suite . . .

Sensation du soir : Triste, la beauté ?

« Ne sommes-nous pas parfois enclins à croire que Mozart n’a jamais été sali par la pensée de la mort, et n’a jamais été infecté par ses tristesses délétères. Bien que, dans une lettre écrite quelques années avant sa disparition, il confesse son intimité avec la pensée de la mort, il serait pourtant difficile d’y trouver à cette époque, si l’on excepte la fatigue et l’élan comprimé, une réflexion morbide, qui aurait tendu ses arcs noirs au dessus de son univers. »

Cioran – « Le livre des leurres » 1936 – Quarto Gallimard, p. 177

Mozart par LangeCes « arcs noirs », que sa santé fragile lui avait pourtant laissé apercevoir dans sa jeunesse, la vie s’était chargée de les bander autour de lui en 1778, lors du douloureux décès de sa mère. Une fois encore les voici « tendus au dessus de son univers » en cette année 1787, millésime de « Don Giovanni » et de la « Petite Musique de Nuit ». La lettre en date du 4 avril que Wolfgang Amadeus écrit à son père malade qui vit ses derniers instants, donne au jeune homme de 31 ans l’occasion d’affirmer sa pleine lucidité vis à vis de la mort :

« Comme la mort, à y regarder de plus près est le vrai but de la vie, je me suis, depuis quelques années, tellement familiarisé avec cette véritable, parfaite, amie de l’homme, que son image m’est très apaisante et réconfortante ! Je ne me couche jamais sans songer que le lendemain peut-être, si jeune que je sois, je ne serai plus là… »

C’est sans doute à cette subtile clairvoyance que l’on doit la délicate retenue qui préside à l’expression contemplative – indéniablement mélancolique pourtant – de ce joyau qu’est le lied « Abendempfindung ». Mozart l’écrit en juin 1787, quelques semaines à peine après la mort de Léopold, son père… Il ne serait pas surprenant que la partition ait conservé quelques traces de son émotion, les larmes ont la fâcheuse manie de nous échapper.

Plus on se délecte de la grâce béate de cette musique, plus grande est la tentation de rejoindre en pensée ce musicologue italien* qui déclarait que la contemplation sereine de la mort qu’inspire ce texte musical lui apparait comme une préfiguration de sa manifestation définitive et suprême que Mozart exprimera dans son œuvre ultime, le « Requiem ».

* Pier-Luigi Petrobelli

C’est avec toute la lumière de sa voix que Sophie Karthäuser éclaire ce soir de profonde intimité.

Triste, la beauté ?

Abendempfindung

Abend ist’s, die Sonne ist verschwunden,
Und der Mond strahlt Silberglanz
So entflieh’n des Lebens schönste Stunden
Flieh’ vorüber wie im Tanz

Bald entflieht des Lebens bunte Szene,
Und der vorhang rollt herab.
Aus ist unser Spiel ! Des Freundes Träne
Fliesset schon auf unser Grab.

Bald vielleicht mir weht, wie Weswind leise,
Eine stille Ahnung zu-
Schliess’ ich deises Lebens Pilgerreise,
Fliege in dans Land der Ruh’.

Werd’t ihr dann an meinem Grabe weinen
Trauernd meine Asche seh’n,
Dann, o Freunde, will ich euxh erscheinen
Und will Himmel auf euch weh’n.

Schenk’ auch du ein Tränchen mir
Und pflücke mir ein Veilchen auf mein Grab.
Und mit deinem seelenvollen Blicke
Sieh’ dann sanft auf mich herab.

Weih’ mir eine Träne und ach !
Schäme dich nur nicht, sir mir zu weih’n
O sie wird in meinem Diademe
Dann die Schönste Perle sein.

(?) Joachim Heinrich Campe (1746-1818)

Sensation du soir

C’est le soir, le soleil s’est retiré
Et la lune brille d’un éclat argenté.
Ainsi s’enfuient les plus belles heures de la vie,
Qui s’envolent comme en dansant.

Bientôt s’éteindra la scène bariolée de l’existence,
Et le rideau tombera.
Terminé notre spectacle, la larme de l’ami
Coulera déjà sur notre tombe.

Bientôt peut-être (comme un léger vent d’ouest,
Un paisible pressentiment m’envahit)
Achèverai-je mon pèlerinage à travers cette vie
Et m’envolerai-je pour le royaume de paix.

Alors vous pleurerez sur ma tombe,
Affligés, vous penchant sur mes cendres ;
Alors je vous apparaîtrai, mes amis,
Et du ciel, vous adresserai un signe.

Toi aussi, fais-moi don d’une petite larme
Et cueille pour moi une violette sur ma tombe,
Puis vers moi, doucement, incline
Ton regard plein d’âme.

Offre-moi une larme, ne redoute la honte
De t’épancher pour moi.
Sur mon diadème, alors, cette larme sera
La perle la plus belle.

Juste le temps de vivre

Poème dit par Philippe Clay

"Abeille de cuivre chaud"  (Espèce en voie de surproduction infinie)

« Abeille de cuivre chaud » (espèce pléthorique, sans risque d’extinction, hélas!)

Juste le temps de vivre

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie

Il respirait l’odeur des arbres
Il respirait de tout son corps
La lumière l’accompagnait
Et lui faisait danser son ombre

Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil

Les canons d’acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l’eau

Il y a plongé son visage
Il riait de joie il a bu
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il s’est relevé pour sauter

Pourvu qu’ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L’a foudroyé sur l’autre rive
Le sang et l’eau se sont mêlés

Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil

Le temps de rire aux assassins
Le temps d’atteindre l’autre rive
Le temps de courir vers la femme.
Juste le temps de vivre.

Boris Vian

Brumes et brouillards /12 – Méditation grisâtre

William Turner - Orage en mer - 1824

William Turner – Orage en mer – 1824

Méditation grisâtre

Sous le ciel pluvieux noyé de brumes sales,
Devant l’Océan blême, assis sur un ilot,
Seul, loin de tout, je songe au clapotis du flot,
Dans le concert hurlant des mourantes rafales.

Crinière échevelée ainsi que des cavales,
Les vagues se tordant arrivent au galop
Et croulent à mes pieds avec de longs sanglots
Qu’emporte la tourmente aux haleines brutales.

Partout le grand ciel gris, le brouillard et la mer,
Rien que l’affolement des vents balayant l’air.
Plus d’heures, plus d’humains, et solitaire, morne,

Je reste là, perdu dans l’horizon lointain,
Et songe que l’Espace est sans borne, sans borne,
Et que le Temps n’aura jamais … jamais de fin.

Jules Laforgue  (Mercure de France – 1903)

Jules Laforgue (1860-1887)

Jules Laforgue (1860-1887)

Carte postale du… Ciel

« Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit  »  :

Le Temps de Dieu est le meilleur des Temps

Stephanie Ho and Saar Ahuvia, piano

Sonatine introductive de la Cantate de JS Bach BWV 106  (Actus Tragicus)

Transcription pour piano par György Kurtág

α – ω

 

P.S. La vidéo complète du voyage :

Avion céleste piloté par Tom Koopman

Les anges de l’équipage : Chœur et Orchestre Baroques d’Amsterdam

Les anges de cabine :

Soprano – Els Bongers
Alto – Elisabeth von Magnus
Tenor – Lothar Odinius
Bass – Klaus Mertens

Comment mieux traverser les Cieux ? !