Autour de minuit… Un soir de match

Mal aux cuisses pour avoir tant de fois, pour rien, jailli hors de son fauteuil, convaincu que ce serait le but.

Cassée la voix, gorge douloureuse. Combien d’exhortations, d’encouragements, de vociférations qui jamais n’ont suffi à pousser le ballon dans les filets adverses ? Combien d’invectives lancées vers ce défenseur aux crampons trop facilement dressés ou vers cet arbitre paresseux du sifflet ? Combien d’appels restés vains vers ce sourd entraîneur qui ferait bien pourtant d’écouter nos conseils d’experts ?

Un peu trop bu, peut-être ! Il est agréable le vin rosé bien frais des soirs d’été ; les amandes et les biscuits salés en redemandent sans cesse.

Et la chaleur de juillet sous la tonnelle, et la passion que l’on partage. Et les amis enthousiastes et bruyants devant l’écran qui nous rassemble. Et puis Léa, le sourire aux couleurs nationales, téton patriotique fièrement pointé sous le maillot de l’équipe, la plus zélée des supporters, et la plus belle aussi…

Enfin mille commentaires de spécialistes, cent explications pertinentes, dix avis péremptoires, et la nuit brésilienne commence à peser sur nos paupières. L’heure est venue où l’on doit recomposer le monde. Seul ou presque ! Blotti, vautré même, dans un confortable fauteuil.

Un trio d’excellents musiciens de jazz a décidé de jouer un air de Antonio Carlos Jobim, Brésil oblige. Qui s’en plaindrait ?

O merveille ! Shirley Horn au piano, Steve Williams à la batterie et Charles Ables à la guitare basse. Le jazz ne peut être mieux servi. Le thème :  « Corcovado ».

Vite, fermons les yeux ! Surtout fermer les yeux dès les premiers accords, et lâcher tout, la magie du voyage n’en sera que plus grande…

Il paraît que cette vidéo est l’une des plus jouées au Paradis.

Entre les mailles de mes cils, j’aperçois là-bas, très haut, sur le « Corcovado » dominant la baie de Rio de Janeiro, un immense footballeur debout, les bras largement écartés pour contrôler la Terre dans un formidable amorti de la poitrine, avant de l’envoyer immanquablement, d’un tir puissant, dans la lucarne du but gardé par le Diable, rouge de honte d’avoir manqué l’arrêt, sous les clameurs de la foule déchaînée. Et sans que personne d’ailleurs, parmi ceux qui la composent, ne cherche à savoir ce qu’il adviendra du pauvre ballon…

Sacré joueur ! Faut dire qu’il s’entraîne depuis tellement longtemps, là-haut… sur le mont « bossu ».

Corcovado