Deux pianos

deux pianos agrandis

À l’évidence la photo qui introduit ce billet n’est ni un Vermeer, ni un coucher de soleil sur la baie d’Halong. Vous vous dites qu’elle est banale et vous avez raison. Alors, sans tarder, votre œil parcourt déjà les lignes de ce billet.

Mais tout de même ! S’il vous plaît, interrompez un instant votre lecture, juste le temps de la regarder à nouveau, mais autrement :

Deux pianos :

Deux monstres mécaniques tendus à l’extrême, prêts à rugir contre la main qui les fouette mais capables de ronronner sous le frôlement feutrée qui les flatte ; deux titans de métal et de bois aussi finement réglés que deux chronomètres d’observatoire.

Deux puissants taureaux de corrida dans la minute innocente qui précède le combat où l’habileté et la finesse devraient triompher de la force brutale.

Deux amants repus, blottis l’un dans l’autre, dans l’attente des caresses expertes, audacieuses et tendres, qui déchaîneront leurs passions.

Deux pianos, pour faire oublier la superbe triomphante du maître solitaire de la scène ; pour forcer  l’égo dominateur du roi des instruments au partage équitable de son pouvoir et de sa gloire ; pour obliger enfin le despote à écouter, et suivre même parfois, soumis un instant, son semblable, son frère.

En s’accouplant le piano apprend l’humilité qui le grandit encore.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas, vaine serait cette dualité qui ne saurait conduire sur le chemin de la réunion, de la convergence, de l’unité retrouvée.

Deux pianos… Oh oui !  Mais un peu plus.

Cet « un peu plus » est caché loin, dans l’un des pianos d’un fort isolé, rempli de trésors, sous bonne garde des « Cosaques des frontières ».

En voici la clef magique !  

Un clic et…

Clef piano Steinway recadrée

Se détacher du monde… Infiniment

« Pour me détacher du monde, il me suffit de porter mon attention du côté de ce qui résonne – la vérité, la pluie sur le toit d’une voiture, les mots d’amour… ou les pianos de Mozart. »

Christian Bobin

Les mots d’amour : leur écho, de très loin venu, est trop sourd désormais, et trop profonde la déchirure de mes entrailles pour que s’en forment de nouveaux.

La pluie : mes vieilles articulations rouillées ne l’apprécient guère ; elle fait languir mon âme comme un ver de Verlaine, et aux toits des voitures, depuis longtemps je préfère celui, « tranquille, où marchent des colombes ».

Quant à la vérité, la sagesse des années m’a appris à ne plus la chercher ailleurs qu’en moi-même, ce qui ne signifie en rien que je l’ai trouvée, ni que je la rencontrerai, ni même que je continuerai de courir sur le chemin des chimères…

Mais il me reste, Ô bonheur! pour me détacher du monde, porteurs de grâce et d’espoir, résonnant tout à la fois comme des mots d’amour, comme le rythme multiple de la pluie et comme l’éternelle vérité, les pianos de Mozart… Tous!

Infiniment!

Si, comme Alice son lapin, vous acceptez de me suivre pour un petit voyage sur la toile, dans cet univers magique des pianos de Mozart, nous aborderons des mondes merveilleux « faits d’astres et d’éther ».

Et d’abord celui-ci, tout entier chargé de fraîcheur juvénile et de belle espérance sous les doigts frêles de la gracieuse petite Sora :

Dans cette bulle de cristal, votre oreille sera bercée par les doux mots d’amour qu’en un chant susurré une divinité d’un souffle fera voler vers vous, sans que jamais, pourtant, la passion ne s’éteigne  :

Mollement engourdi sur le velours lustré d’un profond canapé, à l’abri, près d’une flamme pourpre, vous vous amuserez à écouter la pluie capricieuse changer ses rythmes entre les colères de l’orage :

Et enfin, recueilli comme pour recevoir une bénédiction, vous vous blottirez, heureux, dans la lumineuse vérité de la musique d’un ange :

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Les pianos de Mozart… Infiniment