Toqué de toccata /10 – Mes « matriochkas »

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :


Toqué de toccata /10 – Mes « matriochkas »

Serge Prokofiev, Dimitri Chostakovitch et Aram Khatchatourian (vers 1945)

 

Dès le début du XXème siècle, les compositeurs et pianistes russes, comme leurs confrères européens, prennent le plus grand goût au style de la toccata.

Très tôt, le jeune Sergueï Prokofiev va composer des pièces d’une audacieuse virtuosité, inspirée du style de la toccata, pour ses exercices personnels d’abord, puis pour la publication. Si la « Toccata en Ré mineur – opus 11 » affiche clairement son genre dans son intitulé, certaines autres pièces, authentiques perles du genre, n’en porteront pas le nom, cachées qu’elles seront derrière d’autres appellations, comme le Finale de la 7ème sonate, par exemple. Un joyau du genre.

De la même manière, nombre des compositeurs qui succèdent à cet enfant terrible de la musique russe, eux aussi épris du style de la toccata, dissimulent derrière d’autres intitulés, indications de tempo ou type de mouvement, les toccatas qu’ils composent et que seule l’écoute révèle. 

Une toccata dans un prélude de Chostakovitch, une autre dans un mouvement au titre presque romantique d’une sonate de Myaskovsky…

Jeu de poupées russes musicales au cours duquel j’ai choisi, pour le plaisir, quelques « matriochkas »…

Lire, voir, écouter . . .

Deux : Comme « pas de deux »

John Searles - Pas de deux - Boca-Raton

John Searles – Pas de deux – Boca-Raton

Pas de deux, pas d’amour !

  • Parfois frivole désinvolture d’un jeune couple d’amoureux qui minaude avec charme et grâce à l’occasion d’un bal masqué, comme deux chats espiègles et joueurs : Chat botté et chatte blanche badinant sur la musique de Tchaïkovski, au milieu de la salle de bal du palais, à l’Acte III de « La Belle au Bois Dormant ».

  • Ou, souvent, manifestation délicate de la fragile intimité d’un couple d’amants tragiques déchirés entre la force irrépressible de l’amour qui les rapproche et l’adversité des situations qui s’acharnent à les séparer, ne leur offrant généralement que la mort pour autel de leur union.

A l’instar de cette sculpture moderne qui résume le couple de danseurs à la gracieuse fluidité de leurs deux corps fusionnés en une spirale aérienne qui, au rythme d’une musique que l’on croirait entendre, les emporte vers leur destin, légers comme en un vol ; conclusion annoncée du subtil dépit amoureux, silencieux dialogue, que leurs pas imbriqués ont offert à nos yeux ébahis.

Roméo n’a pas retiré l’échelle du balcon de la chambre de Juliette. Venez ! Grimpons discrètement :

Après s’être assoupis un instant, les deux amants se réveillent. Le soleil est déjà haut, il faut qu’ils se séparent avant d’être surpris. La musique de Prokofiev guide les pas du couple Diana Vishneva et Vladimir Shklyarov sur la scène du Théâtre du Mariinsky  (mars 2013) :

Un enchantement partagé entre beauté et émotion !

 

∞ ∞ ∞

Avec ces deux splendides pas de deux se termine la semaine anniversaire que j’ai souhaité consacrer à illustrer le « 2 », pour clôturer définitivement l’An II des « Perles d’Orphée ». Manière d’exprimer ma chaleureuse gratitude à tous ceux qui viennent ici partager ces merveilles qui m’aident à me tenir éloigné de la vulgarité du monde.