Corde sensible

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Corde sensible

NobukataFemme avec lyre (détail) – XVIIe

« Le trémolo, c’est-à-dire la création d’une ligne mélodique par la répétition rapide d’une même note aiguë accompagnée par les notes graves de l’harmonie, est l’un des effets les plus charmeurs que la guitare puisse produire. »

Charles Duncan
Pédagogue américain de la guitare, auteur de « The Art of Classical Guitar Playing »

* * *

Deux magnifiques pièces emblématiques du répertoire pour guitare dans lesquelles l’usage du tremolo est porté au paroxysme de l’enchantement :

« Recuerdos de la Alhambra » (Souvenirs de l’Alhambra de Grenade) composé en 1896 par Francisco Tarrega comme un écho aux sonorités d’une des fontaines du palais.

« Una limosna por el amor de Dios » (Une aumône pour l’amour de Dieu), écrite par Agustin Barrios peu de temps avant sa disparition en août 1944.

A la courte liste des guitaristes qui ont frisé la perfection dans l’exécution du trémolo, il faut désormais ajouter, incontestablement, une jeune virtuose sud-coréenne déjà au sommet de son art :

Kyuhee Park

Lire, voir, écouter, écouter, écouter… la suite…

Ombra mai fu…

Haendel

Georg-Friedrich Haendel (1685-1759)

 » Le destin vous sourit ! 

Que le tonnerre, l’éclair et la tempête 

Ne troublent jamais votre précieuse paix, 

Et le rapace vent du sud 

Ne vienne pas non plus vous violenter ! 

Jamais l’ombre d’aucun arbre 

Ne fut plus douce, plus précieuse, 

Plus agréable !  »

« Ombra mai fu
di vegetabile,
cara ed amabile,
soave più. »

Comme on ne saurait se lasser de la douceur de l’ombre du grand platane sous lequel on vient chercher la paix et le repos, on ne se lasse pas de s’abandonner à le tendre mélodie du très célèbre« Largo de Haendel ». Et lorsque d’une caresse de sa voix, Cecilia Bartoli fait frissonner les feuilles…

« Ombra mai fu » est la première aria que nous offre Haendel dans son opéra, « Serse » –  une de ses dernières compositions du genre – vaguement inspirée de la vie de Xerxès I, roi de Perse à la fin du Vème siècle. C’est un chant d’amour que le roi dédie à un vieux platane. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer à priori, ce n’est pas à la voix grave et sonore d’un puissant monarque habitué à ordonner que cet air est confié, mais au tremolo délicat de celle, haut perchée d’un castrat, ou d’une soprano.

Les contre-ténors ayant repris le répertoire des castrats désormais disparus – faute, sans doute, de pouvoir se reproduire – accordons-nous un bis avec l’un de leurs plus brillants représentants, Andreas Scholl… pour entendre la différence… et surtout, avouons-le, pour doubler notre plaisir.