« I have a dream… »

Oui, je fais ce rêve de voir et d’entendre un jour le peuple de France, conduit par la seule baguette d’un chef d’orchestre, réuni par la musique dans tous les coins du pays, autour de son unique drapeau, chanter d’un seul chœur en liesse, fier et enthousiaste,  « Tu ne marcheras plus tout seul », comme le font les anglais, ici en 2013 avec la merveilleuse Joyce Di Donato, à la fin du concert annuel des « Proms » au Royal Albert Hall de Londres. (Et ils ne chantent pourtant pas encore le « Rule Britannia », ni même le « God Save The Queen »…).

Un chant de paix, pour tous, et surtout contre personne ; loin des temples, sans ballon, sans fusil, sans victoire, sans défi, sans vengeance ; un chant, tout simplement pour chanter… ensemble.

« Seule l’utopie du futur réconforte contre le pessimisme de l’Histoire » (Elisabeth Badinter)

Le chant commence à 2’40

Mélodie extraite de la comédie musicale, « Carousel »  (Carrousel en français) de Richard Rogers et Oscar Hammerstein (1945).

Quand tu marches à travers une tempête, garde la tête haute
Et n’aie pas peur du noir
A la fin de la tempête se trouve un ciel d’or
Et le doux chant d’une alouette
Marche à travers le vent
Marche à travers la pluie
Même si tes rêves ont été ballottés et soufflés au loin
Marche, marche avec l’espoir au cœur…

Et tu ne marcheras jamais seul

Cordes et vent

Il y a toujours une magie indéfinissable, pleine d’un irrésistible charme, dans le mariage des cordes et du vent.  Sans doute, ainsi posé, le constat appellerait-il à une échappée des sens vers les harmonies imaginaires composées par le vent jouant à travers les cordes d’une immense lyre offerte à sa caresse.

Mais, plus prosaïquement, – et sans lui ôter sa part de poésie – c’est l’union sonore de deux instruments issus de familles que tout oppose, qui intéresse le propos. Association surprenante parfois, des cordes « aristocratiques », féminines, riches d’un répertoire multiple venu d’un passé ancestral, et de l’instrument à vent, plus récent, plus populaire aussi par ses origines, exigeant souvent au premier abord, plutôt le bras du soldat portant le tuba que la main gracile effleurant la viole.

Faut-il, pour témoigner de la magie de cette union, rappeler le célèbre Concerto pour flûte et harpe de Mozart, ou les moins connus, peut-être, Octuor pour cordes et vents de Schubert, ou Septuor pour cordes et vents de Beethoven?

Plus près de nous, avec le jazz (guitare et saxophone par exemple) et surtout avec les musiques sud-américaines, le mariage « cordes-vent » a produit de merveilleux arrangements aux sonorités envoûtantes. Qui résisterait aux langueurs du bandonéon d’Astor Piazzola, quand, sensuellement, les cordes du violon viennent enlacer son souffle timide exhalant sa tristesse?

Les musiciens brésiliens, eux aussi, ont merveilleusement associé ces deux univers sonores dans une multitude de fééries mélodiques et rythmiques puisées le plus souvent dans les rues et les villages. Quand deux d’entre eux, formidables instrumentistes, se rencontrent pour mêler leur virtuosité et leurs histoires musicales chargées des sourires et du soleil des deux bouts du Brésil, nous ne saurions bouder notre plaisir. Il n’est pas si fréquent de voir s’accoquiner l’accordéon et la guitare, et si l’on peut penser à priori que ce mariage ressemble fort à celui de la carpe et du lapin, c’est que l’on ne prend pas en compte l’exceptionnelle qualité de nos invités… tout simplement parce qu’on ne les pas encore entendus :

Plaisir de jouer, joie de jouer ensemble, bonheur unique de partager !

A la guitare à 7 cordes : Yamandu Costa. Virtuose très précoce, il se consacre dès ses débuts aux musiques régionales du sud du Brésil, puis s’ouvre aux autres musiciens brésiliens comme Baden Powell ou Tom Jobim avant de s’intéresser aux autres formes musicales. Il n’en adopte aucune et n’entre dans aucune catégorie.

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A l’accordéon : Dominguinhos, décédé en juillet 2013, à 72 ans. Compositeur et accordéoniste particulièrement apprécié, formé aux musiques du nord du Brésil par le maître Luis Gonzaga. Ayant été musicalement exempté des influences européennes, africaines ou indiennes, Dominguinhos a développé un style propre de « Musique populaire brésilienne », reconnu et acclamé dans le monde entier.

Robe verte et chemise rouge

Dans quelques centaines d’années, quand les paléontologues et éthologues du troisième type regarderont ces vidéos pour essayer de comprendre les comportements des humains au cours des siècles qui les auront précédés, ils auront vite fait de déchiffrer les codes de la parade amoureuse des bipèdes mammifères qui peuplaient la terre entre le XVIIème et le XXème siècles.

Il ne leur échappera pas que la femelle amoureuse devait nécessairement porter une robe verte pour exprimer son désir et exhorter le mâle à la séduire. Ils comprendront également que, pour manifester ses sentiments, le mâle devait revêtir un pantalon noir et une chemise rouge avant d’entreprendre le chant de séduction.

Et, chercheurs éminents, ils déduiront de leurs fines observations que, la parade étant identique en Italie au XVIIème siècle et au Vénézuéla au XXème – les mélodies exceptées, compte tenu d’un lien étroit avec la géographie et la langue – cette procédure constituait, évidemment, un rituel préliminaire indispensable à toute formation du couple humain en ces époques… où, par bonheur, on vibrait encore de plaisir au son de la musique populaire.

Alors, puisque nous pouvons encore prétendre à ce bonheur…

courons mettre nos robes vertes et nos chemises rouges…!

« La carpinese » – Tarentelle italienne du XVIIème

(L’Arpeggiata de Christina Pluhar – Marco Beasley ténor)

Pigliate la paletta e vae pi’ ffoco
E va’ alla casa di lu ‘nnammurato
E passa duje ore ‘e juoco.
Si mamma se n’addona ‘e chiste juoco
Dille ca so’ state falelle de foco,
E vule di’ e llà, chello che vo’ la femmena fa!
Luce lu sole quanno è buono tiempo,
Luce lu pettu tujo, donna galante
Mpietto li tieni duje pugnali argiento.
A chi li tocchi bella, nci fa santo,
E ti li tocchi je ca so’ l’amante
E ‘mParaviso jamme certamente…
E vule di’ e llà, chello che vo’ la femmena fa!
Prends la pelle et ravive le feu,
va chez ton amoureux
passe deux heures dans les jeux.
Si ta mère se fâche pour ton jeu,
dis-lui que ton visage est rouge à cause du feu.
Dis-lui ce que tu veux,
toute femme fait ce qu’elle veut
Le soleil brille lorsqu’il fait beau,
tes seins resplendissent, femme galante,
ta poitrine abrite deux poignards en argent.
Celui qui les touche, ma belle, devient un saint.
Et je les touche, moi, qui suis l’amant.
Nous irons sans doute au Paradis.
Dis-lui ce que tu veux,
toute femme fait ce qu’elle veut

« El currucha » – Chant populaire vénézuélien composé par

Juan Bautista Plaza

J’aime, j’aime ma femme à peau noire
plus que les sandales que je porte aux pieds
J’aime, j’aime ma femme à peau noire
plus que la carafe quand la soif me prend
J’aime, j’aime ma femme à peau noire
plus que le hamac et ses rêves charmants
plus que mon fidèle alezan
et les mille trophées qu’il me fait gagner.

Lorsque ma femme danse le joropo
tous ses pas résonnent en moi
pointe et talon en cadence
rythme d’une interminable quirpa.
Ses hanches en mouvement
me font perdre la raison.
Ah ses hanches en cadence
me font perdre la raison.

Si dans les yeux je regarde ma femme noire
elle rougit plus qu’un paraguatà
dont la fleur illumine toute la forêt
et attire l’abeille qui fait miel.
Si quand elle danse je la frôle
grande chaleur vient à ma tête
elle est de feu, ma femme,
et son amour me brûle et me réduit en cendres.

Joropo = musique vénézuélienne
Quirpa = danse du Vénézuéla
Paraguatà = arbre rouge (sans doute un flamboyant)