2019 : Sourire – Amour – Paix. Dans l’ordre qu’on voudra !

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

2019 : Sourire – Amour – Paix. Dans l’ordre qu’on voudra !

Meilleurs vœux  !

Comment, sans une dose certaine d’exagération, une pincée d’outrance, et un zeste d’angélisme, mes vœux pour ce début d’année résisteraient-ils à l’inéluctable érosion que ne manqueront pas d’infliger à leur réalisation les onze mois qui les suivent ? 

Aucun excès, en tout cas, ne saurait retrancher la moindre fraction à la sincérité qui les inspire.

Alors :

Ψ –  Puissions-nous entonner chaque jour de … (Carolyn Sampson – soprano)

Ψ –  Puisse cette nouvelle année, Mesdames…    (Anna Tikhomirova – ballerine)

Ψ –  Enfin, et surtout, puissions-nous tous…         (Bill Evans – piano)

Lire, voir, écouter la suite . . .

Joyeux Noël 2014

Noël

Quels meilleurs messagers de paix que Jean-Sébastien Bach et sa musique céleste pour transmettre à tous les vœux de Noël des « Perles d’Orphée » ?

Puisse chacun trouver dans cette aria angélique de cette cantate profane (« La chasse »), composée pour égayer les banquets du soir après la chasse, et fêter les princes qui les organisaient, la joyeuse sérénité qu’elle évoque et qui sied si bien au temps de Noël !

 Joyeux Noël !     Merry Christmas !

Schafe können sicher weiden,
Wo ein guter Hirte wacht.
Wo Regenten wohl regieren,
Kann man Ruh und Friede spüren
Und was Länder glücklich macht.

Les brebis peuvent paître en sécurité
Là où un bon berger veille.
Là où les souverains gouvernent avec sagesse,
On peut goûter le calme et la paix
Et c’est ce qui rend un pays heureux.

&

Les agapes de Noël terminées, les enfants épuisés de bonheur enfin endormis, les convives tous repartis ou couchés, tous repus et comblés, un dernier répit avant le sommeil de la nuit serait bienvenu, n’est-ce pas ?

Alors pourquoi ne pas s’asseoir quelques instants devant son piano et retrouver entre ses doigts la douce mélodie de cette aria, telle que l’a transcrite pour l’instrument, avec un tempo plus recueilli, le pianiste Egon Petri dans les années 50 ?

Et si l’on ne retrouve plus la clef du piano… voici une solution de remplacement. – A utiliser aussi d’ailleurs, même si, couvercle levé, le clavier offre impudiquement ses touches… Ce père Noël là – miraculé de la main droite – fait joliment chanter les cordes.

Chacun le sait, chacun le dit

« Les guerres finissent toujours par là où elles auraient dû commencer :
                                                                                                                    par un traité de paix. »

Cette phrase, frappée au coin du bon sens, nous, les étudiants de la « Villa Passiflore » – joli nom pour une faculté de Droit, n’est-ce pas ? – qui assistions chaque fois avec un même plaisir  au cours de Droit International Public de René-Jean Dupuy, nous ne pouvons pas l’avoir oubliée. Elle était devenue nôtre, reprise sur tous les tons comme un leitmotiv par notre professeur qui enseignait depuis longtemps comment la force de l’esprit fait plus pour la paix que la poudre des canons, et l’humour, pour la connaissance, plus que l’air docte et renfrogné des petits maîtres. Hommage soit ici rendu à cet humaniste qui n’a cessé, sa vie durant, d’éclairer de cette même lumière bien des chemins au sommet des nations pour que les hommes se rejoignent.

Le 11 novembre 1918, après l’horreur des combats, l’atroce souffrance des hommes et la ruine des vies et des peuples, l’Armistice est signé qui met fin à une œuvre de destruction massive sans équivalence jusque là dans le palmarès démoniaque de l’Homme : La Première Guerre Mondiale, commencée 4 ans plus tôt, il y a 100 ans maintenant.

« Chacun le sait, chacun le dit » :

Ne pas oublier, ne pas recommencer, même si pourtant… Hélas !

Se souvenir que lorsque se tait le canon on peut entendre les hommes chanter…

. . .

Écoutez !

Là-bas, au campement, Marie, la vivandière, « La fille du régiment », ouvre le feu… d’artifice à la gloire du « Vingt-et-unième » (Non, pas le siècle, c’est trop tôt… le régiment !)

Qu’importe, après tout que Donizetti ait composé son œuvre en 1839, et que ses soldats soient des grenadiers tyroliens ayant adopté une jeune orpheline. L’opéra, tout de même, a été écrit à Paris ! Il est gai et bon-enfant, et il finit bien.

Mais l’Histoire est sauve : le metteur en scène Laurent Pelly, pour cette version formidable de 2007, au Covent garden de Londres, a transposé l’action dans un camp de poilus, en tenue bleu horizon, évidemment. Alors vive la Paix !

Et vive le Vingt-et-unième !…. Siècle, bien-sûr !

Puisse le chant des hommes retentir toujours plus fort que les tonnerres de leurs artilleries… pour, un jour – qui sait ? –  les étouffer à jamais !

Que chacun le sache, que chacun le dise !

HD disponible – Roue dentelée en bas à droite après départ de la vidéo

Chacun le sait, chacun le dit,
Le régiment par excellence
Le seul à qui l’on fass’ crédit
Dans tous les cabarets de France…
Le régiment, en tous pays,
L’effroi des amants des maris…
Mais de la beauté bien suprême!
Il est là, il est là, il est là, morbleu!
Le voilà, le voilà, le voilà, corbleu!
Il est là, il est là, le voilà,
Le beau Vingt-et-unième !

Il a gagné tant de combats,
Que notre empereur, on le pense,
Fera chacun de ses soldats,
A la paix, maréchal de France!
Car, c’est connu le régiment
Le plus vainqueur, le plus charmant,
Qu’un sexe craint, et que l’autre aime.
Il est là,il est là,il est là,morbleu!
Le voilà, le voilà, le voilà, corbleu!
Il est là, il est là, le voilà,
Le beau Vingt-et-unième !

Apprendre

Water is taught by thirst

Land – by the ocean passed

Transport – by throe –

Peace -by it’s battle told –

Love, by Memorial Mold

Birds, by the snow

Emily Dickinson (1830-1886)

Emily Dickinson (1830-1886)

On apprend l’eau – par la soif

La terre – par les mers qu’on passe

L’exaltation – par l’angoisse –

La paix – en comptant ses batailles –

L’amour – par une image qu’on garde

Et les oiseaux – par la neige

Minuit une : le temps des voeux

Excellente Année 2014 !

La tête doucement penchée
comme le front d’un frêle enfant,
la dextre offerte
à l’offrande d’en haut,
l’autre en survol
sur un sol nourricier
et patient,
il tourne,
il tourne et tourbillonne,
continûment,
léger, fluide,
aile gracile caressant le nuage,
obstinément,
rêvant de réunir les deux extrémités
de son infinie
verticalité.

Sur sa robe chamarrée des couleurs
de nos différences
et de nos divisions
se fond et se confond
en une infinité ternaire
le nuancier de nos identités
jusqu’à se dissiper
unifié
dans la blanche paix
des espérances exaucées.

Puisse 2014, à l’instar du « sema » de ce derviche, vous emporter dans son tourbillon entre Esprit et matière, sur le chemin de cette paix indispensable à tous les bonheurs que je vous souhaite!

« Serait-ce déjà la mort? » (Ist dies etwa der Tod?)

Si, lors de mes derniers instants en ce monde, mon vœu secret se voyait exaucé, je continuerais certainement à vivre encore au moins une très longue vie. Parce que j’aurais tout simplement souhaité ne pas partir sans avoir écouté une fois encore les musiques que j’aime…

Et quand enfin la baguette du chef d’orchestre se lèvera pour le dernier andante, à l »heure de tous les accomplissements » – c’est ainsi que Rilke appelle le crépuscule du soir –  les musiciens, au rythme langoureux d’une voix haute et belle, emporteront, en un cortège de lumières tendrement rougeoyantes, l’ultime clignement de ma paupière vers le soleil couchant.

« Im abendrot « 

Splendeur parmi les splendeurs de la musique que forme la série des « Quatre derniers lieder »  de Richard Strauss, « Im abendrot «  (Au soleil couchant), est un hymne à la nuit, chant serein, hommage lucide et élégiaque à la marche inexorable de la lumière vers les ténèbres et acceptation tranquille de l’inéluctable finitude. Peut-on rêver plus bel adieu?

Richard Strauss (1864-1949)

Richard Strauss (1864-1949)

Première composition de cette série de lieder, ce lied, écrit sur un poème de Joseph von Eichendorff entre la fin de l’année 1946 et le début 1947, fut suivi jusqu’à mi 48 de trois autres mélodies sur des poèmes de Herman Hesse (Frühling – printemps – , Beim Schlafengehen – l’heure du sommeil – , September – septembre). La réunion de ces lieder en ce qu’il est convenu d’appeler un « cycle » n’est donc pas la conséquence de l’homogénéité thématique de ces poésies. La raison de ce regroupement réside plutôt dans la fascination que toujours la voix a exercée sur Richard Strauss, et dans la palette de couleurs qu’utilise le compositeur pour la flatter encore. Voix qu’il a servie sans trêve sa vie durant, et à qui il confie le rôle ultime de messager de ses adieux. Adieu au monde. Adieu à lui même.

Richard Strauss décède en septembre 1949. Les « Vier letzte Lieder » peuvent être considérés comme son testament musical.

Gilles Pressnitzer – dont je ne saurais que trop recommander l’article poétique, très justement et joliment sous-titré « La dernière hypnose du vieil enchanteur », qu’il consacre à cette œuvre,  dit à propos des « Quatre derniers lieder » :

« Richard Strauss a su dans l’écrin diaphane d’un orchestre, entre murmure et quasi-invisibilité, faire monter comme un chant d’alouette, une voix qui plane en tournoyant au-dessus du pauvre monde d’ici-bas. »

Autant de versions, autant de magnifiques voix – les plus grandes sans exception – autant de reflets projetés sur ces linceuls diaphanes qui s’enroulent autour de la lumière finissante. Autant de filtres ensorceleurs pour doucement tamiser les ultimes rayons de l’astre qui se meurt. Comment faire un choix qui, à chaque instant, présente mille raisons d’être et de n’être pas, autrement qu’en laissant la décision au seul cœur ému.

Noble et profonde émotion, née dès les premières mesures dans l’envolée lyrique de l’orchestre complet, et qui se continue bien après la musique, toute entière rassemblée dans le silence méditatif des dernières secondes suspendues où résonnent encore dans nos poitrines, comme un écho d’éternité, les mots de la question :

 » Ist dies etwa der Tod?  » (Serait-ce déjà la Mort?)

« Im abendrot » :

Soprano : Anjas Harteros – Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Myung-Whun Chung – Enregistrement au Festival de Saint-Denis 2010

Im abendrot

Dans la peine et la joie
Nous avons marché main dans la main ;
De cette errance nous nous reposons
Maintenant dans la campagne silencieuse.

Autour de nous les vallées descendent en pente,
Le ciel déjà s’assombrit ;
Seules deux alouettes s’élèvent,
Rêvant dans la brise parfumée.

Approche, laisse-les battre des ailes ;
Il va être l’heure de dormir ;
Viens, que nous ne nous égarions pas
Dans cette solitude.

Ô paix immense et sereine,
Si profonde à l’heure du soleil couchant!
Comme nous sommes las d’errer !
Serait-ce déjà la mort ?

(La traduction est empruntée à l’article de Gilles Pressnitzer déjà cité)

♦♦♦

Petite toilette de l’âme…

Venez, accompagnez-moi, rejoignons ces milliers de personnes et entrons avec elles, les yeux fermés pendant cinq minutes, dans cette « méditation ». Faisons un instant, ensemble, un brin de toilette à nos âmes.

Laissons-nous pénétrer par cette paix que chaque vibrato du violon instille jusqu’au fond de nos cœurs. Seule la musique possède ce pouvoir de rassembler et d’unir.

Quand elle atteint à ce paroxysme…

Cette vidéo est extraite de l’enregistrement du concert donné en 2006 à la « Berliner Waldbühne » –  Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Neeme Jarvi – Au violon Janine Jansen

La Méditation de Thaïs :

Massenet

Jules Massenet (1842-1912)

Jules Massenet, en 1893, compose « Thaïs », un opéra en trois actes d’après un roman de Anatole France.

Au IVème siècle, à Alexandrie, un moine cénobite, Athanaël, s’engage à convertir au christianisme Thaïs, courtisane tout entière tournée vers le culte de Vénus. Sa démarche aboutit et Thaïs rejoint un couvent d’où elle ne sortira que par sa mort quelque temps plus tard, comblée par sa propre rédemption. Athanaël comprendra que son attirance pour la belle n’était guidée que par ses sens, et reniera sa foi.

A l’acte II, au milieu de l’opéra, Athanaël se rend compte de la force de ses pulsions charnelles qui sape la foi qu’il affichait,  alors que Thaïs, courtisane livrée à l’ivresse des passions, affirme, dans un élan contraire, son renoncement au monde, délivrée désormais des contingences terrestres.

C’est à ce point capital de l’opéra, au moment  où les destinées des deux personnages s’inversent dans une symétrie dramatique, que le violon solo joue la « Méditation religieuse » devenue la « Méditation de Thaïs » quand cette pièce a été reprise, bien souvent, en concert, en dehors du contexte théâtral.