L’avènement

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

L’avènement

« Toute œuvre qui nous donne le sentiment de la qualité artistique relie aussi au monde les profondeurs qu’elle exprime ; toute œuvre qui nous atteint par là témoigne d’une part victorieuse de l’homme, fût-il un homme fasciné. »

Citation d’André Malraux tirée de « La monnaie de l’absolu » pour introduire un très beau poème de Borges : « L’avènement  »

Bison – Peinture rupestre – Grotte ornée d’Altamira

J’étais, je suis toujours, l’homme de la tribu.
L’aube approchait. Couché dans mon coin de caverne
je luttais pour plonger aux sombres eaux du rêve.
Des spectres d’animaux traînant des dards brisés
ajoutaient…

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Les Causes

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Les Causes

Louise Bourgeois – Mains de bienvenue (Expo Tuileries 1996)

En souvenir d’une impossible histoire d’amour…
… ou de l’histoire d’un amour impossible !
En souvenir du plus beau des instants, point d’orgue de l’univers entier, celui où les mains se rencontrent.

Poème de Jorge Luis Borges  (« Las Causas »)  illustré photographiquement et musicalement

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Dixit Borges !

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Dixit Borges !

« Quand mes étudiants me demandaient une bibliographie je leur disais : peu importe la bibliographie ; Shakespeare, après tout, ignorait la bibliographie shakespearienne. Johnson ne pouvait prévoir les livres qu’on écrirait sur lui. Pourquoi n’étudiez-vous pas directement les textes ? Si ceux-ci vous plaisent, très bien, et s’ils ne… »

EL Ateneo Grand Splendid – Buenos Aires : Théâtre reconditionné en une des plus belles librairies du monde.

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Absence

Vient de paraître sur   « De braises et d’ombre » :

Absence

Il me faudra soulever la vaste vie

qui est encore ton miroir :

Il me faudra la reconstruire chaque matin.

Depuis que…

Jorge Luis Borgès

Edward Munch - Jappe sur la plage - Oslo

Edward Munch – Jappe sur la plage (1891) – Oslo

Ausencia

Habré de levantar la vasta vida
que aún ahora es tu espejo:
cada mañana habré de reconstruirla.
Desde que

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Ajedrez (Echecs)

Marcel Duchamp

Marcel Duchamp moulé vif

 

 Ajedrez (Echecs)

I 

En su grave rincón, los jugadores
Rigen las lentas piezas. El tablero
Los demora hasta el alba en su severo
Ambito en que se odian dos colores.

Adentro irradian mágicos rigores
Las formas: torre homérica, ligero
Caballo, armada reina, rey postrero,
Oblicuo alfil y peones agresores.

Cuando los jugadores se hayan ido,
Cuando el tiempo los haya consumido,
Ciertamente no habrà cesado el rito.

En el Oriente se encendió esta guerra
Cuyo anfiteatro es hoy toda la tierra.
Como el otro, este juego es infinito.

 II

Tenue rey, sesgo alfil, encarnizada
reina, torre directa y peón ladino
sobre lo negro y blanco del camino
buscan y libran su batalla armada.

No saben que la mano señalada
del jugador gobierna su destino,
no saben que un rigor adamantino
sujeta su albedrío y su jornada.

También el jugador es prisionero
(la sentencia es de Omar) de otro tablero
de negras noches y blancos días.

Dios mueve al jugador, y éste, la pieza.
¿Qué Dios detrás de Dios la trama empieza
de polvo y tiempo y sueño y agonías?

*

 

Jorge Luís Borges – en El hacedor (1960)

Dans leur grave retrait, les deux joueurs
guident leurs lentes pièces. L’échiquier
jusqu’à l’aube les retient prisonniers,
espace où se haïssent deux couleurs.

Irradiation de magiques rigueurs,
les formes : tour homérique, léger
cheval, reine en armes, roi, le dernier,
l’oblique fou et les pions agresseurs.

Quand les joueurs se seront retirés,
et quand le temps les aura consumés,
le rite, alors, ne sera pas fini.

C’est à l’orient qu’a pris feu cette guerre
dont le théâtre est aujourd’hui la terre.
Comme l’autre, ce jeu est infini.

II

Roi faible, torve fou, et acharnée,
La reine, tour directe et pion malin
Sur le noir et le blanc de leur chemin
Cherchent et se livrent un combat concerté.

Ils ne connaissent pas la primauté
De la main qui gouverne leur destin,
Ils ignorent qu’une rigueur sans frein
Commande leur journée, leur liberté

Le joueur lui aussi est prisonnier
(Omar l’a dit) d’un tout autre échiquier
Où blancs sont les jours et noires les nuits.

Dieu pousse le joueur et lui, la dame.
Quel dieu derrière Dieu, tisse la trame?
Poussière et temps et songe et agonies?

*

J-L Borges, extrait de La proximité de la mer, Une anthologie de 99 poèmes
nrf Gallimard, 2010 – Trad. Jacques Ancet

 

Les pièces de cette galerie sont toutes empruntées au site suivant, une richesse formidable d’illustrations sur le thème des Echecs :

Art & Echecs

Un faubourg, un couteau, un tango… et Borges

Le tango pourvoyeur de souvenirs, nous forge
Un passé presque vrai. Dans ce faubourg perdu
C’est moi qu’on a trouvé sur le sol étendu,
Un couteau dans la main, un couteau dans la gorge.
J. L. Borges, Le tango.

Tango rueEt, même après la rudesse de cette belle et juste vision, n’aurait-t-on pas la tentation, au risque de choquer,  de détourner vers le tango quelques uns des propos que Gide notaient sur la musique de Chopin, et de dire de cette musique mythique des faubourgs de Buenos-Aires telle qu’elle est servie par Astor Piazzola, son Maître absolu, qu’elle  » propose, suppose, insinue, séduit, persuade ; qu’elle n’affirme presque jamais. » ?
A quelle vérité, d’ailleurs, pourrait prétendre le reflet d’un souvenir nostalgique dans le miroir flou d’une larme ancienne ?
N’aurait-on pas encore l’envie d’aller chercher, comme Gide pour Chopin, ces vers exquis de Paul Valéry :  » Est-il art plus tendre / Que cette lenteur ? «  ?
Même si, comment l’ignorer, chacun sait que le couteau vengeur demeure toujours à portée de la main de l’ange aux cheveux noirs et qui conduit la danse.

Le temps d’un « Hiver à Buenos-Aires »Invierno Porteño –  pour s’en laisser persuader, et se laisser séduire, par des musiciens hollandais…

Et de belle manière !

Arrangement pour trio (Piano-Violon-Violoncelle) d’une des « Cuatro estaciones porteñas »
[Porteño : Habitant de Buenos-Aires, enfant d’émigrants, né en Argentine]

Et la voix de Valeria Munarriz pour entendre chanter ce que Borges dit au Tango :

 

ALGUIEN LE DICE AL TANGO

 

Tango que he visto bailar
contra un ocaso amarillo
por quienes eran capaces
de otro baile, el del cuchillo

Tango de aquel Maldonado
con menos agua que barro,
tango silbado al pasar
desde el pescante del carro.

Despreocupado y zafado,
siempre mirabas de frente.
Tango que fuiste la dicha
de ser hombre y ser valiente.

Tango que fuiste feliz,
como yo también lo he sido,
según me cuenta el recuerdo;
el recuerdo fue el olvido.

Desde ese ayer, ¡cuántas cosas
a los dos nos han pasado!
Las partidas y el pesar
de amar y no ser amado.

Yo habré muerto y seguirás
orillando nuestra vida.
Buenos Aires no te olvida,
tango que fuiste y serás.

QUELQU’UN DIT AU TANGO

 

Tango, toi que j’ai vu danser
Contre un long crépuscule jaune,
Par tous ceux qui étaient capables
De cette danse du couteau.

Tango venu de ce ruisseau, Maldonado,
Contenant plus de boue que d’eau,
Tango qu’on sifflait en passant
Depuis le siège du chariot.

Insouciant et effronté,
Tu regardais toujours en face,
Tango qui as été la joie
D’être homme et d’avoir de l’audace.

Tango qui as été heureux
Comme je l’ai été aussi,
C’est ce que dit mon souvenir ;
Le souvenir ce fut l’oubli….

Depuis ce passé que de choses
A tous deux nous sont arrivées !
Les départs avec les chagrins
D’aimer et n’être pas aimé.

Je serai mort, tu resteras
Coulant au bord de notre vie.
Pour Buenos-Aires pas d’oubli,
Tango tu fus et tu seras.

 

L’amour des livres

Il y a quelques jours je recevais un message d’Héléna – dont le blog a été le facteur déclenchant la création de « Perles d’ Orphée » –  me demandant, comme à d’autres de ses complices blogueurs, un commentaire sur les livres que j’aime. Elle se proposait de réaliser le billet que voici en publiant les réponses de chacun :

http://helenablue.hautetfort.com/archive/2013/05/08/pour-l-amour-des-livres.html

Pris par d’autres activités, j’ai tout simplement oublié de lui répondre et donc « zappé » la mission. Qu’elle veuille bien m’en excuser!

Alors, un peu tard, certes, et par solidarité avec cette sympathique initiative, j’ai décidé de publier ici ma réponse d’aujourd’hui.

Chère Héléna,

Si j’avais répondu spontanément à votre demande, sans attendre, j’aurais choisi de ne vous envoyer qu’une photo de la page de couverture des « Fleurs du mal ». Sans commentaire surtout. Tout me paraissant y être contenu. Mais ce délai, involontaire, peut-être acte manqué, aura transformé ma réponse, n’altérant cependant en rien ma conviction première. Il aura simplement permis un ajustement de ma réponse à votre question.

Histoire de la lectureToujours, cependant, un seul ouvrage d’un seul auteur mais plus de volubilité de ma part :

« Une histoire de la lecture » d’Alberto Manguel,

Ce livre est une exploration rare de la lecture, un riche voyage dans l’histoire des livres. Il est aussi une plongée essentielle dans le cœur du lecteur sans qui le livre n’aurait aucune raison d’être. « Tout écrit dépend de la générosité du lecteur », écrit Manguel. (page 216), et il ajoute quelques lignes plus bas : « Depuis le début, la lecture est l’apothéose de l’écriture ».

Manguel considère la lecture du côté du lecteur, et ça fait du bien. C’est le lecteur qu’il est lui-même d’abord, qui écrit ; sans nul doute marqué par le souvenir toujours présent de cet autre lecteur à la forte personnalité, Jorge-Luis Borgès. Avançant inexorablement vers la cécité, Borgès avait demandé au jeune homme qu’il était alors à Buenos Aires, de lui faire la lecture. Quelle expérience!

Si souvent l’histoire a besoin de la chronologie, l’auteur ici s’en affranchit sans tarder et avec bonheur, en intitulant déjà son premier chapitre : « La dernière page ». Le ton est donné d’entrée.

L’ouvrage constitue une bibliothèque à lui seul, mais une bibliothèque qui contiendrait les clés pour en ouvrir mille autres. Au delà du plaisir de lire et d’apprendre, qu’il nous offre comme une évidence, il est hommage à la lecture et encouragement à lire encore, s’il en était besoin. Et subrepticement il nous suggère une voie pour lire autrement… mieux sans doute.

« Nous lecteurs d’aujourd’hui, que l’on dit menacés d’extinction, nous avons encore à apprendre ce que c’est que de lire. » (page 39)

Manguel nous enrichit à chaque page par son incommensurable érudition. Il nous charme par sa simplicité et nous fait partager son amour immodéré des livres qui suffirait, selon lui, à en justifier le vol.

Si ce billet avait pour effet de donner envie à quelqu’un ou à quelqu’une de lire « Une histoire de la lecture », qu’il ou elle m’autorise ce petit conseil pratique : Pour savourer plus encore le plaisir suave de votre lecture, n’hésitez pas à choisir cet ouvrage dans l’édition publiée par Actes sud… pour le format et le papier. Un livre s’adresse à tous nos sens, celui-ci surtout.

Pardon, chère Héléna d’avoir fait faux-bond à votre publication. Puisse l’enthousiasme que j’ai exprimé ici compenser un peu ma fâcheuse distraction.

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Alberto Manguel

Alberto Manguel

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Olivier Barrot a présenté ce livre ainsi, dans sa rubrique « Un livre, un jour » :

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