33 Sonnets composés au secret (rediffusion)

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

33 Sonnets composés au  secret

Rediffusion du billet paru sur « Perles d’Orphée » le 24/03/2013

« Bois cette tasse de ténèbres, et puis dors. »

Sonnet VII

Jean-Cassou (1897-1986)Après avoir maintes fois échappé à la Gestapo pour acte de résistance, Jean Cassou est arrêté le 12 décembre 1941 et emprisonné à Furgole près de Toulouse.

Ses geôliers ne lui autorisant ni la lecture, ni l’écriture, il n’a d’autre choix que d’utiliser ses grandes capacités de mémoire pour se rapprocher des poètes qu’il fréquente assidûment depuis toujours. C’est également sa mémoire qu’il va solliciter jusqu’à l’extrême pour les rejoindre en écriture durant sa détention. Ainsi gravera-t-il dans son esprit « 33 sonnets composés au secret » qui ne connaîtront le bonheur de la publication qu’en 1944, affublés d’une chaleureuse préface d’Aragon.

En voici quelques-uns …

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Liberté, Liberté chérie…

Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs !
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !

La Marseillaise – 6ème couplet

En remplaçant « Hitler » par « Djihad » on pourrait dire que ce poème a été composé un certain dimanche de janvier 2015.

Ce cœur qui haïssait la guerre
voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons,
à celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines
un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent
Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne
Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.
Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.

Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs
battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,
Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Français se préparent dans l’ombre
à la besogne que l’aube proche leur imposera.
Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté
au rythme même des saisons et des marées,
du jour et de la nuit.

Robert Desnos né en 1900. Après avoir rejoint la résistance en 1942, il meurt en juin 1945 au camp de Thereseinstadt.