Toqué de toccata /6 – Schumann

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Toqué de toccata /6 – Schumann

Robert Schumann 1810-1856

« Cher Robert, ta toccata serait tellement, tellement plus facile à quatre mains... »

C’est par cette plaisanterie admirative que la très jeune Clara Wieck, déjà virtuose du piano, accueillit la Toccata opus 7 de son amoureux de 25 ans, Robert Schumann, dont elle deviendra bientôt l’épouse dévouée que l’on sait.

La « Toccata » de Robert Schumann, rare, sinon unique, vestige, au XIXème siècle, des toccatas baroques, demeure encore aujourd’hui une des pièces les plus difficiles du répertoire pour piano. Son appellation initiale laissait déjà peu de place à l’équivoque : « Étude fantastique en double-sons »…

Mais elle apparaît pour tous les pianistes comme une véritable injonction contradictoire, exigeant de l’interprète qu’il marie en une seule exécution agilité technique de premier ordre et sensibilité poétique.

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Toqué de toccata /5 – « Génie oblige »

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Toqué de toccata /5 – « Génie oblige »

« Que la virtuosité soit [à l’artiste de l’avenir] un moyen et non une fin ; qu’il se souvienne toujours, qu’ainsi que noblesse, et plus que noblesse sans doute, Génie oblige. » 

Franz Liszt

 

J-S Bach 1685-1750

Mais qu’on ne se laisse pas aller à la facilité de croire que le Génie se vautre nécessairement dans l’austère… 

« Bach c’est Bach comme Dieu c’est Dieu ! »  – Hector Berlioz

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Toqué de toccata /4 – Les anciens

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Toqué de toccata /4 – Les anciens

« La virtuosité est la seule valeur qui ne soit pas sous la dépendance des jugements subjectifs. »  –  Paul Valéry

Domenico Scarlatti 1685-1757

Comment évoquer la toccata, sans adresser un profond salut à ces grands anciens compositeurs, clavecinistes et organistes, qui, depuis le XVIème siècle, l’ont accompagnée avec brio jusqu’au profond sommeil dans lequel classiques et romantiques l’ont plongée ?

Girolamo Frescobaldi, Jakob Froberger, Dieterich Buxtehude, Jean-Sébastien Bach, pour ne citer que ceux dont les noms illuminent de mille feux l’histoire de la musique à cette époque, entre Renaissance et Baroque.

Une unique toccata pour les saluer tous, celle en Ré mineur, célèbre entre toutes, de leur contemporain, virtuose du clavecin : Domenico Scarlatti.

… Mais au travers de remarquables interprétations d’aujourd’hui…

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Toqué de toccata /3 – Inséparables

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Toqué de toccata /3 – Inséparables

Affirmant que les plus remarquables exemples de toccata étaient dus à Debussy (dernier mouvement de la suite « Pour le piano » et à Ravel (dernier mouvement de la suite « Le Tombeau de Couperin »), Vladimir Jankélévitch, si tendrement proche du piano, les présentait ainsi :

« Celle du Tombeau de Couperin tourne et travaille comme un moteur et martèle l’ivoire inexorablement, et celle de la suite Pour le piano, plus capricieuse, plus féminine, avec je ne sais quelles mourantes vibrations autour des notes… »

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Toqué de toccata /2 – Fascination

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Toqué de toccata /2 – Fascination

« If you want to be more than a virtuoso … first you have to be a virtuoso. »

Vladimir Horowitz

Vladimir Horowitz (« Satan au clavier ») 1903-1989

Toccata de Francis Poulenc (Mouvement N° 3 extrait de « Trois pièces pour piano »)

Danger d’explosion !

Détonateur . . .

Toqué de toccata /1 – Envoûtement

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Toqué de toccata /1 – Envoûtement

« Toucher » : pour un pianiste tout est là ! Ainsi la toccata, se montre-t-elle, pour l’interprète, comme un exercice particulier, prétexte à exprimer, non sans une certaine liberté, autant sa propre dextérité que les qualités sonores de l’instrument qui défie sa maîtrise…
Pour le plaisir jubilatoire de l’auditeur, souvent ! Pour la reconnaissance et la gloire du musicien, toujours !

[…]

Premier billet introductif d’une série consacrée au partage de ma toquade pour la « toccata ».

Un voyage heureux à travers les chemins éblouissants, mais escarpés, de la virtuosité pianistique. 

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N° 201

Battez tambours, sonnez trompettes!

Voici le billet

N° 201 des « Perles d’Orphée ».

La toccata de l’Orfeo de Monteverdi,

comme un hymne en l’honneur de la générosité et de la bienveillance que vous avez, amis ou inconnus de 100 pays, témoignées depuis sa création en décembre 2012, à ce blog qui, sans vous. serait resté à la place réservée aux journaux intimes modernes, au fond d’un disque dur.

Par votre fidélité à ses pages, vous avez partagé mes émotions et mes choix, poétiques et musicaux le plus souvent. Vous m’avez fait l’amitié de vos commentaires, publics ou privés, toujours sympathiques et parfois flatteurs mais jamais flagorneurs. Vous avez même quelquefois, signe extrême de votre appréciation positive, « reblogué » sur vos propres sites un billet pour le partager avec votre entourage, ou en avez simplement recommandé la lecture à vos proches.

En un mot, en accueillant ma démarche, vous avez contribué à donner un espace plus large encore au plaisir que me procurent sans faillir les innombrables « perles » des mille enfants d’Orphée, et avez offert à mes émotions esthétiques une bien agréable caisse de résonance.

Et si mon émotion d’aujourd’hui appartient plutôt au domaine de l’intime, sa dimension ne pouvait évidemment pas la soustraire à sa diffusion dans ce billet N° 201.

MERCI  A TOUS !

In english :

Beat the drums! Sound the horns!

Here is the article N° 201 from

« Perles d’Orphée »

Toccata of Monteverdi’s Orfeo,

as an hymn in honor of the generosity and kindness that you, friends or strangers from 100 countries, shown towards this blog since its inception in December 2012. Without you. it would have remained in the place reserved for modern diaries, at the end of a hard drive.

For your fidelity to its pages, you shared my emotions and my choice, poetic and musical most often. You have been kind to me with your comments, public or private, always friendly and sometimes flattering, but never fawning. You even sometimes, very positive sign of your appreciation, « reblogged » on your own site some posts to share with your followers, or have simply recommended reading to your friends.

In a word, welcoming my approach, you have contributed to give an even larger space to pleasure afforded me unfailingly the « pearls » of thousands children of Orpheus.

And if my emotion today is more a matter of intimacy, its size obviously could not remove it from its distribution in this post No. 201.

THANK YOU TO ALL !

La corde et le tuyau

Ce titre surprenant pourrait laisser attendre une fable surréaliste, ou une histoire de bricoleur ; mais non. Quand on saura qu’il s’agit du tuyau de l’orgue et de la corde du violoncelle, on percevra une présence plus familière à ce lieu qui aime à nicher la musique.

Et puis on entendra, venu des profondeurs du buffet, le souffle étouffé du tuyau, comme un sanglot, et un peu plus loin, exhalée par la caresse soyeuse de l’archet, la plainte profonde d’une corde, comme un pleur inconsolable. On comprendra alors que deux instruments de musique souffrent leur deuil. Tous deux en perdant leurs maîtres ont perdu un peu de leur âme.

Marie-Claire-Alain

Marie-Claire Alain (1926-2013)

Organiste du siècle et d’éternité sans doute, Marie-Claire Alain est décédée à l’âge de 86 ans le 26 février dernier. Née dans une famille de musiciens au sein de laquelle l’orgue est l’instrument de référence – un père et un frère ainé organistes et compositeurs, un autre frère organiste et musicologue – notre musicienne entre très tôt, vers 11 ans, dans la carrière pour devenir rapidement l’assistante de son père avant de lui succéder, à sa disparition, sur le banc du pupitre de l’Église Saint-Germain à Saint Germain en Laye.

Elle atteint dès lors les sommets de son art et va briller des mille feux de sa musique dans près de 3 000 concerts dans le monde, réputée pour la lumineuse lecture qu’elle fait des grandes partitions et la rare subtilité qu’elle exprime dans le choix délicat de ses registrations. Quel clavier dans le monde n’aura pas été pétri de ses mains expertes ?

Marie-Claire Alain laisse, pour notre plus grand bonheur, des trésors discographiques qui couvrent dans sa plus grande dimension le répertoire organistique, avec, en prime, quelques intégrales d’anthologie.

Son absence représente une immense perte pour la musique et sera d’autant plus cruellement ressentie dans le monde de l’orgue pour lequel elle était une pédagogue d’exception.

La voici jouant la « Toccata en Fa majeur » de Jean-Sébastien Bach, sur l’orgue baroque de Saint-Bavon de Haarlem aux Pays Bas, filmée par un très subtil « capteur » de musiciens, Bruno Monsaingeon.

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Janos Starker (1924-2013)

Janos Starker (1924-2013)

Le violoncelliste génial et extraordinaire pédagogue qu’était Janos Starker a rejoint notre organiste au paradis des musiciens le 28 avril 2013, il y a quelques jours. Il avait 88 ans.

Américain d’origine hongroise, il a marqué de sa patte l’interprétation au violoncelle. Lui aussi est né dans la musique, à Budapest où il intègre la très sérieuse Académie Franz Liszt, aussitôt après s’être produit sur scène à 6 ans. Sa première apparition professionnelle a lieu lorsqu’il doit, au pied levé, remplacé un soliste défaillant, dans le Concerto de Dvorák, une pièce majeure du répertoire de l’instrument.

La deuxième guerre mondiale et son lot d’horreurs le privent de ses deux frères assassinés par les nazis, lui même ayant été interné quelque temps. Ayant rejoint l’opéra de Budapest à la fin de la guerre, il accepte très mal le pouvoir communiste et part pour l’Europe occidentale. Sa vie y est difficile, l’obligeant à accepter des « petits boulots » pour survivre.

En 1948,  à Paris il enregistre une pièce qui a le don de faire fuir les meilleurs violoncellistes du moment tant elle est jugée difficile. C’est une sonate composée pour le violoncelle seul par son compatriote Zoltan Kodaly. A la recherche de sonorités nouvelles et pour donner d’autres timbres à l’instrument, Kodaly (prononcer Kodaï), propose d’utiliser la « scordatura », une façon particulière d’accorder le violoncelle, empruntée à des techniques de la Renaissance. (Technique utilisée aussi pour les instruments à cordes dans les musiques traditionnelles nordiques, reprise, parfois, par certains guitaristes de jazz ou de rock).

Le disque reçoit le « grand prix du disque » de l’année. Janos Starker est désormais reconnu comme un violoncelliste qui compte… et qui ne cessera de compter. O combien!

Il poursuit sa carrière aux États Unis en compagnie des grands de la musique symphonique et de la musique de chambre. Les réussites et les succès s’enchainent encore et encore. La discographie enfle, qui s’en plaindrait ? Le répertoire du violoncelle est servi. Et servi à son plus haut niveau !

En 1958 il décide de se consacrer à l’enseignement à l’université d’Indiana, où il créé sa méthode qui fait référence aujourd’hui.

Janos Starker, avec une sonorité bien à lui, travaillée mais sans pathos, savait plus que tout autre faire pénétrer l’auditeur dans son univers musical. Il l’attirait vers lui par la pudeur de son jeu, une introversion peut-être, qui obligeait l’auditeur à faire le pas en plus vers l’interprète, comme l’explique un de ses brillants disciples, Henri Demarquette.

Voici le premier mouvement de la fameuse sonate pour violoncelle seul de Kodaly. Si l’on me demandait d’illustrer musicalement le mot « humanité », c’est certainement cette œuvre que je choisirais. Comme un écho à la célèbre toile de Munch, « Le cri ».

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Pleurent les cordes,  sanglotent les tuyaux… Vibrent les cœurs.

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Musicien-paysan

Déodat de Severac (1872-1921)

Déodat de Severac (1872-1921)

Hier, lors d’un bien agréable concert de « musique française », on donnait entre autres images de Debussy et mélodies de Ravel, quelques pièces pour piano de Déodat de Séverac. L’amie qui m’accompagnait, charmée par les harmonies et les arpèges des « Naïades » et du « Faune indiscret » me déclara n’avoir jamais auparavant entendu le nom de ce compositeur. Je m’engageai donc à lui préparer un petit article pour le lui faire connaître. Pourquoi alors ne pas profiter de cette occasion pour réveiller les mémoires ou encourager les découvertes?

Debussy disait de Déodat de Séverac : « Sa musique sent bon. » Et en effet, elle sent bon le terroir, la nature, la campagne languedocienne qui était si chère au compositeur qu’il ne tarda pas à abandonner la grande ville et ses maîtres de la Schola Cantorum pour la rejoindre et lui consacrer son art. Il allait du même coup s’éloigner des préceptes guindés et empesés que lui avaient enseignés Vincent d’Indy et Albéric Magnard.

– La Schola Cantorum, école de musique privée, avait été créée par eux, sous l’instigation de Charles Bordes pour contrebalancer la vive orientation vers l’opéra qu’avait adoptée, dans la deuxième moitié du XIXème siècle, le Conservatoire de Paris. D’Indy et Magnard souhaitaient que l’on revînt vers les fondements musicaux du chant grégorien et des œuvres des XVIème et XVIIème. (Elle a compté de très célèbres compositeurs tant dans les rangs de ses professeurs que de ses élèves, parmi ces grands noms de la musique : Maurice Duruflé, Sergiu Célibidache, Ida Presti, Alexandre Lagoya, Olivier Messiaen. Isaac Albeniz aussi y fut formé avant de prendre Séverac pour assistant).

Le « musicien-paysan », comme Déodat de Séverac aimait à se qualifier lui-même, retrouvant sa terre et ses mélodies folkloriques, redonnait également libre cours à son esprit de poète indépendant. Il composait plus volontiers sur son clavier, comme Chopin ou Liszt, en faisant « chanter l’ivoire », que crayon à la main, les yeux rivés sur la partition en devenir, cherchant à appliquer les rigueurs d’une quelconque règle établie.

Il faut dire que le compositeur n’était pas particulièrement porté à la chose écrite. Hédoniste, gourmand d’émotions musicales directes, il préférait la spontanéité et l’immédiateté de l’improvisation. A en croire le ravissement exprimé par ses contemporains ayant écouté ses divagations, on ne peut que déplorer qu’autant de merveilles, faute d’avoir été écrites, nous aient échappé à jamais.

Au delà du pianiste, savoureux conteur musical de la nature, avec des compositions comme « Le chant de la Terre », « En Languedoc » ou sa célèbre suite campagnarde « Cerdaña », Séverac est un complet musicien. Il illustre nombre de poèmes de Baudelaire ou Verlaine, écrit pour l’orchestre – « Cortège nuptial catalan », « Sérénade au clair de lune » –, produit des œuvres chorales religieuses comme son « Tantum ergo » et ses deux « Salve Regina », ou profanes, et ne manque pas son approche du monde lyrique avec les opéras « Héliogabale«  et « Le cœur du moulin »

Mais organiste d’abord, organiste toujours.  Fidèle à l’instrument de ses débuts dans l’univers musical, fasciné par l’infinité de couleurs dont pouvait enrichir sa musique la multitude de ses registres, Séverac consacrera beaucoup de temps aux claviers de l’orgue, même si quantitativement sa production organistique est réduite. Elle n’en est pas moins chargée d’une profonde humanité. Ce liturgiste convaincu prend le contrepied des organistes de son temps, et remplace la fougue démonstrative des marches triomphales et pontificales par la délicatesse des couleurs poétiques qui lui ressemble, créant une musique narrative et intimiste, mais toujours pudique.

Son chef d’œuvre, la grande « Suite en Mi » en 1898, écrite peu de temps après la douloureuse double disparition de son père et de sa sœur. Musique poignante, tragique, tourmentée, dominée par un profond sentiment d’humanité que sert l’usage du « vieux » contrepoint que voulait faire oublier les « chimies harmoniques » de l’époque, pour reprendre les expressions de Pierre Guillot.

Déodat de Séverac meurt de maladie le 24 mars 1921. Il n’avait pas atteint la cinquantaine.

Quelques propositions de CD

Quelques livres :

Quelques exemples :