Cour de récré

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Robert Doisneau - La cour de récrtéation 1956

Robert Doisneau – La cour de récréation 1956

Flashback

Caméra à la fenêtre du bureau de la directrice, au 1er étage de la petite école de mon village. Plan large, en plongée sur la cour braillarde, pendant la récréation de 10 heures. Long zoom…

— Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc.

Source : Cour de récré

De braises et d’ombre

Après un long silence les « Perles d’Orphée » se prolongent dans un nouvel espace de partage d’émotions.

Ce nouveau blog, dans le fond, ne devrait pas être très différent de son aîné : comme lui il affichera, certes, une sensibilité particulière pour la musique et la poésie, mais, l’émotion se nichant partout et son expression n’ayant pas plus de frontières géographiques que de limites artistiques, à l’instar des « Perles », il gardera fièrement ses portes ouvertes. Toujours résolu à l’idée de n’être, ni plus, ni moins, qu’un modeste journal de mes vrais émois esthétiques, lieu heureux de partages et d’échanges.

Mais alors pourquoi changer d’espace ? Pour une raison de forme. Tout simplement pour ne pas avoir à transformer les apparences des « Perles » que je souhaite conserver dans leur jus. — Un blog ne pouvant transformer sa thématique visuelle que pour la totalité de ses parutions. Et puis, le mouvement c’est la vie…! — Les braises et l’ombre n’en sont-elles pas un beau symbole ?

En saluant d’un clic la majesté du crépuscule embrasé ci-dessous, vous accèderez à la page  « À propos »  de mon nouveau blog :

« De braises et d’ombre »

Soyez-y les bienvenues !    Soyez-y les bienvenus ! 

Braise et ombre crépusculaires3 texte

 

Billet N° 500 : « Nuits d’absence »

Qu’il aura mis du temps à sortir ce 500ème billet ! Jamais un article de ce blog n’aura connu aussi longue gestation, pas même le tout premier.

Mais le voici, enfin ! Il n’est pas facile en vérité de se présenter comme la dernière perle de ce collier commencé il y a près de 3 ans, lorsque imaginer la publication d’une dizaine de billets seulement me semblait une bien folle prétention.

Fin provisoire ou ultime conclusion, qui pourrait le dire aujourd’hui ? Disons plutôt interruption à durée indéterminée. Non pas par manque de perles, tant s’en faut : elles sont si nombreuses encore à rouler sur mon clavier, toutes irisées, sous la clarté de ma lampe, des milliers de nuances kaléidoscopiques dont savent se parer les émotions vraies. Seulement donc, et tout simplement, parce que le temps me semble venu de marquer la pause…

Depuis 34 mois, l’une suivant l’autre, mes chères Perles d’Orphée, que vous avez accueillies avec fidélité, bienveillance et amitié, auront été, ainsi que je l’ai souvent évoqué, le journal intime que jamais je n’aurais écrit pour moi-même. Suffisamment pudique, je l’espère, pour n’avoir envahi personne des joies et des peines de mon existence, mais toujours sincère – de cette sincérité que l’on se doit déjà à soi-même – tant chaque perle que j’y ai partagée n’a été que le choix du cœur. Un écho à cette juste remarque du poète : « On ne t’a rien donné si on ne t’a donné le cœur. »

Choix du cœur, encore, évidemment, pour vous transmettre, en me retirant, cette nuit, sur la pointe des pieds, l’immense MERCI que je vous dois :

« Nuits d’absence »

par deux formidables poètes, Jean-Roger Caussimon et Léo Férré, bénis par Orphée lui-même, qui ont si magnifiquement reçu des plus grands qui les ont précédés, sur des images sensibles d’un youtuber inconnu que je salue.

« Cet éclat blême sur le givre
Est-ce la lune… ou le soleil ? »

II est des nuits où je m’absente
Discrètement, secrètement…
Mon image seule est présente
Elle a mon front, mes vêtements…
C’est mon sosie dans cette glace
C’est mon double de cinéma…
À ce reflet qui me remplace
Tu jurerais… que je suis là…

Mais je survole en deltaplane
Les sommets bleus des Pyrénées
En Andorre-la-Catalane
Je laisse aller ma destinée…
Je foule aux pieds un champ de seigle
Ou bien, peut-être, un champ de blé
Dans les airs, j’ai croisé des aigles
Et je croyais leur ressembler…

Le vent d’été, parfois, m’entraîne
Trop loin, c’est un risque à courir
Dans le tumulte des arènes
Je suis tout ce qui doit mourir…
Je suis la pauvre haridelle
Au ventre ouvert par le toro…
Je suis le toro qui chancelle
Je suis la peur… du torero…
Jour de semaine ou bien dimanche ?
Tout frissonnant dans le dégel
Je suis au bord de la mer Blanche
Dans la nuit blanche d’Arkhangelsk…
J’interpelle des marins ivres
Autant d’alcool que de sommeil :
« Cet éclat blême sur le givre
Est-ce la lune… ou le soleil ? »

Le jour pâle attriste les meubles
Et voilà, c’est déjà demain
Le gel persiste aux yeux aveugles
De mon chien qui cherche ma main…
Et toi, tu dors dans le silence
Où, sans moi, tu sais recouvrer
Ce calme visage d’enfance
Qui m’attendrit… jusqu’à pleurer…

Il est des nuits où je m’absente
Discrètement, secrètement…
Mon image seule est présente
Elle a mon front mes vêtements…
C’est mon sosie dans cette glace
C’est mon double de cinéma
À ce reflet qui me remplace
Tu jurerais… que je suis là…

Il est des nuits, où je m’absente
Discrètement, secrètement…
Mon image seule est présente
Elle a mon front mes vêtements…
C’est mon sosie dans cette glace
C’est mon double de cinéma
À ce reflet qui me remplace
Tu jurerais… que je suis là…

. . .

Kaddish

Le 27 janvier 1945, il y a 70 ans, en Pologne, non loin de Cracovie, les soldats russes ouvraient les portes d’un enfer qui aurait fait frissonner d’horreur Dante lui-même, au sommet de son impressionnante imagination : ils libéraient le camp d’extermination nazi d’Auschwitz – Birkenau, la plus effroyable usine de destruction du genre humain qui fût jamais inventée.

Félix Nussbaum - Le triomphe de la mort - 1944 "Si je meurs, ne laissez pas mes peintures me suivre, mais montrez-les aux hommes"

Félix Nussbaum – Le triomphe de la mort – 1944
« Si je meurs, ne laissez pas mes peintures me suivre, mais montrez-les aux hommes »

En 1914, par « un miracle de sympathie intuitive » avec l’âme juive, selon l’expression de Vladimir Jankélévitch, Maurice Ravel – athée, ou, pour le moins, agnostique – composait deux « mélodies hébraïques », dont l’une est la mise en musique d’une des prières majeures de la liturgie juive, « Kaddish ». Cette glorification du nom de Dieu qui suppose toujours d’être prononcée en groupe (10 personnes au  moins) revêt diverses formes, et l’une d’elles, tout entière elle aussi consacrée à la sanctification de l’Éternel, constitue la prière des endeuillés, bien que jamais la mort n’y soit évoquée.

Dans cet arrangement pour ensemble à cordes de « Kaddish », le violoncelle prend la place du récitant, et rend les paroles bien inutiles. Seule la force magique de la musique laisse chacun libre de se souvenir avec ses propres mots et ses propres images, de se recueillir comme il le conçoit, de méditer avec ou sans Dieu, sans que jamais, pour autant, ne se relâche le lien de communion que noue l’indispensable instant de mémoire.

Le devoir de mémoire devrait consister en cette obligation à laquelle chacun, chaque jour, se soumettrait, et qui consisterait à regarder sa propre image dans le miroir de l’Histoire : rien ne prouve que la peur de s’y voir en victime serait plus forte que l’horreur de s’y rencontrer en uniforme de bourreau.

Quel meilleur moyen de rester vigilant ?

2015 : des vœux en forme… de perles

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Je souhaite que ces deux premières perles de 2015 servent de modèles à toutes les heures de votre nouvelle année :

Que la première leur inspire, pour rendre plus éclatant chacun de vos instants, la légèreté et la grâce de la souriante Aspicia, « la fille du Pharaon », que Taor, voyageur anglais, assoupi un instant dans la pyramide qui depuis des millénaires abrite la princesse, fait danser au milieu de son rêve extatique.

Et pour que le modèle que chaque heure aura à imiter se tienne au plus près de la perfection, la perle se fait étoile, la reine elle-même prête sa beauté et son talent à la jeune princesse : la Reine du Bolchoï, déesse de la danse, Svetlana Zakharova.

La deuxième perle  – en vérité, la deuxième fée – conférera à vos jours, je le souhaite, le souffle tonique d’un morceau de jazz, la joie enfantine et ludique, mais savante, des doigts qui l ‘interprètent, le plaisir des rencontres heureuses que celui-ci propose autour d’une tasse de thé…

… Et le bonheur simple, tel qu’il se cache derrière les bonnes surprises, comme celle, par exemple, jouissive, de l’alliance inattendue d’une virtuose du piano classique avec la comédie musicale de Broadway :

Excellente Année 2015 !

Deux années de « Perles » !!!

« Il n’y a de long ouvrage que celui qu’on n’ose pas commencer. Il devient cauchemar. »                                                                                                                                       Charles Baudelaire

« Perles d’Orphée »  a 2 ans !

Voilà deux ans aujourd’hui j’ouvrais ce blog « Perles d’Orphée » comme on commence un journal intime. Rien alors ne le promettait à s’inscrire dans la durée.

Ni créateur, ni interprète, je trouvais ainsi, par le collage, le montage et l’exposition des « perles » des autres, une manière d’exprimer à travers leurs œuvres mes émois esthétiques. Juste pour le plaisir du partage, comme un écho à ma profonde conviction qu’une émotion ne trouve vraiment sa quintessence qu’à l’instant de son passage vers l’autre, dans la reconstitution partagée de sa naissance.

Ce long ouvrage, cauchemar tant qu’aura duré ma procrastination, me semble, aujourd’hui, deux ans après la publication du premier billet, n’avoir commencé son existence qu’il y a quelques semaines seulement. – Une fois encore je trouve chez Baudelaire – comme aussi chez Cioran d’ailleurs, souvent – les mots qui me disent.

Deux années, donc, durant lesquelles vous êtes venus toujours plus nombreux, et de partout, avec une fidélité sans faille, visiter mes « Perles d’Orphée », partager mes choix, et me prodiguer souvent de généreux encouragements.

MERCI A TOUS !

Rodin - Cathedrale

Rodin – Cathédrale

« 2 »

Signe de la plus radicale des divisions, de la bipolarité universelle, symbole de séparation, d’opposition, de conflit, ce chiffre « 2 » porte en lui, également, les valeurs de l’équilibre, de la réunion, de la synthèse, et l’on ne saurait oublier qu’il est le premier vecteur de la multiplication. Orphée, veuf inconsolé, le sait bien qui rassemble, autour du couple qu’il forme désormais avec sa musique, tout ce qui vit, devant les portes de l’éternité.

J’ai souhaité que le mouvement enroulé de ces deux mains, sculptées par Rodin, prêtes à se réunir et qui s’étreindront sûrement au point culminant de leur élévation, serve de stèle à cette deuxième année qui aujourd’hui s’achève. En souvenir des heureux moments d’échange et de rapprochement qu’elle aura suscités.

Et puisque cet An II meurt un lundi, pourquoi ne pas consacrer cette semaine à joyeusement l’ensevelir sous un tas « 2 »… perles, en forme « 2 » paire, « 2 » dialogue, « 2 » duo ou autre pas de deux  ?

A commencer par celle-ci : un jovial DUO chantant le bonheur. Et quel duo ! : Kate Royal et  Ian Bostridge.

De circonstance, n’est-ce pas ?… Et pour un lundi… et pour un anniversaire ! 

« Happy we ! »  (duo final de l’Acte I – Acis et Galatée de Haendel)

Happy we!
What joys I feel!
What charms I see
Of all youths/nymphs thou dearest boy/brightest fair!
Thou all my bliss, thou all my joy!

 A suivre…