Désirable et sensuelle Manon…

Vous-souvenez vous de Manon? Manon Lescaut, la charmante héroïne de l’Abbé Prévôt, celle-là même qui a séduit le compositeur Jules Massenet au point qu’il lui aura consacré un opéra et un ballet.

Il y a peu nous la regardions, émus, danser ses derniers instants dans les bras de son amoureux, le chevalier Des Grieux. Sylvie Guillem lui avait prêté ses chaussons.

(« Pour l’amour de Manon… »)

Avant d’entreprendre son fatal voyage vers la Louisiane avec son malheureux amant, elle brillait des mille éclats de ses charmes et de sa grâce dans les salons parisiens de Madame, où la vertu des demoiselles comptait parmi les plus grandes raretés. Tous les hommes la convoitaient – comme on les comprend – au grand dam de Des Grieux rongé par la jalousie.

Nous l’avons aimée mourante, comment ne l’aimerions-nous pas vivante, o combien vivante!

« L’histoire de Manon », d’où est tiré cet extrait, est le ballet écrit par le chorégraphe britannique Kenneth Macmillan – mort en 1992 – sur un panachage de musiques de Massenet, arrangées et ré-orchestrées.

A l’acte II, Manon arrive à la soirée donnée par Monsieur G.M. Elle est terriblement partagée entre la richesse de son hôte et son amour pour Des Grieux. Toute dédiée à l’irrésistible envie de se laisser admirer et désirer, elle néglige les insistances de son amant l’invitant à le suivre. Et passant, un peu grisée sans doute, de bras d’hommes en bras d’hommes, elle préfère, Narcisse se reflétant sensuellement dans le désir de ses cavaliers, se délecter de son évident pouvoir de séduction auquel d’ailleurs nous ne saurions échapper.

Belle Manon!    –    Merveilleuse Sylvie!

Pour donner un écho français à la présentation de cette vidéo par Gramilano à qui l’on doit sa diffusion (Qu’il en soit remercié!) :

Après avoir rangé ses chaussons de danse classique et avoir consacré sa nouvelle carrière à la danse contemporaine, Sylvie Guillem, en 2011, a créé l’évènement dans le monde du ballet, en acceptant de revenir à l’interprétation d’un de ses rôles les plus fameux, Manon.

Le pari était fort osé, la ballerine étant âgée (qu’elle me pardonne de donner son âge) de 46 ans. Les trois représentations données à La Scala de Milan furent un triomphe.

Cette vidéo en est un témoignage délectable.

Et j’ose croire, Messieurs, que vous ne refuseriez pas un rôle de porteur…

A vucchella (Une petite bouche)

Une petite chanson comme un souvenir des amours de vacances sous le soleil de Napoli.

Il est tout simplement question d’une petite bouche, celle de Cannetella, qui paraît une rose et à qui l’on demande un petit baiser, rien de plus, rien de moins, mais tout est dans la manière, n’est-ce pas?

Dire que le texte a été écrit par le poète et romancier italien Gabriele d’Annunzio n’a qu’un intérêt anecdotique. La musique a été composée par Paolo Tosti à la fin du XIXème siècle. L’homme connaissait son affaire, ayant composé plus de 500 romances et mélodies de salon, que le disquaire de l’époque, si la FNAC avait existé, aurait classées au rayon « Variétés ».

Chanson fraîche, chanson de charme, chanson d’amour aux mille interprétations – d’hier ou d’aujourd’hui, chanteurs d’opéra ou cantatrices, ténors ou sopranos, chanteurs de variétés ou guitaristes de rues…

« A  VUCCHELLA »

J’ai choisi, pour mon partage avec vous, deux superbes voix d’hommes (une fois n’est pas coutume), deux ténors italiens, pour ne pas trop nous éloigner du séducteur napolitain, mais quels ténors!

J’aime à croire, Mesdames, que si ces deux là avaient donné la sérénade sous vos fenêtres un soir d’été, vous ne leur auriez pas refusé un « vasillo » (un petit baiser napolitain).

Un premier baiser à l’ancienne, légèrement désuet, d’abord, à tout seigneur tout honneur, pour Enrico Caruso, ténor d’anthologie, et pur napolitain .

Le second, pour le regretté, l’enjôleur Luciano Pavarotti, ténor de velours.

Caprices d’été…

Lucien Clergue - Nu de la plage-Camargue 1966 - in Née de la vague

Lucien Clergue – Nu de la plage-Camargue 1966 – in Née de la vague

Allez! Imaginez un instant la situation :

Tout l’après-midi, assis sous votre parasol, vous n’avez pas quitté du regard cette jeune femme hurlante de charme au milieu de ses amis, et dont le corps huilé scintillant sous le soleil souffrait de la subtile agression d’une ficelle de string.

L’heure s’est maintenant apaisée, la plage n’est plus éclairée que par le chatoyant reflet des lampions et des torches, et tout autour du bar l’apéritif atteint à son triomphe.

Elle est encore là, ensorcelant désir sculptural en fourreau blanc que seul ternit l’éclat d’un généreux sourire.

C’est décidé, vous n’hésitez plus, il vous faut la séduire.

Tout près, attendant que les musiciens du quatuor se regroupent pour accompagner le dîner, un violoniste se prépare. Il accepte vos caprices, il jouera pour votre parade d’amour.

Vous dénudez alors fièrement votre puissant corps d’athlète et sur la piste de danse, après quelques échauffements pour étirer vos muscles félins et quelques cadences du soliste pour délier ses doigts virtuoses, le temps de capter l’attention de l’élue, vous commencez votre danse de la séduction sur 12 des 24 « Caprices » pour violon seul de Nicolo Paganini – A difficulté, difficulté et demie!

Et bien évidemment, vous n’aurez pas oublié de la faire rire ou sourire…

Le violoniste restera pour nous tous un inconnu, malgré son talent. Quant à vous, vous aurez préféré (qui sait pourquoi?) apparaître sous les traits d’un danseur d’exception de l’American Ballet Theater : Marcelo Gomes.

Non! Non, ne niez pas! Tout a été filmé, regardez!

La suite du rêve?… La fin de la soirée?… Je ne vais tout de même pas tout faire. A vous maintenant!  😉

Amour, affaires… Affaires d’amour!

Zola retranscrit par le metteur en scène Julien Duvivier en 1957… Et quelques acteurs…!!

Si le film n’est pas un chef d’œuvre du cinéma – comme on pourrait l’attendre en période de Festival de Cannes – « Pot-Bouille » est un délicieux moment de cinéma tel qu’on l’aimait en ces années là. En témoigne cette scène entre Danièle Darrieux, directrice du magasin « Au bonheur des dames » et son zélé commis, Gérard Philippe.

Le marketing du XXème siècle en prime.

Célimène et le Cardinal

Acte V – Scène IV (dernière). Molière est en scène et mieux que personne il sait que dans un très court instant, aussitôt la dernière réplique de Philinte lancée, le rideau va tomber sur sa pièce devenue une de ses signatures, « Le Misanthrope ».  Alceste, « l’atrabilaire amoureux » de la belle et coquette Célimène, vient de subir le refus de sa bienaimée de le suivre loin de cette société qu’il déteste. Il en conclut qu’elle ne l’aime pas, et décide donc de rompre:

« Allez, je vous refuse, et ce sensible outrage
de vos indignes fers pour jamais me dégage. »

Il s’apprête à fuir ce monde qui le déçoit irrémédiablement :

« Trahi de toutes parts, accablé d’injustices,
je vais sortir d’ un gouffre où triomphent les vices,
et chercher sur la terre un endroit écarté
où d’ être homme d’ honneur ont ait la liberté. »

ψ

Pieter Bruegel - Misanthrope-1568

Pieter Bruegel – Misanthrope-1568

ψ

Mais tout ne s’arrête pas là, Le Misanthrope reviendra, et revient toujours. Depuis le « Timon ou le misanthrope » du poète latin Lucien, après le « Timon d’Athènes » de Shakespeare, et bien sûr après Molière, ce personnage bougon, ennemi du genre humain continue de traverser les siècles. Les hommes savent si bien être détestables, et de tout temps, qu’il n’est après tout pas surprenant qu’à chaque époque l’un d’eux s’octroie le droit – ou le devoir – d’exprimer le dégoût de ses contemporains. Et quand c’est un personnage de théâtre…

Ainsi « L’homme Franc » de William Wycherley en 1676, le « Philinte » de Fabre d’Églantine en 1790, qui se veut une suite à la pièce de Molière, ainsi encore « The school of scandal »  de l’irlandais Richard Sheridan en 1777, « Le misanthrope réconcilié », pièce inachevée de Schiller à la fin du XVIIIème, et au XIXème siècle, les misanthropes des comédies de Labiche et de Courteline.

ψ

En 1992, Jacques Rampal écrit « Célimène et le Cardinal », en alexandrins. La pièce se présente comme une suite à l’illustre « Misanthrope ». Une vingtaine d’années a passé. Nos personnages ont changé : Alceste, après le long exil volontaire qu’il s’est imposé au dernier acte est devenu cardinal, prélat puissant à l’autorité affirmée. Célimène a abandonné son statut de courtisane et s’est installée dans la vie d’une épouse bourgeoise, mère de quatre enfants. Sa nouvelle situation et sa position de femme mûre n’ont aucunement altéré les désirs de liberté et la passion de plaire de la jeune fille d’hier.

Désormais revêtu de la pourpre cardinalice, Alceste se rend chez Célimène, non sans trouble. Elle va redoubler de charme pour l’obliger à lui avouer l’amour qu’il n’a jamais cessé de nourrir à son égard.

Que vous êtes habiles, Mesdames!…

Ludmilla Mikaël  et Gérard Desarthe ont créé cette pièce en 1993. Elle a été reprise de nombreuses fois depuis, avec des comédiens de grande qualité. J’avoue mon immense sympathie pour le bijou que nous délivrent les deux comédiens créateurs de la pièce, quelquefois donnée à la télévision et gravée en DVD.

Puissiez-vous vous régaler de ce petit extrait où il est question de confession (cela devient à la mode sur ce blog!). L’émotion et la drôlerie de la situation, la qualité du texte, la justesse de jeu des acteurs, le charme irrésistible de Ludmilla Mikaël, tout est réuni pour un bien agréable moment de théâtre dont on ne saurait se lasser… Et qui pourrait bien laisser entrevoir, en coulisse, un sourire satisfait de Jean-Baptiste, lui-même.

Dancing with Cyd

Pour échapper un instant aux avanies du monde qui taraudent nos blessures et crispent nos colères, il nous faut trouver des cachettes intimes où l’on permet au rêve de se vautrer dans le plaisir et la fantaisie.

Les comédies musicales américaines des années 50 sont un merveilleux moyen de se laisser emporter dans un univers où le bonheur simple nous attend à chaque coin de rue. Tout y chante la gaité, la joie de vivre et parfois la douce mélancolie des cœurs heureux. Un « disneyworld » pour adultes où les personnages rivalisent de beauté et d’élégance.

En regardant virevolter les grâces souriantes, aux allures insouciantes et simples, de ces talentueux danseurs, on se laisse glisser suavement dans ce monde magique, gouverné par la douceur de vivre et le pouvoir d’aimer. Un voyage à Cythère en images et au pas de deux.

« Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
Vénérée à jamais par toute nation,
Où les soupirs des cœurs en adoration
Roulent comme l’encens sur un jardin de roses »

                                                                 Baudelaire (« Un voyage à Cythère »)

C’est décidé, pour un instant je serai Gene Kelly sous le charme sexy de la belle Cyd Charisse!

Let’s dance!

Et maintenant, Fred Astaire – why not? – prêt à séduire la même Cyd Charisse… Moins sophistiquée!

I’m in love!

Le désir de peindre

   Malheureux peut-être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire!
   Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu!
   Elle est belle, et plus que belle ; elle est surprenante. En elle le noir abonde : et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l’éclair: c’est une explosion dans les ténèbres.
   Je la comparerais à un soleil noir, si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a marquée de sa redoutable influence ; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d’une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent ; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée!
   Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.
   Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles ; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.

Baudelaire – « Petits poèmes en prose » XXXVI

Écusson musical : « Le rossignol de Saint-Saëns » (Edita Gruberova soprano)

Portrait du Fayoum (Lien Wikipedia)