Concerto en robe de bure…

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Concerto en robe de bure…

« Ce n’est pas du Poulenc plaisant genre Concerto à deux pianos, mais plutôt du Poulenc en route pour le cloître, très XVe siècle si l’on veut… »

Francis Poulenc 1899-1963

C’est par ces mots que Poulenc évoquait, dans une correspondance de 1936, le « Concerto en sol mineur pour orgue, orchestre à cordes et timbales » qu’il était en train de composer pour Winnaretta Singer, la Princesse Edmond de Polignac.

En 1936, quelques évènements forts allaient marquer la vie du compositeur au point de ressusciter la foi chrétienne de son enfance, faisant naître en lui un artiste nouveau qui, sans se substituer au premier, viendra fusionner avec lui dans un même langage musical.

Premier exemple de cette cohabitation heureuse du profane et du sacré dans l’œuvre de Francis Poulenc, le « Concerto pour orgue » dans lequel s’exprime avec une réelle sincérité la vérité profonde du musicien.

Iveta Apkalna (orgue)

L’œuvre est écrite, à la manière de Buxtehude, comme un unique mouvement divisé en sept sections contrastées jouées sans interruption.
La figure d’orgue en ouverture rend hommage à la grandeur gothique des toccatas de Bach et alterne avec des accords orchestraux obsédants sur une impulsion insistante de timbales.

L’Allegro giocoso suivant nous confirme bien que Poulenc tient la plume, mais incontestablement il ne laisse pas s’envoler son espièglerie légendaire.
Avec l’Andante s’élève une caressante mélodie aux accents de profonde sincérité.
S’ensuit une alternance d’humeurs partagées entre tempo accéléré, voire agité, et introspection plus lente ; reviennent alors les impulsions initiales qui, épuisées, s’abandonnent dans une calme méditation.
Une mélodie transcendante d’alto, comme un souffle lointain, monte du cœur de l’orchestre jusqu’à culminer au point où ressurgit l’Allegro initial.
L’orgue, ayant donné le ton, entraîne désormais les cordes dans un lent et solennel recueillement collectif avant de conclure avec la noblesse du maître de cérémonie sur les accords de toccata, alla Bach.

Moment sublime de musique avec aux claviers la belle organiste lettone Iveta Apkalna accompagnée par le hr-Sinfonieorchester sous la direction de son chef résident, Andrés Orozco-Estrada.

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Noires…

Noires, du mystère qui les nimbent
Noires, des humus fertiles qu’elles exhalent
Noires, de l’ébène du sculpteur
Noires, de la suie des cierges qui l’implorent
Noires, de l’ombre des cryptes orientales
Noires, comme le sein d’Isis
Noires, couleur de l’homme sans Livre
Noires, comme un Nom avant le baptême
J’aime ces vierges qui ne le seraient plus,
Mères éternelles d’un enfant sans gloire encor’
Et qui, assises sur leurs trônes,
Gardent toujours les pieds dans un siècle païen.

Vierge noire - Rocamadour

Vierge noire – Rocamadour

Sainte Vierge, priez pour nous,
Vierge, Reine et Patronne, priez pour nous,
Vierge que Zachée le publicain nous a fait connaître et aimer,
Vierge à qui Zachée ou Saint Amadour
Éleva ce sanctuaire, priez pour nous…

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Mais quand la mère voit son fils bien-aimé, seul et abandonné de tous, expirer dans un grand cri (Vidit suum dulcem natum moriendo desolatum dum emisit spiritum), elle n’aspire plus qu’à le rejoindre.

Le  » Rêve infini «  devient  » Divine extase  »  lorsque Massenet l’accompagne au Royaume des Cieux :

Massenet : Oratorio  » La Vierge  » (Scène 4) – Soprano : Measha Brueggergosman

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