Vieux et…

A la mémoire de mon « Vieux »

wrinkles

Ô rides de l’aridité
Visage cent fois dévasté
Par des batailles clandestines
Et le coup de dent des ruines.
L’aube fait son état des lieux,
Nous sommes nus sous ses grands yeux
Et voilà qu’elle nous assume
Est-ce ainsi qu’on devient posthume ?
Autrefois en nous attendant
L’avenir était un géant.
Quand il tournait vers nous sa face
L’espace emplissait nos terrasses.
Pressé de devenir passé,
Moitié sombre moitié glacé,
Plus maigre d’aurore en aurore
L’avenir voûté nous ignore.
Le présent l’imite et le fait
Si bien qu’il en est contrefait.
Même quand nous fermons les yeux
Pour le retrouver quelque peu,
Il est si distrait, si peu nôtre,
Qu’il nous confond avec un autre.
Ou bien visage sans paupières,
Pour que son œil soit plus perçant
Il fait main basse sur le sang
Lui qui sait le rendre de pierre.
Il plante ses secrets drapeaux
Qui restent là jusqu’à pourrir
Sur le corps chantant du poète
Hanté de mots qui lui font fête
Profonde, jusqu’à l’abolir

Jules Supervielle

Ω

La pénitence est douce

« Les femmes ont plus de honte de confesser une chose d’amour que de la faire. » (Marguerite de Navarre)

Giuseppe Moltenti - La confessione

Giuseppe Moltenti – La confessione

φ

LA PÉNITENCE EST DOUCE

Rosette, agenouillée au confessionnal,
Murmure : – Mon bon père, à vous, je m’en accuse :
J’ai trompé mon mari – Ma fille, c’est très mal,
Dit le prêtre… Et… combien de fois ? Rose, confuse,

Se trouble, balbutie, hésite… enfin répond :
Neuf fois ! – Hum! Depuis quand ? fait le prêtre. Alors Rose :
Depuis hier soir !  Et, sous le nuage blond,
De ses cheveux d’or fin, Rose devient plus rose.

Neuf fois depuis hier ! reprend le bon curé …
Je ne puis, d’un péché de pareille importance,
Vous absoudre aujourd’hui, sans avoir référé
A l’évêché qui fixera la pénitence !

Revenez dans huit jours !  L’évêché décréta
Qu’ayant fauté neuf fois, Rose aurait, pour sa peine,
A dire cinq Ave. Rose s’en acquitta
Et fut absoute… Mais au bout d’une semaine,

Au sacré tribunal, avec un air marri,
La voici qui revient s’accuser d’inconstance,
Disant : – Sept fois, encor, j’ai trompé mon mari :
Mon père, indiquez-moi quelle est ma pénitence.

Et lui, sur le tarif de l’absolution
Dernière, s’efforçant de se baser, calcule :
– Pour neuf fois, cinq Ave … D’une proportion,
Je dois donc, pour sept fois, établir la formule :

Cinq est à neuf comme X à sept… D’où je conclus
Qu’il faut… Ah ! C’est vraiment trop compliqué, ma chère …
Faites votre mari cocu deux fois de plus.
Et dites cinq Ave comme la fois dernière !

                                              Léon Vilbert (« Journal d’un épicurien »)

Introduction musicale : Mendelssohn – Sonate pour orgue (extrait)

Finale : Vivaldi (« In furore iustissimae irae » – Alleluia)

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« Jésus a pardonné à la femme adultère. Parbleu, ce n’était pas la sienne! » (Georges Courteline)

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