« Je est un autre ! » Un dieu ?

O, comme j’aimerais pouvoir une fois, une seule fois, lancer cette harangue exaltée à la face de ce miroir qui, sans vergogne, me jette régulièrement au visage le triste et déplaisant portrait d’un prétentieux qui le questionne !… Juste pour tenter, une fois, une seule fois, de le persuader qu’aucun vœu ne saurait être plus humble que le désir sincère de ressembler à un Dieu.

Orphée innombrable

Parle. Ouvre cet espace sans violence. Élargis
le cercle, la mouvance qui t’entoure de floraisons.
Établis la distance entre les visages, fais danser
les distances du monde, entre les maisons,
les regards, les étoiles. Propage l’harmonie,
arrange les rapports, distribue le silence
qui proportionne la pensée au désir, le rêve
à la vision. Parle au-dedans vers le dehors,
au-dehors, vers l’intime. Possède l’immensité
du royaume que tu te donnes. Habite l’invisible
où tu circules à l’aise. Où tous enfin te voient.
Dilate les limites de l’instant, la tessiture
de la voix qui monte et descend l’échelle
du sens, puisant son souffle aux bords de l’inouï.
Lance, efface, emporte, allège, assure, adore. Vis.

Jean Mambrino – La Saison du monde (1986)

Jean Mambrino (1923-2012)

Jean Mambrino (1923-2012)

Précédemment sur ce blog : « Adieu à Jean Mambrino »

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