Liebestod

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Liebestod

Tristan
– Veux-tu me suivre au pays où le soleil ne luit point ? Veux-tu suivre Tristan ?

Isolde
– Au pays dont il parle, Isolde suivra Tristan…

Comme un écho au billet paru le 23 mai 2013 sur « Perles d’Orphée » :
Liebestod (La mort d’amour)

Waltraud Meier (« Liebestod« ) – Bayreuth 1999

Lire, voir, ÉCOUTER la suite . . .

La dame à la rose – Écouter

« Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise »   Agrippa d’Aubigné

Surtout quand une femme charmante vous l’offre un matin gris au jardin des délices.

Je m’y étais rendu en souris, comme souvent, avec, ce matin-là, le désir précis d’y rencontrer une fée qui m’aurait chanté dans la langue de Schubert, l’histoire d’une rose et d’un garçon que Goethe, jadis, racontait dans ses vers. Elles étaient nombreuses, les magiciennes à la voix de velours, à vouloir me séduire, mais une seule, qui s’était parée de la pourpre ensorcelante, ramenée sans doute des rivages wagnériens qu’elle habite souvent, réussit à m’envouter avec cette anodine mais charmante petite querelle d’amoureux : Heidenröslein.

Un garçon vit une petite rose de loin,
Petite rose dressée sur la lande,
Elle était jeune et belle comme un matin,
Il courut de près la voir,
Sa vue l’emplit de joie,
Petite rose, petite rose, petite rose rouge,
Petite rose de la lande.

Le garçon dit : que je te cueille,
Petite rose de la lande !
La petite rose dit : que je te pique,
Pour que tu penses à moi dans l’éternité
Et je ne veux point l’endurer,
Petite rose, petite rose, petite rose rouge,
Petite rose de la lande.

Et le méchant garçon cueillit
La petite rose de la lande,
La petite rose piqua et se défendit,
Il ne lui servit à rien de crier, de gémir,
Et dut bien le souffrir,
Petite rose, petite rose, petite rose rouge,
Petite rose de la lande.

« Un bon tiens, dit le proverbe, vaut mieux que deux tu l’auras ! »  Mais à être trop sage on passerait souvent à côté de bien des bonheurs… Quel plaisir d’avoir cédé à l’irrépressible envie de continuer mon exploration à la recherche de la Dame à la rose.

Pour récompenser mon audace, une autre fée, totalement inconnue, vint à ma rencontre, discrètement cachée sous le sépia des vieilles photos. Elle avait découvert dans une biographie de Rainer Maria Rilke qu’avait écrite en 1927 un de nos académiciens, Edmond Jaloux, la lettre qu’il dévoilait d’une femme, anonyme, amie et admiratrice du poète, rédigée comme un hommage, en forme de souvenir, à l’auteur des inoubliables « Cahiers de Malte Laurids Brigge ».

De cette lecture, Fabienne Marsaudon – c’est le nom de la féeavait composé une chanson intitulée, étrange coïncidence, « La dame à la rose ».

Elle me l’offrit, comme une rose, dans sa lumineuse simplicité. Une caresse pour l’âme. De ces caresses qui ne trouvent leur prolongement que dans la joie du partage.

Liebestod (La mort d’amour)

Richard Wagner (1813-1883)

S’il est un sentiment qui nourrit de sa chair et de son sang l’art lyrique, c’est incontestablement l’amour. S’il est un évènement qui le sous-tend presque systématiquement, c’est la mort. – L’opéra,en vérité, n’est pas si éloigné de notre quotidien.

La scène d’opéra est par nature, ou par définition, le terrain privilégié de la représentation dramatique de cet affrontement, vieux comme l’homme et la femme, entre Éros et Thanatos.

Mais quand le drame est façonné par Richard Wagner et que les héros ne sont autres que Tristan et Isolde, l’art lyrique touche à son sommet.

Dans ce drame célébrissime que Wagner emprunte à la légende celtique, « Tristan et Iseut », le compositeur ramène à une expression simple la passion amoureuse de ce couple impossible. Rien ne permet à ces amoureux de vivre ici et maintenant leur amour, attisé, s’il en était besoin, par le philtre qu’ils ont avalé. Comme ils le chantent tous deux, à l’Acte II, dans le plus long duo d’amour de l’histoire de l’opéra (trois quarts d’heure !), ce suprême bonheur d’être ensemble ne pourra se réaliser qu’au pays de la mort.

« Qu’ainsi nous mourions pour n’être plus séparés, unis pour l’éternité… » 

Il y a dans le regard porté sur cette passion, au-delà du romantisme théâtral, une lumière mystique qui atteint à son paroxysme lorsque Tristan, mortellement blessé par la lame de Melot, rend son dernier soupir dans les bras de sa princesse aimée. A cet instant le drame humain prend fin : c’est le dernier acte, au cours duquel le dernier chant d’ Isolde transcende le sentiment amoureux, comme aucun autre n’a su l’exprimer sur une scène d’opéra.

Elle est désormais seule face à la nuit, sa nuit ; face à la mort, sa mort.  Par sa « Liebestod », « La mort d’amour », Isolde rejoint Tristan, à jamais.

Un point culminant de la beauté dans le drame musical. Oh combien !

Dieu, que la mort est belle !

Wagnérienne parmi les wagnériennes, Waltraud Meier met magnifiquement au service de la passion d’ Isolde la puissance érotique de sa voix. La maîtrise de l’orchestre qui l’accompagne nourrit les couleurs nuancées de son chant pour offrir à l’auditeur ébloui la juste profondeur des sentiments qu’elle exprime.

L’extrait est tiré de l’enregistrement de la représentation donnée à la réouverture de la Scala de Milan en juillet 2007, avec l’Orchestre et le Chœur du Théâtre de la Scala, sous la baguette de Daniel Barenboim. La mise en scène a été confiée à Patrice Chéreau.

Tristan und Isolde - DVD