Loin de Paris…

Quelques jours loin de mon Paris ne sauraient suffire à me faire oublier cette ville que j’aime tant et qui me manque aussitôt que je m’en éloigne un peu.

Pour partager ma douce nostalgie depuis les pourtant splendides et rayonnants paysages du midi, ce petit poème de Bernard Dimey, que disait déjà il y a belle lurette Jean Sablon, le « crooner » français des vieilles années du XXème siècle, et fidèle ami du grand Django Reinhardt.

Paris superposition2

Merci à vous…

Merci à vous, gens de ma ville,
Vous qui l’avez faite à mon goût,
Si je m’y sens le cœur tranquille
C’est toujours un peu grâce à vous.

Merci pour tout ce que je trouve
Aux quatre coins de mon Paris,
Pour cette galerie du Louvre
Où la Joconde me sourit,
Pour la fraîcheur de Notre-Dame
Où vint prier François Villon
Pour séduire une jolie dame
Qui logeait près du petit pont.

Merci Monsieur Mansard et j’ose
De la part de Mimi Pinson
Vous offrir un bouquet de roses
Pour sa mansarde et sa chanson…
Merci Jean-Baptiste Molière
Pour les beaux soirs que je vous dois,
Rideaux de velours et lumières
Tout comme à Versailles, autrefois…

Merci Monsieur le Roi de France
Louis Charles Henri de votre nom,
Le chiffre n’a plus d’importance,
Et pour le seizième… pardon !
Merci pour toutes ces richesses
Dont je rends grâce à ma façon,
Paris qui valut une messe
Peut bien valoir une chanson.

                                                                  Bernard Dimey

Mais comment résister au charme tendrement désuet de la version délicate de Jean Sablon :

Rue de la Mélancolie

 « Je suis né par hasard le 10 mars 1920 à la porte d’une maternité fermée pour cause de grève sur le tas…ma mère était enceinte de 13 mois… une louve me prit sous son élytre et me donna à boire… j’étais déjà très laid….Et, tout d’un coup ma physionomie se transforma et je me mis à ressembler à Boris Vian, d’où mon nom ». Boris Vian

Boris Vian (1920-1959)

Boris Vian (1920-1959)

Vian - L'écume des jours - afficheAvec la sortie récente sur les écrans de « L’écume des jours », film de Michel Gondry réalisé à partir du roman poétique et onirique – on dirait aujourd’hui « déjanté » – de Boris Vian, l’auteur  revient à nos mémoires. Et c’est heureux.

Pour saluer cet évènement cinématographique dont je ne connais aujourd’hui que la bande annonce, et quelques critiques mitigées – qui se retrouvent cependant toutes promptes à féliciter la formidable inventivité du metteur en scène – j’ai choisi de nous donner rendez-vous au beau milieu de « La rue Watt ». 

Mais pas celle que les urbanistes d’aujourd’hui ont transformée en rue la plus éclairée de Paris. Plutôt celle de Raymond Queneau, celle que prend Jean-Pierre Melville pour sous-tendre le générique de son remarquable polar de 1962, « Le doulos », et bien sûr celle que chante l’inoubliable voix de Philippe Clay avec les mots de celui qui ne voulait pas « mourir d’un cancer de la colonne vertébrale », Boris Vian.

C’était une rue pittoresque et bien sombre située en grande partie sous les voies ferrées aux approches de la gare d’Austerlitz  et peu commune dans ce Paris que j’avais épousé dès ma première rencontre avec cette ville, vite devenue tout à la fois objet et lieu de mes amours anciennes.

La rue Watt me fascinait, tout jeune garçon déjà, tant elle attirait mon imaginaire enfantin vers de sombres histoires qui m’effrayaient autant qu’elles me subjuguaient.

Hier je l ‘aurais volontiers appelée  « rue de la Mélancolie » inspiré que j’étais par la noirceur des drames et des mystères qu’elle pouvait évoquer. Aujourd’hui, je ne la débaptiserais pas, tant la mémoire ombreuse de son visage passé se fond avec les souvenirs d’une jeunesse enfuie.

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Un bel hommage à la rue Watt, l’ancienne et la nouvelle, porté par la trompette de Miles Davis, avec en prime les images du générique du « Doulos ».