La mort de Didon

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En ces temps lointains de ma jeunesse, « lourdement » armés de notre « Gaffiot » – les latinistes ne sauraient oublier combien ce dictionnaire pesait dans nos cartables – nous nous battions avec le vers alambiqué de L’Énéide pour essayer de comprendre quelque chose à la Guerre de Troie racontée par Virgile. Si le récit de la guerre et la beauté d’Hélène parvenaient parfois à capter notre attention, les amours de Didon et Énée ne nous passionnaient pas spécialement.

Didon, pour nous, se limitait à cette phrase, exercice de diction au demeurant, qu’inlassablement nous nous plaisions à répéter à toute vitesse pour en faire une énigme indéchiffrable par ceux de nos copains qui n’étaient pas encore initiés : « Didon dîna, dit-on, du dos d’un dodu dindon. »

Lequel d’entre nous – l’aîné n’avait pas atteint ses 14 ans –  se serait-il préoccupé du sort tragique de cette reine de Carthage dont Virgile, assisté avec ferveur par notre professeur, essayait de nous dire la souffrance? Cette reine qui, accueillant dans son palais Énée défait à Troie, en devient amoureuse et s’unit à lui sur les conseils de sa sœur. Cette même reine qui, à peine l’union avec Énée célébrée, est trahie et abandonnée par ce nouvel époux reniant son serment, convaincu par la malveillance de Junon de partir à la reconquête illusoire de Rome. Cette reine, digne jusqu’à en mourir, qui, repoussant la condescendance de son lâche époux, se transperce la poitrine avec la propre épée du héros dardanien.

« Moriemur inultae, sed moriamur! »   (Nous mourrons invengée, mais mourons!)

Auguste Cayot - Mort de Didon 1711

Auguste Cayot – Mort de Didon 1711

En a-t-il inspiré des poètes, des romanciers, des peintres et des musiciens, ce royal suicide de la célèbre Didon! Cette « reine noire », selon l’expression que choisit  Jacqueline Kelen pour qualifier les « femmes solaires » que sont « Didon, la Reine de Saba ou Salomé, « car sous tous les ciels la vraie lumière est noire : intérieure, cachée. » (Les reines noires – Albin Michel)

Chaque siècle a trouvé parmi les siens son lot d’artistes pour représenter, raconter ou chanter ce tragique destin : outre les peintres, dont certains exposent en tête de ce billet, on pourrait penser à Etienne Jodelle au XVIème siècle avec « Didon se sacrifiant », à Georges de Scudéry, prétentieux romancier protégé de Richelieu, au XVIIème, à Métastase, au siècle suivant en Italie et sa « Dido abbandonata », à l’incontournable Berlioz au XIXème avec « Les Troyens », et plus près de nous, à Giuseppe Ungaretti ou Léopold Sédar Senghor. Ce ne sont là que quelques exemples.

Un seul d’entre tous, à mon sens, – et c’est un musicien – a transmis à la postérité une inoubliable image de la pathétique destinée de Didon : Henry Purcell.

Dans son « unique » opéra, Dido and Æneas, le maître anglais propose une version assez édulcorée, voire simplifiée, du récit de Virgile. L’œuvre, dont l’écriture est elle-même assez dépouillée, initialement composée pour quatuor à cordes et clavier, pourrait sembler plutôt minimaliste pour un opéra baroque. Mais cela ne nuit en rien à l’intensité du drame qui s’y déploie. Les airs sont souvent des enchantements et le lamento final, « When I am laid in earth », de Didon qui se laisse mourir dans les bras de sa suivante Belinda fait vibrer les poitrines des accents d’une triste et noble résignation dans lesquels se confondent en un seul souffle le cœur meurtri de l’amante et l’âme généreuse de la femme d’état.

Thy hand, Belinda, darkness shades me,
On thy bosom let me rest,
More I would, but Death invades me;
Death is now a welcome guest.
When I am laid in earth, May my wrongs create
No trouble in thy breast;
Remember me, but ah! forget my fate.
(Nahum Tate, livret de Didon et Enée, 1689)

Donne-moi ta main, Belinda, l’obscurité m’aveugle,
Laisse-moi me reposer contre ton sein,
Je voudrais davantage, mais la mort m’envahit;
La mort est à présent la bienvenue.
Lorsque je serai portée en terre,
Que mes torts ne créent pas de tourments en ton cœur.
Souviens-toi de moi ! Souviens-toi de moi !
Mais, ah ! Oublie mon destin.

Δ

A en croire Virgile, la terrible Junon elle-même – pourtant absente, comme on en s’en doute, à la première de l’opéra de Purcell – se trouva émue par les derniers instants de Didon :

« Tum Iuno omnipotens, longum miserata dolorem difficilisque obitus »  (Alors Junon la toute-puissante s’apitoie sur cette longue souffrance et sur cette mort pénible)

Δ

Et comme l’émotion est aussi liée – n’est-ce pas Monsieur de la Palice? – à l’interprétation, en voici deux d’une égale séduction, bien que très différentes l’une de l’autre (c’est le moins qu’on puisse dire), eu égard à l’apparence physique des cantatrices qui incarnent notre héroïne, à leur tessiture respective, et à la mise en images de leurs prestations.

Deux visages magnifiques, deux voix d’exception pour servir une unique et éternelle transcription sonore de la mort de Didon.

Patricia Petibon

Δ

Jessy Norman

Émotion de l’Histoire – Histoire d’une émotion

 » Je n’ai pas de sang juif, que je sache, en mes veines, mais que je sois haï comme si j’étais juif, par chaque antisémite en sa démente haine ; tel est mon vœu de Russe, et russe est mon motif.  »  Evgueni Evtouchenko (1961)

Les relents particulièrement pestilentiels des évènements sur-médiatisés de ces dernières semaines, qui gavent les unes de toute la presse de sordides « quenelles » ainsi que de l’antisémitisme et du négationnisme provocateurs d’un mauvais clown en quête de la sympathie et du denier des médiocres, m’ont plongé dans une bien sombre et sans doute inutile méditation.

De ce voyage entre mes souvenirs et l’Histoire, j’aurais au moins fait ressurgir l’émotion inoubliable que je ressentis en un instant unique avec près de 2 000 autres spectateurs, le 10 avril 1995, au Festspielhaus de Salzbourg.

Le génie de la musique au service de l’Histoire et pour la mémoire.

Festspielhaus SalzburgCe soir là, comme chaque soir pendant la semaine du festival de Pâques la salle était comble. En respectueux hommage à la musique, célébrée ici à son degré le plus élevé, chacun avait revêtu sa plus élégante tenue, robe du soir et bijoux, smoking, ou costume traditionnel autrichien.

Pour le concert de cette soirée, le célébrissime Orchestre Philharmonique de Berlin avait invité à sa direction le non moins illustre chef, Sir Georg Solti.

Au programme, Mozart et Chostakovitch. On aurait pu, à première vue, imaginer un concert dédié à la gaité et à l’humour grinçant. Point du tout.

Avec la symphonie N° 25 en sol mineur de Mozart, jouée en première partie, le ton, pour le moins sérieux, de la soirée était donné. Dès les premiers accords de l’Allegro con brio, les musiciens enveloppaient la salle d’un sentiment d’inquiétude, voire d’angoisse, que ne contredit en rien la gravité du deuxième mouvement Andante. Seul le trio à venir, confié aux vents, tentait d’exprimer un peu de gaité, mais l’Allegro final ne tarda pas à recouvrir à nouveau l’auditeur de ce voile ténébreux, préfiguration sonore de la mort à l’affût.

La mort. L’horrible mort!

Babi-yar - peinture

Elle devait, sans voile désormais, trôner sur le théâtre tout entier et s’instiller jusque dans les plus petits recoins de l’âme de chaque spectateur : au programme de la seconde partie, la 13ème symphonie, sous-titrée « Babi Yar », du courageux et très russe Dimitri Chostakovitch. Un monument musical, pour voix de basse et chœur d’hommes, composé en 1962 à partir d’un poème d’Evgueni Evtouchenko à la mémoire de la plus monstrueuse action génocidaire perpétrée par les nazis à l’Est, dans un ravin près de Kiev, nommé « Babi Yar ». Façon osée et sincère de la part de deux artistes de compenser le refus des autorités soviétiques de reconnaitre cette tragédie.

« Point de stèle funéraire en mémorial de Babi Yar.
« Rien qu’une falaise abrupte, la plus fruste des sépultures.
« Et m’y voici, épouvanté. »

Ainsi commence le poème, ainsi débute la deuxième partie du concert. Dans le silence solennel qui s’installe aussitôt dressée la baguette du chef, la profonde voix de basse du soliste Sergeï Aleksashkin fait tonner les vers russes qu’il déclame jusqu’au bout ; les sonorités de la langue et les intonations de la voix dispensent presque de la traduction.

Alors l’orchestre et le chœur rejoignent le soliste pour un premier mouvement Adagio, au cours duquel les voix reprennent les différentes strophes. Chacune racontant un évènement de l’histoire de l’antisémitisme, le poète se mettant successivement à la place du capitaine Dreyfus, d’une victime du pogrom de Bialystok ou de la jeune Anne Frank.

Contraste délibéré, l’Allegretto du deuxième mouvement, à la fois parodique et satirique glorifie la force indomptable de l’ « humour » – c’est son intitulé –  capable de défier la tyrannie elle-même.

Pendant la dizaine de minutes suivante, l’Adagio « Au magasin » rend un hommage à la femme soviétique en forme de lamento, avant que ne débute le quatrième mouvement « Peurs », introduit par un inquiétant solo de tuba, prémisse d’une nouvelle plongée dans les sombres turpitudes de l’oppression.

Enfin, avec « Carrière », un Allegretto annoncé par la lumière des flûtes en fête, l’espoir semble revenir, et avec lui les sarcasmes du compositeur et son pied de nez ironique à la bureaucratie tatillonne. Les tensions s’apaisent dans la douce mélodie finale et les lents accords tenus des cordes. Par-ci, par-là, un tintement de clochettes, petites fleurs discrètes souriant, indifférentes, à la vie éternellement renouvelée dont elles sont le symbole.

Un dernier tintement, légèrement plus net, met un point final à la symphonie. La baguette du maestro reste levée, tenant suspendu à son extrémité ce silence qui est encore la musique. Quelques secondes pour que chacun se recueille, se retrouve, revienne doucement à sa propre réalité, comme au sortir d’un rêve profond ou d’un moment d’hypnose. Quand elle s’abaissera les musiciens abandonneront leur extrême concentration, le public pourra enfin libérer son expression.

La baguette s’abaisse, mais rien ne bouge. La salle, des deux côtés de la scène, est pétrifiée comme si un torrent de lave pompéienne avait figé l’instant à tout jamais. Pas la moindre toux, pas un souffle, pas une main qui tenterait le moindre applaudissement. L’exceptionnelle interprétation de cette symphonie a décuplé la force de son évocation. Le silence se prolonge indéfiniment. Trente secondes, quarante, peut-être plus, autant dire un siècle.

Puis quelques timides applaudissements dont les auteurs doivent bien sentir qu’ils dérangent et enfin dans un élan collectif dont on aurait pu penser qu’il fût commandé par un quelconque signal, la salle se lève, 2 000 personnes comme un seul homme, dans un tonnerre d’applaudissements et d’ovations sans fin.

Jamais, jamais je n’avais assisté à une telle intensité d’émotion dans une salle de spectacle, et à pareille communion. Je n’ignorais déjà pas, certes, le puissant pouvoir de la musique, mais comment supposer qu’il pût atteindre à ce paroxysme là.

Mon regard s’embrume encore aujourd’hui en écrivant ces lignes. Il se voile, et se voilera toujours, aux premiers accords de « Babi Yar ».

***

Orchestre et chœur d’hommes de la Radio néerlandaise – Basse : Sergeï Aleksashkin

Direction Dmitri Slobodeniouk

 I/ Babi Yar  – Adagio (jusqu’à 15’30)

II/ Humour – Allegretto (jusqu’à 23’55)

III/ Au magasin – Adagio (jusqu’à 35’38)

IV/ Peurs –  Adagio (Jusqu’à 46’41)

 V/ Une carrière – Allegretto

***

Un brin d’Histoire

Babi Yar , c’est le tristement célèbre nom d’un ravin (dit de la vieille femme), situé dans la banlieue de Kiev.

Le 29 septembre 1941, jour du Yom Kippour, 33 771 juifs, essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards, y furent regroupés, battus, humiliés et dépouillés avant d’être massacrés, à la mitrailleuse et au pistolet, par les Einsatzgruppen nazis – les commandos de la mort – et leurs complices de la police ukrainienne, dans les conditions les plus lâches, les plus horribles et les plus barbares qui se puissent imaginer.

33 771 êtres humains dont le seul « crime » était d’être nés juifs.

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Déniant la qualification raciste de ce massacre, Khrouchtchev refusa que fût édifiée une stèle dédiée à la mémoire des innocentes victimes juives. En réponse à ce déni et pour dénoncer l’antisémitisme russe toujours réellement présent, Evgueni Evtouchenko – qui n’était pas plus juif que ne l’était Chostakovitch – publia en 1961 le poème « Babi Yar ». Un poème chargé d’un profond humanisme, dans lequel l’auteur retrace l’histoire des persécutions qui ont frappé le peuple juif depuis ses origines. Un manifeste contre l’antisémitisme sous toutes ses formes.

« Je suis moi-même, je suis moi-même
« Chacun des enfants tués ici
« Je suis moi-même chacun des vieillards tués ici
« De ma vie entière, jamais je n’oublierai »

Chostakovitch, sensibilisé autant par le souvenir historique que par le poème d’Evtouchenko et la justesse de la cause, se propose aussitôt de composer une cantate autour du poème, et très vite, s’inspirant d’autres textes du poète, et travaillant avec lui, élargit son projet jusqu’à écrire sa 13ème symphonie pour voix de basse et chœur d’hommes. L’œuvre fut présentée en décembre 1962 à Moscou par l’Orchestre Philharmonique de la ville, sous la baguette de Kirill Kondrachine. Evgueni Mravinski, qui avait coutume de diriger les créations de Chostakovitch, dont certaines d’ailleurs lui étaient dédiées, refusa de l’interpréter, évitant ainsi les inéluctables critiques acerbes qui ne manquèrent évidemment pas d’accueillir le poème, la symphonie et les deux courageux artistes.

A la fin 1976 les communistes, ne voulant absolument pas mentionner le massacre de la population juive, érigèrent un monument à la mémoire des « 100 000 habitants de Kiev »  tués dans ce « fossé de la vieille femme ». Les massacres d’autres populations continuèrent longtemps encore, jusqu’en 1943 au moins, dans ce sinistre lieu. C’est seulement en 1991 qu’une stèle en forme de ménorah fut dressée, commémorant spécialement le massacre des juifs de Kiev. Depuis d’autres monuments commémoratifs rappellent les horreurs et la barbarie qui marquèrent à jamais ce ravin…

Pour que chacun se souvienne!…

… Et avec l’espoir, sans doute un peu fou, que cela serve notre présent.

« Le son m’enfante… »

Pour marquer mon dernier voyage de cette courte année chez mes amis « Les Cosaques »  je voulais que la perle musicale que j’y déposerais exprimât avant tout le sentiment d’une profonde humanité qu’aucune frontière ne retînt.

Il fallait que le poème, la musique, l’interprète et son message fusionnassent en une émotion unique, forte, juste, qui, sans détour, au-delà du langage, pût sensuellement pénétrer l’âme de chacun.

Je désirais enfin que cette perle servît d’illustration à ce vers du « Cimetière marin » de Paul Valéry  :  « Le son m’enfante et la flèche me tue »  ; afin qu’à l’orée et à l’instar d’une nouvelle année, elle nous fasse à la fois naître et mourir… pour qu’ensemble nous renaissions de son partage, au moins le temps d’un frisson.

Buika03J’ai donc déposé sur cette page des « Cosaques », une perle noire, de culture arlequine, qui laisse échapper de son écrin les accents magiques et indéfinissables d’une âme en permanente errance entre naître et mourir : le « duende ».

 

« Oro santo »

Cliquez sur le titre ci-dessus

Kol Nidrei (Tous les voeux)

Demain la communauté juive célèbrera « Yom Kippour », autrement appelé le « Grand Pardon ». C’est en effet le jour solennel de la repentance, considéré comme le plus saint de l’année pour l’ensemble du peuple juif. Une unique thématique anime cette journée de prières, de chômage et de jeûne : le pardon, la réconciliation.

Gottlieb-Jews_Praying_in_the_Synagogue_on_Yom_Kippur

Gottlieb – Juifs priant à la synagogue pour Yom Kippour

Ce soir, veille de Yom Kippour, les célébrations commenceront par un chant, le « Kol Nidrei » qui n’est pas à proprement parler une prière, mais plutôt une proclamation qui a pour vocation d’annuler tous les vœux prononcés de manière inconsidérée.

Par ce chant particulièrement émouvant, on efface collectivement les engagements religieux que l’on n’a pu ou ne pourra tenir. C’est l’occasion d’un moment de joie collective que recherchent même ceux parmi les croyants, qui ne sont pas très attachés à la pratique religieuse. On peut dire que c’est autour du Kol Nidrei que réside la valeur symbolique du jour de Yom Kippour.

Comme toujours dans l’esprit des « Perles d’Orphée », c’est sous l’angle profane que l’on regardera la fête religieuse à quelque confession qu’elle appartienne, et – on s’en serait douté – c’est par l’expression musicale qu’elle suscite qu’on se plaira à l’évoquer.

Et cependant, s’agissant du texte du Kol Nidrei, on ne peut pas dire qu’il soit particulièrement musical. Écrit à l’origine (assez mal connue en vérité) en araméen, il consiste essentiellement en un long article juridique définissant les conditions du pardon et de l’annulation des vœux. C’est, semble-t-il à partir du onzième ou douzième siècle qu’il s’habille, chanté par les rabbins ashkénazes du sud de l’Allemagne, d’une mélodie qui le place au premier plan des chants de cette période à la fois festive et recueillie. Le chantre entonne dès le début un pneuma très grave qui progressivement remonte tel un sanglot.

En voici une belle version (en concert) du cantor et éminent professeur de musique liturgique de la Fifth Avenue Synagogue de New-York, Joseph Malovany :

Mais si ce chant est devenu aussi célèbre, c’est peut-être parce que, comme le raconte la légende, de grands compositeurs sont souvent venus assister à la synagogue à ce genre de célébration. Et pour n’en citer qu’un, Beethoven lui-même, qui, dans les premières mesures du Quatuor en Ut dièse mineur Opus 131, fait allusion au thème sonore du Kol Nidrei.

Max Bruch (1838-1920)

Max Bruch (1838-1920)

C’est en 1880, avec Max Bruch – qui, contrairement à l’idée reçue, n’était pas juif et n’avait pas l’intention de composer une pièce spécifiquement « juive »- que la musique s’enrichit d’un splendide concerto pour violoncelle inspiré de ce moment et écrit pour la communauté juive de Liverpool.

Initialement cette œuvre portait le titre de « Adagio sur 2 Mélodies Hébraïques pour Violoncelle et Orchestre avec Harpe », dans laquelle le violoncelle figure la voix du chantre de la synagogue. Elle a naturellement fini par prendre le nom de Kol Nidrei et est devenue une des pièces majeures du répertoire des violoncellistes.

Avec les accents humains poignants qu’il sait si bien exprimer, le violoncelle, depuis chacune de ses cordes, fait monter vers nos poitrines une tension émotionnelle que peu d’œuvres savent provoquer. Lorsque de surcroît la musique fait enfler la part de foi de l’auditeur, l’émotion peut atteindre à un paroxysme.

Ici, Mischa Maisky tient l’archet…

♦♦♦

N° 201

Battez tambours, sonnez trompettes!

Voici le billet

N° 201 des « Perles d’Orphée ».

La toccata de l’Orfeo de Monteverdi,

comme un hymne en l’honneur de la générosité et de la bienveillance que vous avez, amis ou inconnus de 100 pays, témoignées depuis sa création en décembre 2012, à ce blog qui, sans vous. serait resté à la place réservée aux journaux intimes modernes, au fond d’un disque dur.

Par votre fidélité à ses pages, vous avez partagé mes émotions et mes choix, poétiques et musicaux le plus souvent. Vous m’avez fait l’amitié de vos commentaires, publics ou privés, toujours sympathiques et parfois flatteurs mais jamais flagorneurs. Vous avez même quelquefois, signe extrême de votre appréciation positive, « reblogué » sur vos propres sites un billet pour le partager avec votre entourage, ou en avez simplement recommandé la lecture à vos proches.

En un mot, en accueillant ma démarche, vous avez contribué à donner un espace plus large encore au plaisir que me procurent sans faillir les innombrables « perles » des mille enfants d’Orphée, et avez offert à mes émotions esthétiques une bien agréable caisse de résonance.

Et si mon émotion d’aujourd’hui appartient plutôt au domaine de l’intime, sa dimension ne pouvait évidemment pas la soustraire à sa diffusion dans ce billet N° 201.

MERCI  A TOUS !

In english :

Beat the drums! Sound the horns!

Here is the article N° 201 from

« Perles d’Orphée »

Toccata of Monteverdi’s Orfeo,

as an hymn in honor of the generosity and kindness that you, friends or strangers from 100 countries, shown towards this blog since its inception in December 2012. Without you. it would have remained in the place reserved for modern diaries, at the end of a hard drive.

For your fidelity to its pages, you shared my emotions and my choice, poetic and musical most often. You have been kind to me with your comments, public or private, always friendly and sometimes flattering, but never fawning. You even sometimes, very positive sign of your appreciation, « reblogged » on your own site some posts to share with your followers, or have simply recommended reading to your friends.

In a word, welcoming my approach, you have contributed to give an even larger space to pleasure afforded me unfailingly the « pearls » of thousands children of Orpheus.

And if my emotion today is more a matter of intimacy, its size obviously could not remove it from its distribution in this post No. 201.

THANK YOU TO ALL !

Souviens-toi quand…

 » Dante, pourquoi dis-tu qu’il n’est pire misère
Qu’un souvenir heureux dans les jours de douleur ?
Quel chagrin t’a dicté cette parole amère,
Cette offense au malheur ? « 

                                             Alfred de Musset (Souvenir)

Remember when…

C’est d’abord le titre d’une jolie chanson écrite et interprétée par un artiste incontournable de la musique « Country » américaine.

C’est aussi le titre de la très touchante vidéo d’animation que les studios Pixar (Disney) ont réalisée pour illustrer les paroles de la chanson.

Images simples, sans prétention, sensibles, naïves au goût de certains, mais chargées d’une saine émotion soutenue par la tendre mélodie et la voix caressante d’Alan Jackson.

Tout y semble si réel… Si poétique aussi!

Souviens-toi quand
J’étais jeune
Et toi aussi
Le temps semblait tranquille
Et l’amour était tout ce que nous possédions
Tu étais la première
Et j’étais le premier
Nous avons fait l’amour
Et puis tu as pleuré
Souviens-toi quand…

Souviens-toi quand
Nous avons fait des vœux
Nous nous sommes promenés
Avons échangé nos cœurs
Pris ensemble un départ
Oui c’était difficile
Nous avons vécu et appris
La vie nous a donné des soucis
Nous avons connu des joies
Bien des difficultés aussi
Souviens-toi quand…

Souviens-toi quand
Nos anciens sont morts
Quand nos enfants sont nés
Comme la vie changeait alors
Détruits, réconfortés
Nous nous sommes retrouvés
Éclatés en morceaux
Et nos cœurs brisés
Souviens-toi quand…

Souviens-toi quand
Le bruit des petits pas
Était notre musique
Nous dansions
Semaine après semaine
L’amour était revenu
La confiance rétablie
Promise à ne plus être abandonnée
Souviens-toi quand…

Souviens- toi quand
La trentaine semblait si vieille
Maintenant regarde en arrière
Il n’y a qu’un pas
Jusqu’à aujourd’hui
Ce jour-là nous nous sommes
Dit que nous referions pareil
Souviens-toi quand…

Souviens-toi quand
Nous avons imaginé
Nos cheveux grisonnants
Que les enfants
Grandiraient et partiraient
Que nous ne serions pas tristes
Que nous serions très heureux
Pour toute la vie que nous aurions
Et dont nous nous souviendrons quand…
Souviens-toi quand…

Ω

Et plus tard, quand il ne reste plus de place dans le cœur que pour les souvenirs…

Ω

 » Je me dis seulement :  » À cette heure, en ce lieu,
Un jour, je fus aimé, j’aimais, elle était belle. « 
J’enfouis ce trésor dans mon âme immortelle,
Et je l’emporte à Dieu ! « 

                                               Alfred de Musset (Souvenir)

Ω Ω Ω

Ombra mai fu…

Haendel

Georg-Friedrich Haendel (1685-1759)

 » Le destin vous sourit ! 

Que le tonnerre, l’éclair et la tempête 

Ne troublent jamais votre précieuse paix, 

Et le rapace vent du sud 

Ne vienne pas non plus vous violenter ! 

Jamais l’ombre d’aucun arbre 

Ne fut plus douce, plus précieuse, 

Plus agréable !  »

« Ombra mai fu
di vegetabile,
cara ed amabile,
soave più. »

Comme on ne saurait se lasser de la douceur de l’ombre du grand platane sous lequel on vient chercher la paix et le repos, on ne se lasse pas de s’abandonner à le tendre mélodie du très célèbre« Largo de Haendel ». Et lorsque d’une caresse de sa voix, Cecilia Bartoli fait frissonner les feuilles…

« Ombra mai fu » est la première aria que nous offre Haendel dans son opéra, « Serse » –  une de ses dernières compositions du genre – vaguement inspirée de la vie de Xerxès I, roi de Perse à la fin du Vème siècle. C’est un chant d’amour que le roi dédie à un vieux platane. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer à priori, ce n’est pas à la voix grave et sonore d’un puissant monarque habitué à ordonner que cet air est confié, mais au tremolo délicat de celle, haut perchée d’un castrat, ou d’une soprano.

Les contre-ténors ayant repris le répertoire des castrats désormais disparus – faute, sans doute, de pouvoir se reproduire – accordons-nous un bis avec l’un de leurs plus brillants représentants, Andreas Scholl… pour entendre la différence… et surtout, avouons-le, pour doubler notre plaisir.