Rue de la Mélancolie

 « Je suis né par hasard le 10 mars 1920 à la porte d’une maternité fermée pour cause de grève sur le tas…ma mère était enceinte de 13 mois… une louve me prit sous son élytre et me donna à boire… j’étais déjà très laid….Et, tout d’un coup ma physionomie se transforma et je me mis à ressembler à Boris Vian, d’où mon nom ». Boris Vian

Boris Vian (1920-1959)

Boris Vian (1920-1959)

Vian - L'écume des jours - afficheAvec la sortie récente sur les écrans de « L’écume des jours », film de Michel Gondry réalisé à partir du roman poétique et onirique – on dirait aujourd’hui « déjanté » – de Boris Vian, l’auteur  revient à nos mémoires. Et c’est heureux.

Pour saluer cet évènement cinématographique dont je ne connais aujourd’hui que la bande annonce, et quelques critiques mitigées – qui se retrouvent cependant toutes promptes à féliciter la formidable inventivité du metteur en scène – j’ai choisi de nous donner rendez-vous au beau milieu de « La rue Watt ». 

Mais pas celle que les urbanistes d’aujourd’hui ont transformée en rue la plus éclairée de Paris. Plutôt celle de Raymond Queneau, celle que prend Jean-Pierre Melville pour sous-tendre le générique de son remarquable polar de 1962, « Le doulos », et bien sûr celle que chante l’inoubliable voix de Philippe Clay avec les mots de celui qui ne voulait pas « mourir d’un cancer de la colonne vertébrale », Boris Vian.

C’était une rue pittoresque et bien sombre située en grande partie sous les voies ferrées aux approches de la gare d’Austerlitz  et peu commune dans ce Paris que j’avais épousé dès ma première rencontre avec cette ville, vite devenue tout à la fois objet et lieu de mes amours anciennes.

La rue Watt me fascinait, tout jeune garçon déjà, tant elle attirait mon imaginaire enfantin vers de sombres histoires qui m’effrayaient autant qu’elles me subjuguaient.

Hier je l ‘aurais volontiers appelée  « rue de la Mélancolie » inspiré que j’étais par la noirceur des drames et des mystères qu’elle pouvait évoquer. Aujourd’hui, je ne la débaptiserais pas, tant la mémoire ombreuse de son visage passé se fond avec les souvenirs d’une jeunesse enfuie.

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Un bel hommage à la rue Watt, l’ancienne et la nouvelle, porté par la trompette de Miles Davis, avec en prime les images du générique du « Doulos ».

1900

Légende pianiste océan 19001900 – La légende du pianiste sur l’océan

Sorti en 1998, ce film signé Giuseppe Tornatore, le réalisateur de « Cinema Paradiso », rien moins, met en images une pièce de théâtre, monologue, d’Alessandro Barrico intitulée « –1900– » (Novecento).

Tôt le matin du 1er janvier 1900, dans le désordre de la salle de bal désertée du paquebot Virginian, un mécanicien du bateau essayant de récupérer cigares ou petits fours laissés par les fêtards, trouve sous une table, un berceau et son bébé abandonnés. Aucun des passagers, immigrants italiens, n’ayant demandé la restitution de l’enfant, Danny, le machiniste l’adopte et le nomme ‘1900″. Quand, 8 ans plus tard, il meurt accidentellement, l’équipage prend en charge l’enfant.

Au cours d’une flânerie nocturne à travers le paquebot, le jeune 1900 découvre le piano du bord, se risque à en sortir quelques sons et très vite, après quelque temps, exprime une sensibilité et une virtuosité hors du commun. Devenu un homme, Novecento fait sensation dans le monde du jazz qui commence à conquérir l’Amérique, sans que jamais pourtant il n’ait quitté le navire. Tous veulent l’entendre, mais pour cela il faut embarquer sur le Virginian.

Ainsi, le grand pianiste de jazz du moment, le prétentieux Jelly Roll Morton, veut-il prouver que la réputation de 1900 est usurpée, et que personne ne peut dépasser son « génie » du piano. Il vient le défier à bord, et c’est l’occasion d’une scène de duel digne des maîtres du western, de John Ford à Sergio Leone.

L’époque entre dans l’ère des premiers enregistrements diffusés sur disque. 1900 est sollicité par les studios d’enregistrements qui viennent à bord capter sa musique; c’est pour notre pianiste l’occasion de découvrir des émotions encore inconnues. Ses doigts disent :

1900 n’acceptera jamais de poser un pied sur la terre ferme, vivement encouragé pourtant par celui qui très tôt devient  son fidèle ami, un musicien de l’orchestre de bord, à qui l’on doit le récit de cette légende.

Ce film est un plaisir, de bout en bout, un régal de sensibilité, d’humour, de musique (même si le piano n’est pas votre instrument favori). Par ci par là un clin d’œil à d’autres cinémas, Disney, le Western, comme le duel au piano. Tout en jetant un regard sur le début du XXème siècle, Tornatore nous raconte aussi une histoire d’amitié, à travers la vie bien originale de 1900 ; courte, certes, mais fascinante et émouvante… comme une légende.

Voilà, un cinéma de qualité avec tous les ingrédients d’une réussite du genre : un scénario original d’Alessandro Barrico, des acteurs talentueux et justes, un réalisateur sensible et rigoureux, des images superbes, la musique d’Ennio Morricone. Quoi de plus?

C’est un beau film!