Mozart… à la française !

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Mozart… à la française !

« … parce que j’ai le culte de la ligne mélodique et que je préfère Mozart à tous les autres musiciens. »   Francis Poulenc

Et quel plaisir, toujours renouvelé, d’apporter la preuve d’un tel propos, par l’exemple, avec le deuxième mouvement « Larghetto » du « Concerto pour deux pianos » en Ré mineur, que Poupoule, comme l’appelaient ses intimes, écrit en 1932 à la demande de la princesse Edmond de Polignac.

Lucas et Arthur Jussen – pianistes

Démonstration d’autant plus belle que ce « Larghetto », dans lequel Mozart a bien du mal à se cacher, est ici formidablement interprété par deux jeunes pianistes d’exception, les frères Jussen, et l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam placé sous la baguette de Stéphane Denève.

La réalisation vidéo étant elle-même remarquable, la tentation de retrouver les autres mouvements pourrait bien être irrépressible.

On découvrira alors combien Poulenc a composé ce concerto en caméléon, également inspiré pendant son travail par Bach, Ravel, Rachmaninov ou Stravinsky.

Lire, voir, écouter la suite . . .

« C »

Derrière le plus simple arrondi d’une seule lettre de l’alphabet on peut parfois trouver un émouvant poème d’un inoubliable poète et même quelques notes de musique jetées mélodieusement sur la partition d’un formidable compositeur.

Qu’un ténor, d’une douce et ondulante inflexion, unisse ces deux  voix, et nos âmes oublieuses reviendront traverser, sur les bords de notre Loire, les combats douloureux de notre histoire et les souffrances de nos ainés.

Quand les vers sont d’Aragon et la musique de Poulenc, les drames qu’ils racontent paraissent plus émouvants encore. Quand Hugues Cuénod les chante, une larme pourrait bien nous échapper pour ces temps passés.

J’ai traversé Les Ponts-de-Cé
C’est là que tout a commencé

Une chanson des temps passés
Parle d’un chevalier blessé,

D’une rose sur la chaussée
Et d’un corsage délacé,

Du château d’un duc insensé
Et des cygnes dans les fossés,

De la prairie où vient danser
Une éternelle fiancée,

Et, j’ai bu comme un lait glacé
Le long lai des gloires faussées.

La Loire emporte mes pensées
Avec les voitures versées,

Et les armes désamorcées,
Et les larmes mal effacées,

Oh ! ma France ! ô ma délaissée !
J’ai traversé Les Ponts-de-Cé.

Louis Aragon (Les Yeux d’Elsa – 1942)

Elle, Lui, l’Amour…

… Et la mélodie poétique de Francis Poulenc.

Francis Poulenc a toujours exprimé un grand attachement à ses mélodies. Un jour, un critique éminent lui demanda pourquoi il écrivait encore ce genre de musique, peut-être un peu démodée après Debussy, Fauré et Ravel. Poulenc lui répondit ceci : « Je voudrais bien savoir pourquoi cette forme serait périmée. Il me semble que tant qu’il y aura des poètes, on pourra écrire des mélodies. »

Des mélodies d’amour… Un 14 février !

– Mélodie légèrement érotique, féminine et élégante comme les vers de Louise de Vilmorin avec lesquels elle s’accouple harmonieusement :

ELLE

Officiers de la garde blanche

Officiers de la garde blanche,
Gardez-moi de certaines pensées la nuit.
Gardez-moi des corps à corps et de l’appui
D’une main sur ma hanche.
Gardez-moi surtout de lui
Qui par la manche m’entraîne
Vers le hasard des mains pleines
Et les ailleurs d’eau qui luit.
Épargnez-moi les tourments en tourmente
De l’aimer un jour plus qu’aujourd’hui,
Et la froide moiteur des attentes
Qui presseront aux vitres et aux portes
Mon profil de dame déjà morte.
Officiers de la garde blanche,
Je ne veux pas pleurer pour lui
Sur terre. Je veux pleurer en pluie
Sur sa terre, sur son astre orné de buis,
Lorsque plus tard je planerai transparente,
Au-dessus des cent pas d’ennui.
Officiers des consciences pures,
Vous qui faites les visages beaux,
Confiez dans l’espace au vol des oiseaux
Un message pour les chercheurs de mesure
Et forgez pour nous des chaines sans anneaux.

Louise de Vilmorin

– Nostalgique, au rythme des pas de Jean Anouilh qui marche vers la mer à la recherche du souvenir des jours heureux sur les chemins de l’amour :

LUI

– Mélodie partagée dans un dialogue d’amoureux, balançant entre dépit et désir et dont on imagine volontiers qu’il n’est pas né du hasard sous la plume de Paul Valéry qui, on le sait, aima jusqu’à en mourir.

EUX

Colloque

LUI
D’une rose mourante
L’ennui penche vers nous
Tu n’es pas différente
Dans ton silence doux
De cette fleur mourante ;
Elle se meurt pour nous.
Tu me sembles pareille
À celle dont l’oreille
Était sur mes genoux
À celle dont l’oreille
Ne m’écoutait jamais!
Tu me sembles pareille
À l’autre que j’aimais :
Mais de celle ancienne
Sa bouche était la mienne

ELLE
Que me compares-tu quelque rose fanée?
L’amour n’a de vertu que fraîche et spontanée
Mon regard dans le tien
Ne trouve que son bien
Je m’y vois toute nue!
Mes yeux effaceront
Tes larmes qui seront d’un souvenir venues
Si ton désir naquit qu’il meure sur ma couche
Et sur mes lèvres qui t’emporteront la bouche.

Paul Valéry

♥♥♥

Chagall - Les amoureux de Vence

Chagall – Les amoureux de Vence

Noires…

Noires, du mystère qui les nimbent
Noires, des humus fertiles qu’elles exhalent
Noires, de l’ébène du sculpteur
Noires, de la suie des cierges qui l’implorent
Noires, de l’ombre des cryptes orientales
Noires, comme le sein d’Isis
Noires, couleur de l’homme sans Livre
Noires, comme un Nom avant le baptême
J’aime ces vierges qui ne le seraient plus,
Mères éternelles d’un enfant sans gloire encor’
Et qui, assises sur leurs trônes,
Gardent toujours les pieds dans un siècle païen.

Vierge noire - Rocamadour

Vierge noire – Rocamadour

Sainte Vierge, priez pour nous,
Vierge, Reine et Patronne, priez pour nous,
Vierge que Zachée le publicain nous a fait connaître et aimer,
Vierge à qui Zachée ou Saint Amadour
Éleva ce sanctuaire, priez pour nous…

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Mais quand la mère voit son fils bien-aimé, seul et abandonné de tous, expirer dans un grand cri (Vidit suum dulcem natum moriendo desolatum dum emisit spiritum), elle n’aspire plus qu’à le rejoindre.

Le  » Rêve infini «  devient  » Divine extase  »  lorsque Massenet l’accompagne au Royaume des Cieux :

Massenet : Oratorio  » La Vierge  » (Scène 4) – Soprano : Measha Brueggergosman

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Elévation

C’est le 15 août!

L’apogée du temps des vacances pour la plupart.

Pour certains d’entre nous c’est aussi la fête de Marie, devenue l’Assomption, un des dogmes de l’Église catholique, célébrant l’élévation de la mère de Jésus vers les cieux.

La Pietà - Michel Ange 1499

La Pietà – Michel Ange 1499

Pour l’auteur de ce billet, une occasion toute profane de naviguer au milieu des merveilles musicales innombrables qu’a inspirées Marie, Vierge donnant naissance à l’enfant Jésus et Mère douloureuse, spectatrice éplorée des tortures infligées à son fils.

Stabat Mater Dolorosa (Dvoràk)

Par delà la profondeur religieuse et la simplicité de la prière qu’exprime cet extrait du Stabat Mater de Dvoràk, – « Eia mater, fons amoris »  (Elle, la mère, source d’amour) -, les images de presse regroupées dans cette vidéo transforment cet hommage individuel et sacré à la Mère douloureuse de Jésus torturé, en un hommage collectif et humain au courage de toutes les mères déchirées par le malheur de leurs enfants.

La mère, source d’amour, se tient toujours debout dans la douleur.

Eia Mater, fons amoris,           Ô Mère, source de tendresse,
me sentire vim doloris            Fais-moi sentir grande tristesse
fac, ut tecum lugeam.             Pour que je pleure avec toi.

Ω

A toutes les époques, qu’ils fussent investis par la foi et pénétrés d’esprit religieux, ou qu’ils se fussent tenus, pour diverses raisons, éloignés des églises, les compositeurs de musique ont écrit en hommage à Marie des partitions envoûtantes de beauté, et pas toujours nécessairement inscrites dans le cadre d’œuvre sacrée.

Nous connaissons tous pour les avoir mille fois entendus, voire même chantés, les Ave Maria de Gounod et de Schubert.

Croyants ou non croyants, nous nous sommes, au moins une fois, spontanément recueillis, aux premiers accents d’un chœur entonnant un Ave Maris Stella de Bach, de Grieg, de Liszt ou de leurs illustres prédécesseurs, Guillaume Dufay ou Claudio Monteverdi.

Quelle poitrine, gonflée de foi ou simplement d’humanité, ne s’est-elle pas sentie étreinte par l’angélique duo contralto/soprano qui ouvre le merveilleux Stabat Mater de Pergolèse? Quelle peau ne s’est-elle pas tendue, glacée, au souffle du Stabat Mater de Vivaldi? Quel poil ne s’est-il pas dressé dès les premiers accords bouleversants des basses qui débutent celui de Poulenc?

C’est une immense vertu de la musique, entre autres, que de savoir réunir au delà des croyances et des convictions, même quand les thèmes qui l’ont inspirée trouvent leur source dans la pensée religieuse. La vraie religion ne serait-elle pas la musique elle-même, capable de rassembler les êtres sous la bannière unique de l’émotion tout droit sortie d’un chant soufi, d’un lamento séfarade, d’un Sanctus chrétien ou des afflictions sentimentales d’un musicien génial?

Pour nous séduire la beauté se suffit à elle-même.

C’est cette beauté que souhaite partager ce billet, dans l’esprit profane qui seul l’anime. Beauté contenue dans des pages musicales peu jouées ou peu connues, prières ou hommages compassionnels à la Vierge Marie, et auxquelles, bien évidemment, chacun donnera la dimension intérieure qu’il souhaitera leur accorder.

Puissent-elles simplement nous illuminer de leur spirituelle splendeur…

… Et nous élever un peu!

Ω

Ave Maria piena di grazia (Otello de Verdi)

Cette prière à la Vierge Marie est ici chantée par Desdémone (Sonya Yoncheva), épouse d’Otello, dans les derniers moments qui précèdent la tragédie de l’opéra de Giuseppe Verdi.

Le complot ourdi par Iago a consisté à faire croire à l’influençable Otello que Desdémone et Cassio sont épris l’un de l’autre. Le drame est sur le point de s’accomplir, Otello ayant menacé de tuer son épouse si la relation infidèle était avérée. Seule dans sa chambre, Desdémone pressent l’inéluctabilité de l’instant tragique, et implore une dernière fois la Vierge dans un Ave Maria superbe de finesse et de sensibilité, dont l’expression de sincérité serait capable de convertir le plus incroyant d’entre tous.

Ω

Ave Maria (dit de Caccini)

En réalité le compositeur de ce très beau moment est Vladimir Vavilov, un guitariste et luthiste russe du XXe siècle – il est mort en 1973.

En 1970 il écrit et publie cette œuvre en l’attribuant à Giulio Caccini, compositeur de la deuxième moitié du XVIe. Vavilov est assez coutumier du fait et attribue parfois des partitions écrites par lui à quelques lointains prédécesseurs, sans se soucier d’ailleurs de vérifier que le style de composition est en accord avec l’époque choisie.

Il n’empêche que le succès qu’a connu cet Ave Maria, de Caccini ou de Vavilov, n’est pas immérité. Il suffit, pour s’en convaincre avec plaisir d’écouter l’interprétation de la soprano japonaise Sumi Jo.

Ω

Ave Maria de Mascagni

Adapté du célèbre « Intermezzo » de l’opéra vériste que Pietro Mascagni écrivit avec succès en 1890, « Cavalliera rusticana », cet Ave Maria retrouve avec les interprètes modernes un regain de popularité.

Pour le découvrir ou l’apprécier encore, il suffit de se laisser envahir par la voix et le charme de Elina Garanca :

Ave Maria, Madre Santa,                                   Je vous salue Marie, Sainte Mère,
Sorreggi il piè del misero che t’implora,      Guidez les pas du malheureux qui vous supplie
In sul cammin del rio dolor                               Le long du chemin de douleur amère
E fede, e speme gl’infondi in cor.                    Et emplissez les cœurs de foi et d’espérance.

Ω

Ave Maria, Madre de Dios de William Gomez

Encore une splendide proposition de voyage vers le plus haut des cieux, avec la ravissante soprano russe Olga Zinovieva qui chante depuis les graviers brûlés du chemin cette incantation à la Vierge Marie composée par le jeune salvadorien William Gomez, âgé aujourd’hui de 28 ans.

Un bonheur!

ΩΩΩ

Adieu Monsieur Dutilleux

Henri Dutilleux (1916-2013)

Henri Dutilleux (1916-2013)

Il y a huit jours disparaissait le dernier grand compositeur du XXème siècle, Henri Dutilleux. La presse dans son ensemble et le monde musical ont rendu à ce maître l’hommage qu’il méritait amplement, et pour la triste circonstance les rappels biographiques indispensables à toute nécrologie ont rempli pages de journaux et écrans de blogs. Sans doute les articles étaient-ils déjà prêts ce 22 mai dernier, car c’est à 97 ans qu’Henri Dutilleux s’est éloigné à jamais de ses partitions.

Aussi était-il inutile de faire ici, en médiocre amateur, ce que de sérieux professionnels avaient déjà réalisé. On préfèrera donc, pour obtenir une biographie complète d’Henri Dutilleux, se référer aux sites suivants :

Radio France 

IRCAM (Institut de Recherche Acoustique / Musique)

C’est pour et par sa musique que je souhaite rendre ici hommage au compositeur.

Cet admirateur de Debussy et de Ravel, dont il est aussi l’héritier, a conservé, malgré sa modernité, un réel attachement à la tonalité, même si sa proximité avec Alban Berg et ses compositions ne l’a pas entraîné dans le difficile mouvement dodécaphonique viennois qui n’a pas manqué de l’impressionner. D’aucuns disent de lui qu’il est le « dernier classique parmi les modernes », juste définition et respectueux salut à sa résistance aux outrances de son siècle.

Si le dernier géant de la musique française s’est endormi pour toujours, sa musique demeure bien vivante. La production du maître n’est certes pas pléthorique – tant s’en faut – eu égard à sa longue vie, mais elle est empreinte d’une profonde liberté exprimée par une esthétique multiple, rejetant au plus loin toute vision dogmatique. Et comme pour que la spiritualité qui habite ses œuvres se voit, en plus de s’entendre, son souci du détail et son souhait de perfection se prolonge jusqu’au graphisme soigné à l’extrême de ses partitions.

Quelques extraits pour découvrir la musique d’Henri Dutilleux ou s’en délecter encore :

Une petite pièce pour piano, sous les doigts d’Anne Queffélec : « Blackbird » (Le merle noir) – Ravel est si proche!

Le quatrième mouvement, « Miroirs » (lent et extatique), de son concerto pour violoncelle « Tout un monde lointain… » que lui commanda le célèbre violoncelliste Mstislav Rostropovitch et qui le  créa à Aix en Provence en 1970. Cette œuvre, pourtant très moderne par son caractère atonal, n’a en rien éloigné les inconditionnels du classicisme et a été reçue comme un chef d’œuvre par les amateurs de musique contemporaine.

Le titre de ce concerto est tiré d’un poème des « Fleurs du mal » de Baudelaire, « La chevelure » :

« La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
« Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
« Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
« Comme d’autres esprits voguent sur la musique,
« Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum. »

Chacun des cinq mouvements (« Enigme » – « Regard » – « Houles » – « Miroirs » – « Hymne ») porte en exergue une citation de vers empruntés à Baudelaire, dont Dutilleux disait du poète qu’il le « hantait ».

En exergue de « Miroirs », le quatrième mouvement joué ci-dessous, sont cités quelques vers de « La mort des amants » :

« Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
« Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
« Qui réfléchiront leurs doubles lumières
« Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. »

Marek Janowski dirige l’Orchestre de la Suisse Romande – Le violoncelliste est Xavier Phillips.

Enfin, comme un échantillon de la musique de chambre du Maître, la très belle « Sonatine pour flûte et piano » dans une interprétation – sans images – d’Emmanuel Pahud à la flûte et Eric Lesage au piano. Une conversation au phrasé à la fois délicat et brillant dans un jardin où l’on ne s’étonne pas de saluer au détour d’une haie, Claude Debussy, Maurice Ravel et même Francis Poulenc, parfois.

P.S. J’ai beaucoup écouté et ré-écouté la musique d’Henri Dutilleux cette semaine. Cette proximité particulière avec le compositeur a créé chez moi un lien « spirituel » nouveau avec sa musique, qu’aucune écoute précédente n’avait laissé supposer. Peut-être ai-je pris la mesure de l’immense part poétique de ses compositions. Chez Dutilleux, comme en écho à Verlaine, la musique est poésie et la poésie musique ; qui se plaindrait d’une aussi belle illustration de l’évidence?… Encore, en d’autres temps, m’eût-il fallu savoir ouvrir plus que les oreilles!

Si ce billet a provoqué quelque désir chez quelque lecteur de s’approcher de l’univers musical de Dutilleux, alors qu’il ou elle n’oublie pas de tendre aussi une oreille vers le concerto pour violon titré « L’arbre des songes » et dédié au grand violoniste Isaac Stern. Que l’amateur de piano s’approche du clavier pour écouter l’unique et fameuse sonate pour l’instrument, composée en 1948 et dédiée à son épouse, Geneviève Joy. Enfin, et entre autres bonheurs musicaux, que l’amoureux des voix écoute Renée Fleming (soprano) chanter « Le temps, l’horloge », œuvre composée pour elle en 2007 sur des poèmes de Jean Tardieu, Robert Desnos et Charles Baudelaire.

Henri Dutilleux : de la vraie et belle « musique française »

« Moine et voyou »… In memoriam

Francis Poulenc (1899-1963)

Francis Poulenc (1899-1963)

30 janvier 1963 : Crise cardiaque au 5 rue de Médicis à Paris – Francis Poulenc, 64 ans, est mort! La Musique est en deuil.

30 janvier 2013 : Cinquantième anniversaire de sa disparition. Formidable occasion de faire vibrer les tympans et les cœurs de ceux qui le connaissent peu ou qui ont laissé la poussière recouvrir les enregistrements de ses œuvres.

Ici pas de biographie du pianiste-compositeur, pas plus de catalogue de ses œuvres, les navigations internautiques conduisent vers de brillants exposés, savants et fort bien documentés. Plus nombreux encore à l’occasion de cette année de célébration. – Un site de référence : poulenc.fr/

Juste le désir d’exprimer l’affectueuse sympathie que je ressens depuis toujours à l’égard de sa musique, si riche et si multiple, et d’exhorter à son écoute. Pour le plaisir ; pour la beauté. Musique de « moine » et musique de « voyou ». – Le qualificatif « moine ou voyou » qui va si bien à Poulenc, lui a été donné par un critique de l’époque pour souligner les deux aspects de son œuvre :

Musique de « voyou », pleine de fantaisie, de gaité et de provocation parfois, avec lesquelles cet amoureux de la voix et de la poésie assaisonne ses mélodies, ses nombreuses partitions pour le piano, ou sa musique de chambre. (« Humoresque » pour piano, sonates pour flûte, pour violon, pour clarinette, « Bal masqué », « Fiançailles pour rire », « Les mamelles de Tirésias » etc…).

Yvonne Printemps à la création des « Chemins de l’amour »

&

Un exemple de musique – virtuose – pour le piano : Horowitz joue le « Presto » (sans images)

&

Concerto pour orgue – 2ème mouvement – Allegro giocoso

Musique de « moine », teintée d’une profonde spiritualité, témoignage de sa foi catholique qui inspire ses compositions de musique sacrée, comme ses « Gloria », « Salve Regina », « Stabat Mater » ou « Litanies à la Vierge noire ». Et le poignant « Dialogue des Carmélites » tiré de l’œuvre de Georges Bernanos.

« Stabat Mater » – VI (Vidit suum) – Kathleen Battle (soprano) – Seiji Osawa dirige le Boston Symphony Orchestra

&

« Dialogue des Carmélites » Final – Production 1999 – Opéra du Rhin – Mise en scène : Marthe Keller 

Splendide!  ♥♥♥♥♥

Les religieuses condamnées par les autorités révolutionnaires montent à l’échafaud, une par une, Salve Regina aux lèvres. Ses sœurs exécutées, Blanche de la Force, entrée au Carmel pour chercher ses raisons d’exister, trouve enfin réponse à ses doutes et offre elle aussi son cou à la lame.

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Mais toujours musique savante, éclectique, évoluant dans des univers aussi différents que passionnants. D’apparence parfois superficielle, elle révèle volontiers à l’auditeur attentif les trésors de ses profondeurs et les subtilités de ses charmes.

Quand j’évoque Francis Poulenc, je ne peux jamais résister au souvenir de cette anecdote que me racontait souvent un de mes très chers amis, aujourd’hui disparu depuis plus de dix ans. Etudiant au conservatoire de Paris, Jean-Claude travaillait la composition avec Nadia Boulanger (excusez du peu!). Un jour qu’il était au piano et jouait pour les oreilles expertes de son professeur, attendant ses inévitables observations, Jean-Claude sentit dans son dos que quelqu’un la rejoignait, et s’interrompit. Francis Poulenc, grand ami de Nadia Boulanger venait d’arriver et s’installait à ses côtés. Soucieux de laisser les deux musiciens à leur intimité, Jean-Claude était sur le point de se retirer, mais Nadia lui laissa juste le temps de saluer l’illustre visiteur et l’invita vivement à reprendre depuis le début l’ « Allegro de concert » de Granados qu’il interprétait avant l’interruption. Sueurs froides! Jouer devant Nadia Boulanger, soit, c’était le professeur, mais devant Poulenc… l’affaire n’était pas si simple.

Je retrouvais chaque fois dans son récit, des dizaines d’années après l’évènement, la terrible émotion qui avait dû être la sienne à l’époque, et qu’il n’est pas difficile d’imaginer. Ses doigts, je crois, réussirent à ne pas trop écorcher Granados, tant bien que mal. Cette aventure ne menaça en rien son premier prix d’harmonie.

Ils parlent de Francis Poulenc…

Simon Basinger (« Cahiers Francis Poulenc ») & Marc Korovitch (Chef d’orchestre)

&

Paavo Jarvi – Directeur musical de l’Orchestre de Paris

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