La leçon de Pierrot

Bobèche, adieu ! bonsoir, Paillasse ! arrière, Gille !
Place, bouffons vieillis, au parfait plaisantin,
Place ! très grave, très discret et très hautain,
Voici venir le maître à tous, le clown agile. 

Paul Verlaine  (Le clown)

Jean-Gaspard Deburau (1796-1846)

Jean-Gaspard Deburau (1796-1846)

C’est ainsi, sans doute, que Monsieur Loyal, si tant est qu’il y en ait eu un au Théâtre des Funambules, rue du Temple à Paris dans les années 1830, et si Verlaine avait pris soin de naître plus tôt, aurait pu présenter dans sa harangue au public, le Pierrot enfariné, Baptiste, éternel rêveur amoureux de sa Colombine, qui chaque soir, dans sa tenue immaculée, venait servir ses malicieuses pantomimes aux spectateurs enchantés, parmi lesquels il n’était pas rare de rencontrer Monsieur Théophile Gautier, ou Monsieur Théodore de Banville, et même parfois Monsieur Charles Baudelaire.

Derrière le maquillage livide, Jean-Gaspard Deburau, né à la fin du XVIIIème siècle à Amiens de l’union d’une mère venue de Bohème et d’un soldat français, faisait le plaisir et l’admiration  des « naïfs et des enthousiastes », comme il aimait à qualifier son fidèle public avec  humour et gentillesse.

Comment l’amoureux inconditionnel du théâtre et du métier de comédien qu’était Sacha Guitry, aurait-il pu résister à l’envie d’incarner cet illustre personnage capable de réaliser chaque soir avec le même bonheur cette incroyablement difficile performance, gageure des gageures : faire rire ?

En février 1918, le Théâtre du Vaudeville met à l’affiche une pièce signée Sacha Guitry : « Deburau ». Un orchestre, pour accompagner les comédiens, y joue la musique composée par André Messager.

Deburau - Guitry affiche

En 1951, le cinéma, depuis de nombreuses années, a fini par gagner le cœur de l’éternel comédien-auteur de théâtre. Décidant de transposer « Deburau » à l’écran, Guitry imagine le mime célèbre du Théâtre des Funambules sollicité, mais en vain, par les femmes les plus séduisantes, fidèle qu’il veut rester à sa chère épouse. Mais, un soir, une dame portant  un camélia à la ceinture ne le laisse pas indifférent. Deburau s’éprend de Madame Duplessis… Passion impossible.

Le personnage accorde une large place à la parole certes – un peu trop sans doute pour un mime pour qui seul le rire a droit de déchirer le silence – , mais quand cette parole est écrite et dite par Sacha Guitry…

Ce rôle, très empreint du romantisme qui envahit la vie du Maître à cette époque, souffrant physiquement d’une part, et encore très amère des injustes attaques portées contre lui à la  Libération d’autre part, Guitry le voulait comme son testament spirituel. Et c’est, sans conteste, dans l’admirable tirade de Deburau exaltant le métier de comédien auprès de son fils qui s’apprête à lui succéder, que Sacha Guitry exprime le mieux cet amour de la scène qui le représente tant.

Magnifique leçon d’un Pierrot à qui l’on pardonne volontiers qu’il fasse usage de sa voix, et nouvelle occasion de regretter qu’elle se soit tue.

Mais, rappelons-nous, Deburau, dans son rôle de « Baptiste », témoin peu loquace mais ô combien explicite, nous l’avions déjà rencontré un jour de fête à la fin des années 20 (1800, bien sûr) sur le « Boulevard du Crime »  (rue du Temple). C’était au travers des images du film « Les enfants du Paradis », lorsque Marcel Carné nous le présentait sous les traits d’un formidable Jean-Louis Barrault sauvant la mise à une gouailleuse Garance jouée par l’inoubliable Arletty.

Encore quelques minutes de  bonheur ! Et quelle leçon !

Merci Pierrot !

Auguste Bouquet - J.-G. Deburau - 1830 en Pierrot Gourmand

Auguste Bouquet – J.-G. Deburau – 1830 en Pierrot Gourmand

La musique… sans le son

La musique sans le son. Absurdité ?  Un koan peut-être ?  Une provocation lancée aux pages de ce blog ?

La musique sans le son ? Oui ! c’est bien le titre du billet. Une gageure.

Une fois n’est pas coutume ! Et même si nous voulions – parce que devenu sourd – que cette fois le devienne, il nous faudrait sans doute, pour reproduire l’évènement, chercher loin et longtemps. Pour parvenir finalement aux évidentes conclusions que le cinéma muet – qui ne projetait, dit-on, que des images – ne nous manque pas du tout, et que Sacha Guitry nous est indispensable.

La musique sans le son, c’est à la fois, le constat d’une absence que ne savait combler la technologie cinématographique d’un autre temps et un défi proposé à la créativité de l’artiste pour remplir ce vide sonore. Autrement dit, et de manière plus concrète, comment, au temps du cinéma muet, entendre lors de la projection, la musique du musicien qui jouait devant la caméra ?

Mais, nous nous garderions bien de tenter ici une réponse. Surtout pas ! Et encore moins quand elle peut nous être servie sur un plateau d’argent par le Maître lui-même, racontant dans la belle langue qu’on lui connaît les étapes de son expérience réussie.

Je gage qu’après avoir visionné cette vidéo d’archive, brillant témoignage d’un formidable passé, vous prendrez une profonde inspiration, le regard tendu vers le ciel, et que vous direz, les narines un rien pincées dans une longue expiration emphatique, à peine surjouée, à la manière de qui vous savez :

Ah ! Le parlant. Quel bonheur !

Est-elle vraiment ce que l’on pense ?

Mais qui est-ce ? Dites-moi donc qui est cette femme fatale qui fait tourner les têtes et renverse les cœurs ! On dit d’elle tant de choses. Qui croire ?

Est-elle vraiment ce que l’on pense ?

Erik Satie l’appelle la  » Diva de l’Empire « .

Sous le grand chapeau Greenaway
Mettant l’éclat d’un sourire
D’un rire charmant et frais
De baby étonné qui soupire
Little girl aux yeux veloutés
C’est la diva de l’Empire
C’est la reine dont s’éprennent les gentlemen
Et tous les dandys
De Piccadilly

Dans un seul yes, elle met tant de douceur
Que tous les snobs en gilet à cœur
L’accueillant de hourras frénétiques
Sur la scène lancent des gerbes de fleurs
Sans remarquer le rire narquois
De son joli minois

Elle danse presque automatiquement
Et soulève, oh ! Très pudiquement
Ses jolis dessous de fanfreluches
De ses jambes montrant le frétillement
C’est à la fois très, très innocent
Et très, très excitant.

 ≡

Francis Poulenc, entre autres  » Banalités «  , affirme l’avoir surprise, mélancolique et rêveuse, par la fenêtre de sa chambre d’  » Hôtel « …

Il y a des preuves :

Ma chambre a la forme d’une cage,
Le soleil passe son bras par la fenêtre.
Mais moi qui veux fumer pour faire des mirages
J’allume au feu du jour ma cigarette.
Je ne veux pas travailler – je veux fumer.

Oscar Straus, qui avait délibérément supprimé le « s » final de son nom pour se démarquer de la célèbre famille viennoise, ne put cependant pas échapper pour autant à la tentation de la valse. Il en composa donc trois d’un coup. A l’occasion de son opérette   » Les trois valses « , judicieusement nommée, il confia au séduisant Pierre Fresnay le moyen d’encourager les confidences de notre énigmatique diva.

Peut-être enfin allons-nous tout savoir d’elle… Sauf que le rôle de celle qui nous intrigue est ici interprété par Yvonne Printemps, au sommet de son art de chanteuse et de comédienne. Nous resterons donc circonspects.

Il faut dire que, hors la scène, la dame, – charmante, ô combien! – avait la réputation d’être particulièrement gourmande d’amants qui, dans leur indiscrétion, s’accordaient à reconnaître qu’elle les épuisait. Ce que n’ignorait évidemment pas Sacha Guitry qui fut longtemps son mari. Aussi, un jour qu’elle le sollicitait, le célèbre comédien et homme d’esprit lui envoya-t-il ce trait sarcastique : A votre décès, Ma Chère, on pourra dire :  » Enfin froide ! « . Ce qui lui valut cette répartie plutôt théâtrale, en forme de coup-bas : Et à votre mort,  » Enfin raide ! « .

Mais alors, est-elle ce que l’on pense ?  Est-elle ce que l’on dit ?

Méfions-nous des apparences !

Je ne suis pas ce que l’on pense
Je ne suis pas ce que l’on dit

Au cinéma, pour qu’on vous lance, être soi-même c’est interdit
Alors pour être dans l’ambiance, à chaque instant je m’étudie
Moi si rieuse, je dois jouer à la poseuse pour me poser
Mais je vous jure que ma nature a du mal à se maîtriser
On dit que j’ai des exigences, on pense que je fais des chichis

Je ne suis pas ce que l’on pense
Je ne suis pas ce que l’on dit

Quand je suis dans l’intimité, je reprends ma simplicité
J’en suis heureuse, je vis pour moi, je m’appartiens
Mais au studio, je redeviens l’enquiquineuse

Je ne suis pas ce que l’on pense
Je ne suis pas ce que l’on dit

Au cinéma quelle existence, être soi-même c’est interdit
Pour se donner de l’importance, il faut bluffer, ça réussit
Sur mon visage, je me compose un maquillage dur et moqueur
Pour que l’on m’aime, je dois de même, maquiller aussi tout mon corps
Ce n’est rien que pour l’apparence, qu’au fond je joue la comédie

Je ne suis pas ce que l’on pense
Je ne suis pas ce que l’on dit

En tout cas, et cette fois très réellement, je serais vraiment heureux d’en apprendre plus sur la charmante Marylin Bennett, héroïne inconnue des deux premières vidéos, que j’ai découverte à l’occasion de ce billet.

Mais qui est-elle donc ? S’il vous plaît, dites le moi !

Elle danse presque automatiquement
Et soulève, oh ! Très pudiquement
Ses jolis dessous de fanfreluches
De ses jambes montrant le frétillement
C’est à la fois très, très innocent
Et très, très excitant – See more at: http://www.erik-satie.com/paroles-de-la-diva-de-lempire/#sthash.Ud5m676C.dpuf
Elle danse presque automatiquement
Et soulève, oh ! Très pudiquement
Ses jolis dessous de fanfreluches
De ses jambes montrant le frétillement
C’est à la fois très, très innocent
Et très, très excitant – See more at: http://www.erik-satie.com/paroles-de-la-diva-de-lempire/#sthash.Ud5m676C.dpuf
Sous le grand chapeau Greenaway
Mettant l’éclat d’un sourire
D’un rire charmant et frais
De baby étonné qui soupire
Little girl aux yeux veloutés
C’est la diva de l’Empire
C’est la reine dont s’éprennent les gentlemen
Et tous les dandys
De Piccadilly

Dans un seul yes, elle met tant de douceur
Que tous les snobs en gilet à cœur
L’accueillant de hourras frénétiques
Sur la scène lancent des gerbes de fleurs
Sans remarquer le rire narquois
De son joli minoisElle danse presque automatiquement
Et soulève, oh ! Très pudiquement
Ses jolis dessous de fanfreluches
De ses jambes montrant le frétillement
C’est à la fois très, très innocent
Et très, très excitant- See more at: http://www.erik-satie.com/paroles-de-la-diva-de-lempire/#sthash.Ud5m676C.dpuf
Paroles : Dominique Bonnaud et Numa Blès

Sous le grand chapeau Greenaway
Mettant l’éclat d’un sourire
D’un rire charmant et frais
De baby étonné qui soupire
Little girl aux yeux veloutés
C’est la diva de l’Empire
C’est la reine dont s’éprennent les gentlemen
Et tous les dandys
De Piccadilly

Dans un seul yes, elle met tant de douceur
Que tous les snobs en gilet à cœur
L’accueillant de hourras frénétiques
Sur la scène lancent des gerbes de fleurs
Sans remarquer le rire narquois
De son joli minoisElle danse presque automatiquement
Et soulève, oh ! Très pudiquement
Ses jolis dessous de fanfreluches
De ses jambes montrant le frétillement
C’est à la fois très, très innocent
Et très, très excitant

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