Sensualité + Passion = Tango

Ce soir, Madame, après vous être glissée dans votre robe de geai, fendue à mi-hauteur de la  cuisse droite, après avoir sensuellement caressé plusieurs fois le galbe de vos mollets pour vérifier la parfaite tension de la soie qui les pare, vous enfilerez vos chaussures favorites, les escarpins rouges au talon suffisamment haut pour flatter vos postures, mais pas trop pour ne pas nuire à l’équilibre de vos pas. Face à vous-même, vous frotterez une dernière fois le bâtonnet rouge sang, sur la pulpe de vos lèvres que vous roulerez l’une contre l’autre pour en égaliser le vernis. Fiers et certains du charme provocant qui troublera votre entourage, vos yeux, avant de quitter le miroir de l’entrée, adresseront à leur reflet brillant un éclat complice, mi-trouble, mi-sourire.

Il ne vous restera plus qu’à demander au chauffeur de taxi de vous déposer dans le quartier de Boedo à la « Esquina Homero Manzi », à Buenos Aires, évidemment.

Vous allez danser le Tango.

Embrumée dans les fumées odorantes des cigarettes, n’attendez pas que je vienne vous inviter en me penchant vers vous, veste boutonnée. De loin, à la façon traditionnelle des machos, je vous fixerai du regard jusqu’à rencontrer le vôtre. Alors, d’un discret mouvement de tête, le « cabeceo », je vous proposerai d’être ma cavalière ; ne détournez pas les yeux, je comprendrai que nous avons rendez-vous sur la piste de danse.

Là, nous abandonnerons nos deux corps enlacés au rythme lancinant du violon et du bandonéon. Fébriles, nos sens conduiront nos pas dans une marche éperdue de l’un vers l’autre, symétrie simultanée, recherche impudique et fuite effrayée de deux amants putatifs et narcissiques.

Nous allons danser le Tango.

Dieu?… ou Bach?

« Sans Bach, la théologie serait dépourvue d’objet, la Création fictive, le néant péremptoire ».

« S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu. »


Emile-Michel Cioran (1911-1995)  in « Syllogismes de l’amertume » -1952

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Extrait de l’oratorio « Matthäuspassion » (Passion selon Saint-Matthieu) – J.S. Bach

Prends pitié de moi, Seigneur
Voici mes larmes,
Vois, mon cœur et mes yeux
pleurent amèrement devant toi
Prends pitié de moi, Seigneur.

Delphine Galou, contralto – François-Marie Drieux, violon solo – Ensemble Les Siècles, François-Xavier Roth (direction)

« La valeur n’attend pas le nombre des années. »

Duende

« Être flamenco c’est avoir une autre chair, une autre âme, d’autres passions, une autre peau ; c’est avoir une autre vision du monde, c’est posséder le destin dans la conscience, la musique dans les nerfs, la fierté dans l’indépendance, la joie dans les larmes ; c’est la peine, la vie et l’amour porteurs d’ombres. Être flamenco c’est haïr la routine castratrice ; c’est enfin s’imbiber dans le cante, dans le vin et dans les baisers.»    Tomas Borras

Estrella Morente et Juan Habichuela

« Son triomphe était le flamenco. Quelle danse, Monsieur ! Quelle tragédie ! C’est toute la passion en trois actes : désir, séduction, jouissance ».   Pierre Louÿs – « La femme et le pantin »