Vieux et…

A la mémoire de mon « Vieux »

wrinkles

Ô rides de l’aridité
Visage cent fois dévasté
Par des batailles clandestines
Et le coup de dent des ruines.
L’aube fait son état des lieux,
Nous sommes nus sous ses grands yeux
Et voilà qu’elle nous assume
Est-ce ainsi qu’on devient posthume ?
Autrefois en nous attendant
L’avenir était un géant.
Quand il tournait vers nous sa face
L’espace emplissait nos terrasses.
Pressé de devenir passé,
Moitié sombre moitié glacé,
Plus maigre d’aurore en aurore
L’avenir voûté nous ignore.
Le présent l’imite et le fait
Si bien qu’il en est contrefait.
Même quand nous fermons les yeux
Pour le retrouver quelque peu,
Il est si distrait, si peu nôtre,
Qu’il nous confond avec un autre.
Ou bien visage sans paupières,
Pour que son œil soit plus perçant
Il fait main basse sur le sang
Lui qui sait le rendre de pierre.
Il plante ses secrets drapeaux
Qui restent là jusqu’à pourrir
Sur le corps chantant du poète
Hanté de mots qui lui font fête
Profonde, jusqu’à l’abolir

Jules Supervielle

Ω

Serge Reggiani (1922 – 2004)

Merci Mademoiselle ! Merci jeune homme !

Vous me traitez de « vieux con gauchiste » parce que j’aime aux larmes entendre chanter Reggiani. Je revendique deux de vos épithètes. Et je continue de pleurer.

Mais merci, pour l’espoir que vous m’offrez. Tout, n’est donc pas perdu. Si vous avez un avis, c’est que vous connaissez au moins son nom et cela veut dire que vous finirez, le temps venu, par ouvrir vos oreilles et, partant, votre cœur… Il vous importera bien peu d’avoir ou non été son contemporain, tant ce passeur d’émotions vous semblera intemporel.

Laissez-moi vous faire entendre ces trois chansons, vous couperez quand vous voudrez. Si vous acceptez de vous laisser porter, légers, jusqu’au bout du voyage, vous pourriez bien vous étonner de percevoir, vous aussi, un petit goût de sel humide.

Peut-être aurez-vous grandi?