Les Causes

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Les Causes

Louise Bourgeois – Mains de bienvenue (Expo Tuileries 1996)

En souvenir d’une impossible histoire d’amour…
… ou de l’histoire d’un amour impossible !
En souvenir du plus beau des instants, point d’orgue de l’univers entier, celui où les mains se rencontrent.

Poème de Jorge Luis Borges  (« Las Causas »)  illustré photographiquement et musicalement

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A une passante

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

A une passante

¨Mirror- Portrait par Tigran-Tsitoghdzyan

Il y a comme cela des jours où la poésie nous saute à la gorge sans prévenir, sans pitié.

Que tout à coup la vie décide de nous gratifier, par surprise, sans raison, de la volupté d’un instant exquis, rare, effroyablement court, qui se résume à l’accident heureux d’une insoupçonnable et magnétique rencontre, et…

[…]

Merci, Serge, de dire mes mots ! 

Merci, Charles, de les avoir, hier, écrits !

Merci Madame, belle inconnue, d’avoir ce matin traversé mon chemin !

« Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté… »

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Une rencontre – Un dialogue – Deux génies

A la suite du billet du 23 juin dernier, Lumière blessée / 2 – Pour un regard de la fleuriste, consacré à une magnifique et très émouvante scène du film de Charlie Chaplin, « Les lumières de la ville »,  un de mes amis m’a adressé par e-mail la photo et le dialogue suivant.

Le partage s’imposait :

Albert Einstein à Charlie Chaplin :

– Ce que j’admire le plus dans votre art, c’est son universalité.
Vous ne dites pas un mot, et pourtant le monde entier vous comprend.

Charlie Chaplin lui répond :

– C’est vrai, mais votre gloire est plus grande encore : le monde entier vous admire, alors que personne ne vous comprend.

Il paraît que le dialogue est aussi véridique que la photographie. Dans le cas contraire, nous dirons en chœur et en italien : « Se non è vero, è ben trovato ! »

Einstein & Chaplin

Au plaisir des rencontres

« Au plaisir des rencontres » – Quel plus juste titre pouvais-je donner à ce billet ?

Tout y est rencontre, heureuses rencontres. Celle d’abord, programmée et organisée, de la merveilleuse Merryl Streep avec le formidable violoncelliste Yo Yo Ma, à l’occasion de l’édition 2011 d’un forum culturel annuel entre la Chine et les USA.

Rencontre aussi, inattendue bien que non moins préméditée, de deux beaux textes qui trouvent dans la juste expression de leur interprète le subtil point de leur confluence, délicatement dévoilé dans le silence religieux de la scène par les lueurs discrètes d’un violoncelle.

Rencontre – fortuite – enfin, de votre serviteur, ébahi et heureux, avec la vidéo de cet instant de ravissement qui manifestement nous invite à « garder le canal ouvert » qui conduit de l’âme à l’âme.

Partage obligatoire !

Wang Wei poète, peintre et musicien chinois du VIIIème siècle (époque Tang), profondément inspiré des sagesses du bouddhisme zen

Wang Wei
Poète, peintre et musicien chinois du VIIIème siècle (époque Tang), profondément inspiré des sagesses du bouddhisme zen

空山不見人

但聞人語響

返景入深林

復照青苔上

Wang Wei

Lù chai (Deer enclosure)

There seems to be no one on the empty mountain….
And yet I think I hear a voice,
Where sunlight, entering a grove,
Shines back to me from the green moss.

Clos aux cerfs

Montagne déserte. Personne n’est en vue.
Seuls, les échos des voix résonnent, au loin.
Ombres retournent dans la forêt profonde :
Dernier éclat de la mousse, vert.

Traduction : François Cheng

&

Lettre d’une artiste à une artiste :

Un clic sur une photo l’agrandit et ouvre la galerie

A letter to Agnes De Mille

There is a vitality, a life force, a quickening that is translated through you into action, and because there is only one of you in all time, this expression is unique. If you block  it, it will never exist through any other medium. It will be lost. The world will not have it. It is not your business to determine how good it is, nor how valuable it is, nor how it compares with other expressions. It is your business to keep it yours clearly and directly, to keep the channel open.

You do not even have to believe in yourself or your work. You have to keep open and aware directly to the urges that motivate ‘you’. Keep the channel open. No artist is ever pleased. There is no satisfaction whatever at any time. There is only a queer, divine dissatisfaction, a blessed unrest that keeps us marching and makes us more alive than the others.

Martha Graham

Lettre de Martha Graham à Agnès De Mille

 Il y a une vitalité, une force de vie, une étincelle qui devient une action à travers toi, et comme tu ne ressembles à personne dans le monde entier et à travers les siècles, cette expression est unique. Si tu la refuses, jamais cela n’existera chez personne d’autre et ce sera perdu. Cela manquera au monde. Ce n’est pas à toi de déterminer à quel point cela est bon, et quelle en est sa valeur, ni à toi de la jauger par rapport à d’autres expressions. Mais c’est à toi de la garder tienne, clairement et sans détour, à toi de garder le canal ouvert.

Tu n’as même pas besoin de croire en toi-même ou dans ton travail. Tu dois rester disponible et toujours consciente des nécessités qui te motivent. Garde le canal ouvert. Aucun artiste ne sait se contenter. Il ne peut y avoir de satisfaction d’aucune sorte à aucun moment. Il y a seulement une étrange et divine insatisfaction, un déséquilibre béni qui nous oblige à marcher, et à être des vivants plus encore que les autres.

&

Et, sans l’intervention du hasard, mais avec le même plaisir de partager entre vivants, quelques mesures de la « Sonate pour violoncelle seul » d’un maître contemporain des timbres, le compositeur américain George Crumb (86 ans).

L’interprète, Ella van Poucke, est une jeune violoncelliste hollandaise, particulièrement douée.

Un abricot avec Dieu

Ce jeudi là,  – à cette époque le jeudi était le jour sans école – Maxime avait décidé d’aller à la rencontre de Dieu. Il n’avait pas la moindre idée du chemin qu’il prendrait, ni du temps qu’il lui faudrait pour atteindre son but, mais il pensait fort justement que ce serait grande imprudence de s’engager dans une telle aventure sans prévoir de quoi tenir. A neuf ans, il est vrai, on ne se passe pas facilement de son goûter. Il vida donc son cartable des livres, cahiers et crayons qui en remplissaient copieusement les compartiments et empocha à leur place deux ou trois barres de chocolat, une poignée d’abricots secs, et quelques petites bouteilles de jus de fruit qu’il trouva à leur place habituelle, dans le réfrigérateur.

Dès qu’il reçut de sa maman l’autorisation de quitter la table du déjeuner, Maxime s’empressa d’empoigner son cartable devenu sac à provisions et se mit aussitôt en route. Son intuition lui indiquerait certainement le bon itinéraire.

Il marcha d’un pas décidé pendant une vingtaine de minutes qui lui parurent une éternité, puis s’arrêta près d’un des bancs qui bordent le périmètre du parc à la sortie de la ville.

Toulouse-Lautrec - Vieille dame sur un banc

Toulouse-Lautrec – Vieille dame sur un banc

Une vieille dame menue y était assise ; elle observait les oiseaux rivaliser d’habileté dans leurs figures aériennes et sonores, et flattait d’un sourire discret les impertinences de leurs ébats. Le garçon s’assit près d’elle, silencieusement. Un long moment immobile s’écoula ainsi dans la douceur embaumée du parc avant que Maxime ouvrît son cartable pour prendre un abricot. Par la même occasion il en tendit un à sa voisine, accompagnant son geste d’un gentil regard interrogatif. La dame élargit son sourire en signe de remerciement et prit le fruit sec qu’elle dégusta volontiers. Quelques minutes plus tard, sans qu’aucune parole, jamais, fût échangée, le jeune garçon lui proposa un jus de fruit qu’elle accepta avec un même plaisir et ses lèvres et son regard se firent plus cordiaux encore. Ainsi passèrent-ils tous les deux cette belle après-midi de jeudi à partager dans la paix et le silence, abricots et jus de fruit, chants d’oiseaux et parfums de printemps, jusqu’à ce que le déclin du jour et l’envie de retrouver ses parents suggérassent au jeune enfant l’idée du retour.

Maxime se leva et se mit naturellement en marche vers la maison. Mais après quelques pas, il laissa tomber son cartable vide à ses pieds, se retourna vers la vieille dame et se précipita dans ses bras en courant. Ils s’enlacèrent l’un l’autre tendrement ; Maxime étreignait sa vénérable compagne de l’après-midi de toutes les forces ingénues de son enfance pendant que celle-ci gratifiait le garçon d’un profond sourire de koré, ce « sourire de l’amour » qui illumine les beaux visages de ces statues grecques archaïques que « nous aimons d’une tendresse qui ne peut s’épuiser », comme le dit l’historien de l’art, Élie Faure.

Koré au peplos (visage) - Athènes

Koré au peplos (visage) – Athènes

Quand le garçon arriva à la maison, sa mère qui ne lui avait jamais vu visage aussi lumineux le questionna :

– Qu’as tu donc fait cette après-midi qui te rende aussi joyeux, mon chéri ?

– J’ai pique-niqué avec Dieu, maman. Et dans le même enthousiasme, sans laisser sa mère poser l’inévitable question suivante : – Et elle a le plus beau sourire du monde, tu sais !

La vieille dame, elle aussi, était rentrée chez elle, le visage rayonnant de joie et de paix. Jamais son fils ne lui avait connu pareille expression de sérénité ; la question ne se fit évidemment pas attendre :

– Mère, qu’as tu fait de ton après-midi pour paraître si radieuse ce soir ?

– J’ai mangé des abricots avec Dieu. Et vois-tu, je ne l’aurais jamais imaginé si jeune.

♦♦♦♦♦

Histoire inspirée par un conte lu il y a longtemps dans un livre de sagesses dont j’ai oublié toutes les références.

En ligne, mon cadeau de Noël…

Personne désormais ne s’étonne plus que les cadeaux de Noël, la fête à peine terminée, se retrouvent mis en ligne sur internet. Parce qu’ils n’ont pas plu, parce qu’ils ne sont pas à la bonne taille, qu’ils n’ont pas la couleur espérée, parce que… parce que…

Hors de question pour moi d’échapper à cette coutume nouvelle ; on a toujours une bonne raison de mettre en ligne un cadeau. J’ai donc décidé, moi aussi, de mettre en ligne celui que je viens de recevoir enrubanné dans les vœux électroniques d’un de mes amis… Et les raisons ne manquent pas : c’est une vieille vidéo de plus de quarante ans, qui sent fort la naphtaline, et en noir et blanc de surcroît.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas, je n’ai pas dit que je souhaitais m’en séparer pour autant, loin s’en faut. Car l’odeur de placard mue bien vite en parfum d’un heureux passé, et derrière le grain de l’écran cathodique une voix aimée depuis son perchoir raconte la poésie du hasard, un soir de Noël, près du pont de l’Alma.

Oui, je mets en ligne ce cadeau… mais juste pour prolonger, en le partageant, le plaisir qu’il m’a procuré.

Il y a des cadeaux de Noël qu’il faut absolument mettre en ligne… pour remercier ceux qui ont eu la bonne idée de nous les offrir.

Brumes et brouillards /4 – A foggy day

Depuis ce jour de 1937 où Ira et George Gershwin ont composé cette superbe mélodie nostalgique,  » A foggy day « ,  les interprètes les plus prestigieux, les arrangeurs les plus doués, n’ont pas cessé d’en donner des versions toutes aussi séduisantes les unes que les autres. Tous ces musiciens, à leur manière, ont fait scintiller le soleil au milieu du brouillard londonien.

Comment, si l’on a déjà pris quelque distance avec ses vingt ans, ne pas entendre Fred Astaire, Frank Sinatra ou Doris Day fredonner cet air là dans les brumes de ses souvenirs ? Quel amateur de jazz aurait oublié la trompette magique de Winton Marsalis improviser sur cet éternel standard ;  lequel d’entre eux, fût-il devenu sourd et amnésique, n’entendrait-il pas encore, gravé dans les sillons de sa mémoire, l’incontournable duo d’anthologie Louis Armstrong – Ella Fitzgérald déchirer le brouillard londonien ? Et je gage qu’en fouillant les playlists cachées dans les Ipods des plus jeunes, on trouverait « A foggy day »  interprété par Michael Bublé ou David Bowie.

Sans doute y-a-t il autant de belles versions de cette mélodie que de jours de brouillard à Londres en une année. Il en est cependant une dont la simplicité intimiste me touche particulièrement. La beauté et la douceur de l’interprète ne sont certainement pas sans influence sur mon choix, et chaque fois que je regarde la vidéo qui suit, je ne peux m’empêcher de rêver au bonheur qui aurait été le mien si, le temps d’une chanson, j’avais pu occuper la place ô combien enviable du grand acteur anglais Terry Thomas ce jour-là.  Encore eût-il fallu que je naquisse un peu plus tôt et que…

Je crains que, ce billet publié, il me faille aussi désormais partager mon rêve…

I was a stranger in the city
Out of town were the people I knew
I had that feeling of self-pity
What to do? What to do? What to do?
The outlook was decidedly blue
But as I walked through the foggy streets alone
It turned out to be the luckiest day I’ve known.

A foggy day in London Town
Had me low and had me down
I viewed the morning with alarm
The British Museum had lost its charm
How long, I wondered, could this thing last?
But the age of miracles hadn’t passed,
For, suddenly, I saw you there
And through foggy London Town
The sun was shining everywhere.

J’étais une étrangère dans la ville
Et loin d’elle étaient les gens que je connaissais.
J’avais ce sentiment de m’apitoyer sur moi-même.
Que faire ? Que faire ? Que faire ?
Les perspectives étaient définitivement déprimantes.
Mais alors que je marchais seule dans les rues brumeuses
Ce jour est devenu le plus chanceux de ma vie.

Un jour de brouillard à Londres
M’a connue triste et atterrée
J’ai vu désemparée le matin arriver,
Le British Museum avait perdu son charme.
Combien de temps, me suis-je demandé, cela va-t il durer?
Mais le temps des miracles n’est pas révolu
Car, soudain, je t’ai vu là
Et à travers Londres noyée sous la brume
Le soleil partout brillait.