C’est le printemps ! Italie

Allo !   Allooo !   Pronto !..

En vérité, le printemps italien, ces dernières années, a pris l’habitude de sonner régulièrement à nos oreilles, hiver comme été, chaque fois qu’un correspondant téléphonique nous met en attente. Ainsi, certains, qui usent et abusent de leur téléphone (pour téléphoner), ont-ils pu devenir des spécialistes de Vivaldi, tout au moins de quelques unes de ses  » Quatre saisons « .

Les experts vous diront d’ailleurs du  » Printemps  » qu’il donne à peu près ceci, les violons en plus évidemment… et les pianos en moins :

Ω

Mais, trêve de raillerie, L’Italie, la patrie du chant, a fêté la belle saison plus que tout autre peut-être, et depuis toujours. Et quel plus beau symbole du chant enjôleur des printemps fleuris que le rossignol, seigneur des harmonies, qui trille, gringotte et quiritte nuit et jour, de l’orée du bois jusqu’au fond du jardin.

A Naples, au XVIIème siècle, Alessandro Scarlatti (le père de Domenico qui composa les innombrables et célèbres sonates pour le clavecin) écrit une sérénade en hommage à la saison nouvelle,  » Gloria di Primavera «  d’où Claudio Osele extrait cette pièce,  » Canta dolce il Rosignolo « . Il confie le rôle du charmant volatile à sa complice Simone Kermès, et tout devient émerveillement, délicatesse, exquise lumière d’un printemps baroque.

Ω

En 1958, dans les rues de Viareggio, on ne chantait plus la joie de vivre, comme on chantait le printemps à la Chapelle du vice-roi de Naples deux siècles et demi plus tôt, certes. Mais, le printemps, lui, n’avait pas changé, pas plus d’ailleurs que les rêves heureux des amoureux.

Comme eux, Domenico Modugno voyait tout en bleu, couleur de ce ciel printanier d’Italie où les plus âgés d’entre nous pouvaient le voir  » volare «  à tue-tête et l’entendre  » cantare «  de toutes ses ailes son succès du moment :  » Nel blu dipinto di blu « .

Ω

« Chauffe, Simone! » ou le feu au salon…

Il est fort à parier que dans quelques jours, voire quelques semaines, vos dimanches ne vous inviteront plus à courir la campagne. Transis de froid sur les canapés glacés de vos salons que le soleil aura abandonnés, vous chercherez inévitablement un moyen de vous réchauffer. Voici une suggestion qui pourrait bien vous y aider :

Mettez donc le feu à votre salon!

Oui! La cheminée est une bonne idée. Mais insuffisante. Essayez plutôt ma proposition :

1

D’abord invitez une jeune femme sensuelle, de préférence rousse… incendiaire, cela va de soi. Explosive, évidemment, surtout si vous choisissez une bombe baroque. Et si vous avez décidé que ce serait la « prima donna » du genre, Simone Kermes, l’incendie se fera aussi feu d’artifice.

Dès les premiers crépitements soufflez fort, et de tous côtés pour attiser le feu naissant! « Agitée par deux vents »,  telle la Costanza de Vivaldi dans « Griselda »,  la femme flamme s’enhardira généreusement. Prenez garde de ne pas vous brûler!

Allez, chauffe Simone!

2

La chaleur catalyse la métamorphose ; Costanza se transformerait en Armida, reine de Damas et magicienne. Il ne serait pas surprenant, pour grossir l’incendie, qu’elle appelle à son aide les « furies terribles » qu’elle sollicitait déjà à Jérusalem pour faire obstacle au mariage du « Rinaldo » de Haendel.

3

Quand vous épongerez vos sueurs, le feu sans doute aura commencé à faiblir. A la lueur clignotante des braises moribondes, vous entendrez le doucereux madrigal des derniers foyers apaisés. La flamme caressante aura le goût du miel de Venise que Monteverdi, naguère, préparait .

Le tourment de mon cœur
est si doux
que je vis comblé
pour une cruelle beauté

Et la cruelle que j’adore
peut bien me refuser
un juste réconfort,
ma fidélité vivra
entre douleur infinie
et espoir trahi.