Deux : Comme duel… ou comme duo

Mais d’abord deux : comme deux sœurs.

  • Pour le pire… Et c’est un duel (mais tellement plaisant)

Il ne fait pas bon marcher sur les plates-bandes de ces deux chattes là. Toutes les deux sont bien décidées à défendre leur territoire à coup de miaulements intimidants et de sifflements guerriers, toutes dents dehors. Et quand l’intruse est sa propre sœur, le duel devient un joyeux spectacle, surtout si Rossini met le combat en musique :

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  • Pour le meilleur… Et c’est un duo

Quand complices, deux sœurs se félicitent l’une l’autre des charmes de leurs bienaimés respectifs dont elles ne quittent plus des yeux les portraits, demandant à l’Amour, avec l’enthousiasme de la naïveté,  de les sévèrement punir si elles venaient à manifester quelque signe d’infidélité. Il est vrai qu’elles ignorent encore comment elles vont se laisser séduire par deux albanais inconnus qui ne sont autres, en vérité, que leurs fiancés déguisés.

Ainsi font-elles, toutes !

Et pour éviter de me faire lyncher pour machisme outrancier, il me faut vite le dire en italien, et ainsi rendre à César ce qui appartient à Mozart… : « Cosi fan tutte ! »

Car nos deux sœurs, Fiordiligi et Dorabella, sont les héroïnes de ce « drama giocoso » concocté par Da Ponte et mis en musique par Mozart, virtuoses associés de l’ambiguïté et de la permutabilité des êtres.

Peu après le début du premier acte, voici nos deux sœurs chantant ce tendre duo « Ah guarda sorella » (Ah regarde ma sœur), sur la scène de Glyndebourne House en 2006. Peut-on mieux être deux ?

Fiordiligi : Miah Persson – Dorabella : Anke Vondung

Extrait de cette très belle version :

Cosi fan tutte pochette dvd

Deux chattes sur une scène ardente

Ainsi donc, vous pensez qu’une cantatrice, une diva, sur scène de surcroit, ne se laisserait jamais aller à l’humour et à la dérision.

Et si elles sont deux, alors là…!

Eh bien, détrompez-vous!

Même à deux (surtout à deux), même si ce sont deux immenses sopranos, et britanniques en plus, même si elles sont sur scène au Royal Albert Hall de Londres à l’occasion du célébrissime festival annuel des « Proms », elles s’amusent et nous amusent.

Et avec quel talent !  Et avec quelle grâce !

A la fin de leur brillante prestation lors du festival de 1996, Ann Murray (brune) et Felicity Lott (blonde) reçoivent le traditionnel bouquet. Mais si Felicity se voit offrir une splendide gerbe portant la flatteuse inscription « Dame Felicity Lott », Ann n’est gratifiée que d’un tout petit bouquet portant la modeste inscription « Miss Ann Murray« , qui serait plutôt destinée à une jeune débutante.

Et c’est là prétexte à l’interprétation de la remarquable mélodie parodique écrite par Rossini : le « Duo des chats ».

Les deux chattes se livrent à un merveilleux combat d’égos, où l’une, de son miaulement tantôt déçu, tantôt rageur exprimera sa peine et sa colère, tandis que l’autre miaulera fièrement en réponse sa joie et son orgueil.

Jeux de voix, jeux d’actrices, jeux de femmes, qui finiront par faire triompher l’estime réciproque que se portent ces deux chattes si complices.

Un régal dont je serais heureux qu’il participe au bonheur de votre dimanche.