S’entendre…

Écouter pour entendre. S’écouter pour s’entendre. S’entendre et communier !

Il ne faut que quelques mesures à ces deux là pour nous en faire une démonstration des plus convaincantes. Dès lors, toute l’attention qu’ils capteront de nous ne sera qu’admiration, plaisir, délectation. De l’œuvre évidemment –  le Maître Beethoven n’est pas étranger à la chose – mais aussi, et sans l’ombre d’un doute, de l’accord parfait entre un violon et un piano qui s’observent respectueusement, se répondent avec la pertinence de la délicatesse et se rejoignent dans la lucidité de la nuance. Ils s’émeuvent l’un l’autre de leur dialogue dans lequel aucun d’eux, jamais, ne prétend imposer à son vis-à-vis la pertinence de son discours par la puissance de ses moyens. Communier dans la musique : une leçon de perfection !

Comme d’ailleurs la totalité de l’enregistrement des 10 sonates pour violon et piano de Beethoven qu’ont gravé il y a quelques mois Isabelle Faust et Alexander Melnikov, deux jeunes musiciens d’exception, deux formidables complices, qui rivalisent dans cette œuvre incontournable avec les plus mémorables duos de l’histoire, tels que Clara Haskil /Arthur Grumiaux, Martha Argerich / Gidon Kremer, Vladimir Ashkenazy / Itzak Perlman, ou encore le duo d’anthologie Pierre Barbizet / Christian Ferras, et les surpassent peut-être ici.

Smoking et robe de cérémonie sont restés au fond de la penderie. Un jean, une chemise, un pull, le silence intime et religieux d’un studio de travail et la musique, rien que la musique…

Beethoven : Sonate violon et piano  Op.12 – N°2

2éme mouvement : Andante, più tosto Allegretto

Isabelle Faust joue le Stradivarius de 1702  « Belle au bois dormant » 

Beethoven sonates violon

La perfection

"Derrière le rien il y a tant de choses"

« Derrière le rien il y a tant de choses »

La perfection au Japon est un chemin de vie, un nécessaire aboutissement du travail de l’être dans sa quête de lui-même.  Chacun ayant appris que le but c’est d’abord le chemin.

Cette anecdote, vécue et relatée il y a une vingtaine d’années par un industriel français dont le nom m’échappe, en est un bel exemple. La voici :

A l’occasion d’un voyage au pays du soleil levant, pour traiter certaines affaires, ce chef d’entreprise, passionné d’arts martiaux, et judoka lui-même de haut niveau, souhaite profiter des loisirs que lui permet son séjour pour visiter le dojo d’un grand Maître. Rendez-vous est pris, et notre homme est conduit chez son hôte.

Il y est reçu avec toute la déférence traditionnelle japonaise, et ne se trouve en rien surpris par l’image ancestrale du Maître qui l’accueille : un vieil homme à barbichette blanche, plutôt petit, crâne dégarni cerclé d’une couronne de cheveux gris, posture droite, regard direct dans lequel aucune émotion n’est discernable ; sa démarche est souple et légère comme celle d’un adolescent.

La visite commence. Dans le dojo, le silence pèse son poids de respect et de concentration, à peine troublé par le sifflement des pas glissés ou le frottement des kimonos. Parfois un cri soudain, puissant et court, ou le claquement sec d’un pied nu sur le parquet en déchirent l’épaisse toile. La simplicité et la propreté des lieux forcent au travail et incitent à la recherche de l’inatteignable absolu.

Chaque disciple effectue, seul ou face à un « adversaire », des mouvements lestes et légers à la recherche de la puissance et de la précision. Un ballet noble et guerrier dans lequel chaque geste a sa raison d’être. Même quand une erreur saute à l’œil du Maître en permanent éveil, rien en lui ne manifeste, il demeure imperturbable.

Aucun mot n’a été prononcé pendant toute la durée de la visite, respect du dojo oblige. Sorti du « temple », l’hôte français est au sommet de l’admiration, transporté par ce qu’il a vu et qu’il ne reverra peut-être plus. Il s’exclame du fond de sa sincérité :

– « Maître, c’est extraordinaire, c’est remarquable ! La perfection ! »

Alors le Maître, sans se départir de son calme légendaire, avec ce qui pourrait passer pour un semblant de sourire, lui répond :

– « C’est bien là ce qui m’ennuie, jeune homme… La perfection ne se remarque pas. »

Sur cette vidéo, le Maître est chinois, moine shaolin, il a 95 ans…

Rappel préalable avant tout essai personnel : « ce qui est dur et sec casse! »