Depuis la « chambre des roses »

Villa d'Este -Fontana Ovato

Villa d’Este – Fontana Ovato

Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

Verlaine (« Clair de lune » in « Les fêtes galantes »)

Sed aqua quam ego dabo ei, fiet in eo fons aquæ salientis in vitam æternam.
(L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine qui rejaillira jusque dans la vie éternelle)

Jésus à La Samaritaine (Évangile de Jean IV.14)

Mon piano, pour moi, est aussi important que le navire pour le marin, que le coursier pour l’arabe, peut-être même plus encore ; disons que mon piano, jusqu’à présent, est ma parole, ma vie (...) En lui se rassemblent tous mes désirs, mes souvenirs, mes joies et toutes mes peines.

Franz Liszt  (1839 – Lettre à Adolphe Pictet)

Franz Liszt (1811-1886)

Franz Liszt (1811-1886)

Il n’est pas très grand l’appartement que le cardinal Hoenlohe, protecteur des artistes et fervent admirateur de Franz Liszt a réservé au pianiste-compositeur, en cet été 1865, dans sa superbe demeure à quelques galops de la ville éternelle, la Villa d’Este, où il l’invite pour la première fois. C’est un « colombier » sous les toits de ce majestueux édifice du XVème siècle, depuis lequel le regard survole la vaste plaine pour aller caresser les frontons des palais romains. Un « colombier » niché au-dessus de jardins parsemés d’une myriade de fontaines aux mille jets bavards.

De ces trois pièces modestes mais luxueusement meublées, l’une pour dormir, une autre pour les repas, et une toute petite pour y faire de la musique, Franz a donné sa préférence à ce simple salon qui héberge le piano, et sur les murs duquel s’est figée une douce farandole florale, « la chambre des roses ». C’est là, inspiré par la paix ondoyante des lieux, en réponse à cette nature qui lui « parle », qu’il compose, au cours de ses nombreuses villégiatures estivales, quelques uns de ses plus précieux trésors musicaux comme « les variations sur un thème de Bach », les quatre « Méphisto valses », les deux « Légendes », entre autres, et, en 1877, le joyau souverain du cycle des « Années de pèlerinage », représentation sonore de la féérie liquide qui, chaque jour, égaye sa promenade : les « Jeux d’eau de la Villa d’Este ». 

Villa d'Este - plaqueUn véritable poème symphonique pianistique comme Richard Strauss, des années plus tard, en composera, avec le bonheur que l’on sait, pour l’orchestre. Ici, la virtuosité du pianiste, si elle est exigée pour insuffler vie à ce tableau sonore, n’est jamais l’objet de l’écriture musicale, et doit simplement ne demeurer qu’un moyen au service de la représentation picturale. « Le modèle de l’eau, ainsi que l’affirme Michaël Lévinas, n’est-il pas déjà en soi une écriture de la virtuosité » ?

Légers comme les gouttes cristallines qui tantôt bondissent et clapotent, tantôt glissent et ruissellent, prestes jacasseuses en rangs serrés, sur le reflet paresseux d’un bassin où se mire un soleil, les doigts coulent sur les aigus du clavier à la poursuite des perles d’eau frémissantes. Ils nous plongent dans le cœur vibrant de ces polyphonies « éthérées » retranscrites par celui qui aura « entendu et contemplé la transparence de l’eau, ses bruissements troubles, multiples, modulés par les espaces acoustiques réverbérés par les loggias et les vasques ».

Comme pour nous asperger l’âme des embruns mystiques d’un dernier bonheur de l’été finissant, pourquoi ne pas flâner ensemble sous le soleil romain, quelques minutes encore ? Là bas, sous les verts treillis que les cyprès protègent, dans les jardins de Tivoli, recueillons-nous un instant sur le rebord d’un bassin. Après que les cascades auront éclaboussé de lumière nos prunelles ébahies, nous immergerons une fois encore nos regards dans l’ombre reposante de l’onde un temps calmée au pied d’un dieu de pierre. Puis nous lèverons les yeux vers un vieux « colombier » d’où s’écouleront vers nous, arpèges irisés et tierces jaillissantes, les harmonies subtiles d’un vieux piano.

Alors, de la « chambre des roses » descendue, nous entendrons la transparence !

Franz Liszt : « Jeux d’eau à la Villa d’Este »

Au piano : Lazar Berman

Les larmes d’une reine

Dans la rivalité politique qui oppose, pour la conquête du pouvoir, Cléopâtre à son frère et époux Ptolémée, la reine, dont le nez fit tant gloser sa postérité, va trouver en Jules César, outre la réciprocité d’un réel amour, le soutien qui la portera à son triomphe.

Croyant trouver grâce aux yeux de César, Ptolémée a fait assassiner Pompée qui tenait farouchement tête à l’empereur dans la guerre qu’ils se livraient. Il lui en offre la tête, alors même que les deux rivaux envisageaient de faire la paix. César, prompt à venger la famille de Pompée et séduit par Cléopâtre, devient l’allié inconditionnel de cette habile ambitieuse de 21 ans qu’il placera sur le trône d’Égypte, et à qui il laissera un héritier, leur fils Césarion, conçu, dit-on, lors d’une croisière sur le Nil.

La plus puissante des reines du monde a-t-elle droit, elle aussi, à son instant de désespoir et de larmes ?

Oui ! Sans doute ! Et en guise de preuve, émouvante de beauté, le chant désespéré, qui cependant n’oublie ni la colère, ni le désir de vengeance, que Haendel offre à la voix de Nathalie Dessay, dans cet extrait de son opera seria » Giulio Cesare in Egitto », composé 18 siècles après les faits historiques.

Cléopâtre VII - Turin Musée des Antiquités

Cléopâtre VII – 1er siècle av JC – Turin Musée des Antiquités

Ici, Cléopâtre a été enfermée par Ptolémée, sordide commanditaire du meurtre de Pompée, tout juste décapité. Dans sa prison, elle se lamente sur son triste sort…

Piangerò la sorte mia…

A la pointe… du pinceau, de l’épée et du pied

De la pointe du pinceau à la pointe du pied, en passant, sulfureux Caravaggio oblige, par la pointe de l’épée.

Le pinceau

En abreuvant Michelangelo Merisi da Caravaggio de prestigieuses commandes, les puissants mécènes fort cultivés du début du XVIIème siècle, ouvraient grand les portes de la postérité à celui qui allait devenir l’incontestable maître du « clair-obscur » et de la représentation des ténèbres pour bien des artistes peintres qui lui succédèrent. Il reste pour nous tous, aujourd’hui, Le Caravage dont les œuvres d’un puissant réalisme font à la fois la fierté de tous les lieux qui peuvent exposer une de ses toiles, et le régal de nos sens quand nos regards la rencontrent.

Est-il plus doux plaisir que de lever sa coupe avec « Bacchus » ?

Caravaggio - Bacchus

Caravaggio – Bacchus – 1594 (Florence – Galerie des Offices)

De veiller, admiratif et recueilli, au repos de l’ « Amour endormi » ?

Caravaggio - Amour endormi

Caravaggio – Amour endormi – 1608 (Florence – Palais Pitti)

De tressaillir d’effroi et de fascination devant David vainqueur surgissant de l’ombre, la lame de l’épée encore chaude dans une main et brandissant de l’autre la tête tranchée de son ennemi Goliath ?

Caravaggio - David avec la tête de Goliath

Caravaggio – David avec la tête de Goliath – 1606 (Rome – Galerie Borghese)

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L’épée

Symbole d’un rang qui ne l’autorisait pas à la porter, si présente dans ses tableaux, et dans sa vie, cette épée, qu’il maniait avec succès et trop souvent, a mis Caravaggio dans de terribles situations tant vis à vis de ses mécènes que de ses juges. L’usage mortel qu’il en fit obligea le bretteur à fuir Rome pour échapper aux lourdes condamnations qui le sanctionnaient, sans qu’il pût jamais y revenir, même armé d’un pinceau. Si celui-ci faisait la lumière de sa gloire, celle-là, étrange symétrie entre l’œuvre et la vie, assombrissait le malheur de sa trop courte existence.

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Le pied

C’est par la pointe de son pied que le danseur conserve avec la terre un infinitésimal contact qui le relie à l’histoire. C’est donc par cette troisième pointe d’un triangle qui fermerait ainsi l’espace scénique d’un étrange théâtre où se jouerait en un souffle de beauté la biographie d’un génie, que le chorégraphe Mauro Bigonzetti fait entrer en scène le Staatsballet Berlin en 2008.

Par la chorégraphie de ce ballet en deux actes, il tient autant à rendre hommage à l’artiste Caravaggio qu’il admire, qu’à présenter le drame humain qui le traverse. Les soli, les pas de deux, de trois, ou les ensembles offrent tous au spectateur, parfois peut-être décontenancé, et la face enjouée du génie et les stigmates du crime.

Dans cet émouvant extrait du DVD de ce ballet, la merveilleuse Polina Semionova et le formidable Vladimir Malakhov dansent sur une musique du compositeur anglais John Taverner, «  Prayer of the hearth «  (Prière du cœur), interprétée en copte par la chanteuse islandaise Björk.

Fascinant tableau de chair ! Troublante prière à la pointe du cœur !

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Le Caravage - Martyr de St Mathieu

Le Caravage – Martyr de St Matthieu – 1600 (Rome – Église Saint-Louis-des-Français)

Va pensiero!

L’objet de ce blog, comme chacun l’aura compris en parcourant ses billets, n’est aucunement de participer à la vie politique, ni de commenter d’ailleurs les options du monde actuel aussi perturbé et perturbant soit-il. Dès le début, et sans une once d’hésitation, le parti – naïf, peut-être, au regard de certains – a été pris de tourner les sens vers d’autres sensibilités, pour y puiser à loisir la part intemporelle des émotions exprimées ou suscitées par des œuvres dont leurs créateurs, souvent, ne pouvaient imaginer la portée. Mais surtout pour tenter d’échapper à « l’épaisseur de vulgarité », comme le disait Baudelaire, qu’a acquise notre monde.

Parfois l’émotion impose que l’on franchisse la frontière de sa réserve.

Ainsi me suis-je senti en devoir de relayer l’évènement relaté ici vers ceux qui me font l’amitié de venir régulièrement sur ces pages chercher un peu de l’âme immortelle d’Orphée. Pourquoi? Parce que j’ai vivement perçu que cette âme à laquelle nous devons tant, en conscience ou inconsciemment, était vraiment menacée. Partout.

Voici les faits :

Giuseppe Verdi (1813-1901)

Giuseppe Verdi (1813-1901)

En mars 2011, l’Italie fêtait les 150 ans de son unification – dans une ambiance plutôt divisée -, et à cette occasion était donnée à l’opéra de Rome une représentation de « Nabucco » de Giuseppe Verdi, sous la baguette prestigieuse du chef Riccardo Muti. Cette œuvre évoque l’esclavage des juifs à Babylone et trouve un point culminant avec le célèbre Chœur des esclaves, « Va pensiero »,  qui revêt un caractère symbolique fort pour les italiens – sous le joug de l’occupation autrichienne au moment où Verdi, acteur important de l’indépendance, le composait.

Quand on sait à quel niveau se situe l’opéra dans le cœur des italiens, ce qui suit est édifiant.

Voici la vidéo de l’évènement : In italiano! Certo!

Et le récit, en français, tel que je l’ai reçu.

« Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi.

Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la représentation…
Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef d’orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant « Va Pensiero », j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le « Va Pensiero » allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».

Alors que le chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler commencèrent à jeter des papiers remplis de messages patriotiques, certains demandant « Muti, sénateur à vie ».

Bien qu’il l’eût déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le « Va pensiero ». Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu’il y eût une intention particulière.  », raconte-t-il.

Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi, et voilà ce qui s’est produit :

[Après que les appels pour un « bis » du « Va Pensiero » se sont tus, on entend dans le public : « Longue vie à l’Italie ! »]

Le chef d’orchestre Riccardo Muti : – Oui, je suis d’accord avec ça, « Longue vie à l’Italie » mais…

[Applaudissements]

Muti :– Je n’ai plus 30 ans et j’ai vécu ma vie, mais en tant qu’Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j’ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j’acquiesce à votre demande de bis pour le « Va Pensiero » à nouveau. Ce n’est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Chœur qui chantait « O mon pays, beau et perdu », j’ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l’histoire de l’Italie est bâtie. Auquel cas, pour nous, notre patrie, serait vraiment « belle et perdue ».

[Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]

Muti : Depuis que règne par ici un « climat italien », moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant… Nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théâtre de la capitale, et avec un Chœur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble.
C’est alors qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves.

«J’ai vu des groupes de gens se lever. Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. »
« Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens. » »

Le Chenoua

Albert Camus (1913-1960)

Albert Camus (1913-1960)

« Depuis cinq jours que la pluie coulait sans trêve sur Alger, elle avait fini par mouiller la mer elle-même. Du haut d’un ciel qui semblait inépuisable, d’incessantes averses, visqueuses à force d’épaisseur, s’abattaient sur le golfe. […]

De quelque côté qu’on se tournât alors, il semblait qu’on respirât de l’eau, l’air enfin se buvait. Devant la mer noyée, je marchais, j’attendais, dans cet Alger de décembre qui restait pour moi la ville des étés. […]

pluie sur mer agrandie

Le soir, dans les cafés violemment éclairés où je me réfugiais, je lisais mon âge sur des visages que je reconnaissais sans pouvoir les nommer. Je savais seulement que ceux-là avaient été jeunes avec moi, et qu’ils ne l’étaient plus. […]

Certes c’est une grande folie, et presque toujours châtiée, de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de vouloir revivre à quarante ans ce qu’on a aimé ou dont on a fortement joui à vingt. […]

Alger la Blanche vue du balcon St Raphaël

Alger la Blanche vue du balcon St Raphaël

Élevé d’abord dans le spectacle de la beauté qui était ma seule richesse, j’avais commencé par la plénitude. Ensuite étaient venus les barbelés, je veux dire les tyrannies, la guerre, les polices, le temps de la révolte. Il avait fallu se mettre en règle avec la nuit : la beauté du jour n’était qu’un souvenir. […]

Djebel Chenoua

Le mont Chenoua – Tipasa

Je désirais revoir le Chenoua, cette lourde et solide montagne, découpée dans un seul bloc, qui longe la baie de Tipasa à l’ouest, avant de descendre elle-même dans la mer. […]

Aucun bruit n’en venait : des fumées légères montaient dans l’air limpide. La mer aussi se taisait, comme suffoquée sous la douche ininterrompue d’une lumière étincelante et froide. […]

Il semblait que la matinée se fût fixée, le soleil arrêté pour un instant incalculable. […]

[…] Il y a pour les hommes d’aujourd’hui un chemin intérieur que je connais bien pour l’avoir parcouru dans les deux sens et qui va des collines de l’esprit aux capitales du crime. Et sans doute on peut toujours se reposer, s’endormir sur la colline, ou prendre pension dans le crime. Mais si l’on renonce à une part de ce qui est, il faut renoncer soi-même à être ; il faut donc renoncer à vivre ou à aimer autrement que par procuration. […]

Tipasa - tombeau de la chrétienne

Tipasa – tombeau de la chrétienne

Parfois, à l’heure de la première étoile dans le ciel encore clair, sous une pluie de lumière fine, j’ai cru savoir, je savais en vérité, je sais toujours, peut-être. […]

Tipaza - Stèle d'Albert Camus

Tipaza – Stèle d’Albert Camus

Aussi je m’efforce d’oublier, je marche dans nos villes de fer et de feu, je souris bravement à la nuit, je hèle les orages, je serai fidèle. J’ai oublié, en vérité : actif et sourd, désormais. Mais peut-être un jour, quand nous serons prêts à mourir d’épuisement et d’ignorance, pourrai-je renoncer à nos tombeaux criards, pour aller m’étendre dans la vallée, sous la même lumière, et apprendre une dernière fois ce que je sais. »

Stele Camus inscription

« Je comprends ici ce qu’on appelle gloire, le droit d’aimer sans mesure. »

Extraits de « Un été » – « Retour à Tipasa » 1954