Seul sur ce chemin ?

Pourquoi faudrait-il qu’un agenda, trop bien organisé pour d’autres motifs que ceux qu’inspire le sentiment, rappelle à chacun, une fois l’an, qu’il doit sa vie et le « plus » unique si personnel qui la caractérise, à la mère qui les lui a donnés ?

Quand on a, un jour, reconnu la sienne dans la lumière de son sourire, les assistants de la mémoire ne sont plus d’aucune utilité. Ce regard aura gravé au plus profond du cœur d’enfant une empreinte que le temps, pourtant effaceur de génie, ne saura plus que raviver chaque jour jusqu’au bout du voyage.

Chacun pourrait, à sa guise, remplacer les images de cette vidéo montée par un sensible inconnu d’internet, par celles puisées dans son propre album, il ne changerait au fond que des visages. Rien, dans ce qui fait l’émotion de cette chanson –  » I walk with you, Mama  »  (Je marche avec toi, Maman) –  qu’elles veulent illustrer, ne se sera transformé : ni le rythme nostalgique de la ballade qu’elle propose, ni la douceur des souvenirs qu’elle évoque, ni le poids des questions encore suspendues à leur interminable point d’interrogation.

La voix de miel d’Anne-Sofie Von Otter pour enchanter un album de souvenirs inoubliables qui appartient à chacun et qui jamais ne nous laisse faire seul le chemin…

 

Je marche avec toi, Maman

Sur le passage qui borde la rivière

Nous nourrissons les cygnes et saluons les gens que nous croisons.

Je parle avec toi Maman,  et je t’écoute,

Et je t’entends me dire :

« Je suis désolée de t’avoir laissée seule sur ce chemin. »

Je marche avec toi Maman

Dans le parc roux de l’automne

La tristesse l’habite quand chênes et érables perdent leurs feuilles.

Je parle avec toi Maman, et je t’écoute,

Et je t’entends me dire :

« Je suis désolée de t’avoir laissée seule sur ce chemin. »

Oui, tu aurais pu rester plus longtemps

Pour me consacrer plus de temps,

Tu n’as même pas attendu de dire adieu

Pourquoi tant de folle précipitation ?

Je reste avec tant de questions,

Avec tellement d’amour à donner encore.

D’une certaine façon j’en suis arrivé à comprendre maintenant,

Bien qu’il semble que je n’aille nulle part.

Je marche avec toi Maman,

Sur une route qui connait le voyage

Retraçant chaque pas

Chaque dimanche dans le parc.

Je parle avec toi Maman,  et je t’écoute,

Et je t’entends me dire :

« Je suis désolée de t’avoir laissée seule sur ce chemin. »

Compositeur : Benny Andersson, LE compositeur du célèbre groupe ABBA.

Mezzo-soprano : Anne-Sofie Von Otter.

Von Otter - Let the music speak

La musique est extraite de ce disque

Tout a-t-il été dit?

Philippe Jaccottet

Philippe Jaccottet

Croire que « tout a été dit » et que « l’on vient trop tard » est le fait d’un esprit sans force, ou que le monde ne surprend plus assez. Peu de choses, au contraire, ont été dites comme il le fallait, car la secrète vérité du monde est fuyante, et l’on peut ne jamais cesser de la poursuivre, l’approcher quelquefois, souvent de nouveau s’en éloigner. C’est pourquoi, il ne peut y avoir de répit à nos questions, d’arrêt dans nos recherches, c’est pourquoi nous ne devrions jamais connaître la mort intérieure, celle qui survient quand nous croyons, à tort, avoir épuisé toute possibilité de surprise. Si nous cédons à ce désabusement, bien proche du désespoir, c’est que nous ne savons plus voir ni le monde en dehors de nous, ni celui que nous contenons, c’est que nous sommes inférieurs à notre tâche (…)

Quiconque s’enfonce assez loin dans sa sensibilité particulière, quiconque est assez attentif à la singularité de son expérience propre, découvre des régions nouvelles ; et il comprend aussi combien il est difficile de décrire à d’autres les pas effrayés ou enchantés qu’il y fait. »

Philippe Jaccottet