Simplement ! Le chemin pour demain

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Simplement ! Le chemin pour demain

« La simplicité véritable allie la bonté à la beauté. »

Platon – « La République« 

John Winn – né en 1934

La simplicité ! De combien de nos émotions est-elle la mère ?

Par exemple :

Une guitare qui déborde de souvenirs, des doigts que les ans ont décharnés, torturés d’avoir caresser tant de…

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La nuit 21 – Un arpège, une rime, une image

Sergueï Rachmaninov

Étude tableau op 33 N°8 en Sol mineur (selon la numérotation la plus courante)

[Étant données les modifications et suppressions que Rachmaninov a lui-même effectuées, les « Etudes-Tableaux »  opus 33 permettent trois modes de numérotation, tous admis. Ce qui n’aide pas vraiment à une identification facile des pièces.]

Quel que soit le système adopté, toutes les partitions des deux cahiers – Opus 33 et Opus 39 –  n’en demeurent pas moins autant de merveilles qui se voulaient initialement destinées à la pratique des techniques pianistiques et à l’étude de musicalité. A la différence de Debussy qui avait nommé chacune de ses études ou de Moussorgski dont chaque pièce des « Tableaux d’une exposition »  porte un titre, Rachmaninov a préféré laisser toute sa liberté à l’imagination de l’interprète ou de l’auditeur. Si chaque Étude se veut en effet relater une historiette, un petit conte, ou plus simplement une scène de la vie courante – ce qui justifie son complément Tableau – le compositeur se défend d’influencer les imaginations. Il ne se propose pas de rendre musicalement les impressions reçues par un tableau existant, mais de donner la matière émotionnelle de la composition d’une toile que chacun brossera à sa manière.

En ré-écoutant cette « Étude-Tableau en Sol majeur » sous les doigts de la pianiste Hanna Shybayeva – que je découvrais avec grand plaisir à cette occasion -, me sont apparues, s’élevant d’un étang tranquille que le soir s’apprête à engloutir, les frêles et sensuelles vapeurs de la nuit qui avance. Dans la simplicité du texte porté par une infinie richesse d’harmonies, et au rythme lent d’une ballade mélancolique au bord de l’eau à la fraîcheur apaisante d’une nuit d’été, un poème tentait de prendre forme au milieu des brumes légères. Ma mémoire paresseuse entrevoyait à peine une émotion lointaine qu’elle ne savait nommer.

Une bribe de vers entre deux notes… Une image… Étrangement, le nom d’un personnage de roman… Le nom de l’auteur, enfin… Bien-sûr, Robert de Montesquiou, le très aristocratique baron de Charlus auquel Marcel Proust accorde une place de premier plan dans « Sodome et Gomorrhe ».

Retrouvées les rimes enfouies entre les pages d’un rayon de bibliothèque. Alors lire. Lire à voix haute  » Hymne à la nuit « . Relire et se souvenir. Écouter. Relire en écoutant… La poésie, la musique… Le rapprochement… L’osmose.

Mon tableau de cette nuit : la fusion d’une image, d’une rime et d’un arpège !

Un instant de bonheur simple !

Hymne à la nuit

Le mystère des nuits exalte les cœurs chastes !
Ils y sentent s’ouvrir comme un embrassement
Qui, dans l’éternité de ses caresses vastes,
Comble tous les désirs, dompte chaque tourment.

Le parfum de la nuit enivre le cœur tendre !
La fleur qu’on ne voit pas a des baumes plus forts…
Tout sens est confondu : l’odorat croit entendre !
Aux inutiles yeux tous les contours sont morts.

L’opacité des nuits attire le cœur morne !
Il y sent l’appeler l’affinité du deuil ;
Et le regard se roule aux épaisseurs sans borne
Des ombres, mieux qu’aux cieux où toujours veille un œil !

Le silence des nuits panse l’âme blessée !
Des philtres sont penchés des calices émus ;
Et vers les abandons de l’amour délaissée
D’invisibles baisers lentement se sont mus.

Pleurez dans ce repli de la nuit invitante,
Vous que la pudeur fière a voués au cil sec,
Vous que nul bras ami ne soutient et ne tente
Pour l’aveu des secrets… – pleurez ! pleurez avec

Avec l’étoile d’or que sa douceur argente,
Mais qui veut bien, là-bas, laisser ce coin obscur,
Afin que l’œil tari d’y sangloter s’enchante
Dans un pan du manteau qui le cache à l’azur !

Robert de Montesquiou  (1855-1921)

J’ai assez

Après un voyage, petit ou grand, au moment où, rentré chez moi, je me pose lourdement sur mon canapé, heureux de ces retrouvailles égoïstes avec mon univers, je voudrais pouvoir chanter la plénitude de mon plaisir.

Je me ferais accompagné d’un hautbois léger et mélodieux qui m’emporterait au bout des cieux et je chanterais d’une voix chaude et profonde la satisfaction de posséder le peu qui est mien – dans la langue de Bach, bien sûr.

Mais voilà, l’allemand m’est hélas étranger, je n’ai pas d’ami hautboïste et mon chant ne ferait pas plus apparaître de belle à son balcon (sauf peut-être avec une bassine d’eau froide) qu’il n’obligerait un Ulysse à s’enchaîner au mât de son navire.

Alors je ferme les yeux… et j’écoute… (la ferveur de la foi en moins)

J’écoute à en pleurer de bonheur.

Ich habe genug  (j’ai assez)

Oeuf de Pâques lumineux

Oeufs de PâquesDans les œufs de Pâques aussi on peut trouver des perles… de lumière.

Voici celle que j’ai eu le bonheur de découvrir ce dimanche.

Éteints les projecteurs et les fastes des grandes salles de concert ; oubliés les vitraux colorés et les échos profonds des cathédrales emphatiques. Juste une voix, « La » voix, captée dans sa simple vérité, pendant la répétition, volée à l’intimité du travail des artistes.

Nathalie Dessay (soprano) et Louis Langrée (chef d’orchestre) réunis autour de la Messe en Ut mineur de Mozart, filmés par une caméra discrète. C’est un extrait de la deuxième partie du Credo – « Et incarnatus est » – mouvement central de cette grande messe, conçue comme une cantate, et sans doute, bien qu’il ne la terminât pas, une des plus belles compositions du Maestro.

Sacrée ou profane, la lumière peut emprunter bien des chemins pour pénétrer en nous. Seul importe qu’elle atteigne le cœur.