Les chants des hommes

Leurs chants sont plus beaux que les hommes,
plus lourds d’espoir,
plus tristes,
plus durables.
Plus que les hommes j’ai aimé leurs chants
J’ai pu vivre sans les hommes
jamais sans les chants ;
il m’est arrivé d’être infidèle
à ma bien aimée,
jamais au chant que j’ai chanté pour elle ;
jamais non plus les chants ne m’ont trompé.

Quel que soit leur langage
j’ai toujours compris tous les chants.

En ce monde,
de tout ce que j’ai pu boire
et manger,
de tous les pays où j’ai voyagé,
de tout ce que j’ai pu voir et entendre,
de tout ce que j’ai pu toucher et comprendre,
rien, rien
ne m’a rendu jamais aussi heureux
que les chants.
Les chants des hommes.

Nazim Hikmet - 1902-1963

Nazim Hikmet – 1902-1963

  Poème écrit le 20 septembre 1960

Nazim Hikmet (in « Il neige dans la nuit » – Poésie Gallimard)

A la frontière du dedans et du dehors…

… Pas totalement dedans… mais surtout pas dehors !

Antonello de Messine - Saint Jérôme

Antonello de Messine – Saint Jérôme

 

XII – 8    

Il dessinait partout des fenêtres.
Sur les murs trop hauts,
sur les murs trop bas,
sur les parois obtuses, dans les coins,
dans l’air et jusque sur les plafonds.
Il dessinait des fenêtres comme s’il dessinait des oiseaux.
Sur le sol, sur les nuits,
sur les regards tangiblement sourds,
sur les environs de la mort,
sur les tombes, les arbres.

Il dessinait des fenêtres jusque sur les portes.
Mais jamais il ne dessina une porte.
Il ne voulait ni entrer ni sortir.
Il savait que cela ne se peut.
Il voulait seulement voir : voir.

Il dessinait des fenêtres.
Partout.

Roberto Juarroz –   » Poésie verticale « 

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