Se détacher du monde… Infiniment

« Pour me détacher du monde, il me suffit de porter mon attention du côté de ce qui résonne – la vérité, la pluie sur le toit d’une voiture, les mots d’amour… ou les pianos de Mozart. »

Christian Bobin

Les mots d’amour : leur écho, de très loin venu, est trop sourd désormais, et trop profonde la déchirure de mes entrailles pour que s’en forment de nouveaux.

La pluie : mes vieilles articulations rouillées ne l’apprécient guère ; elle fait languir mon âme comme un ver de Verlaine, et aux toits des voitures, depuis longtemps je préfère celui, « tranquille, où marchent des colombes ».

Quant à la vérité, la sagesse des années m’a appris à ne plus la chercher ailleurs qu’en moi-même, ce qui ne signifie en rien que je l’ai trouvée, ni que je la rencontrerai, ni même que je continuerai de courir sur le chemin des chimères…

Mais il me reste, Ô bonheur! pour me détacher du monde, porteurs de grâce et d’espoir, résonnant tout à la fois comme des mots d’amour, comme le rythme multiple de la pluie et comme l’éternelle vérité, les pianos de Mozart… Tous!

Infiniment!

Si, comme Alice son lapin, vous acceptez de me suivre pour un petit voyage sur la toile, dans cet univers magique des pianos de Mozart, nous aborderons des mondes merveilleux « faits d’astres et d’éther ».

Et d’abord celui-ci, tout entier chargé de fraîcheur juvénile et de belle espérance sous les doigts frêles de la gracieuse petite Sora :

Dans cette bulle de cristal, votre oreille sera bercée par les doux mots d’amour qu’en un chant susurré une divinité d’un souffle fera voler vers vous, sans que jamais, pourtant, la passion ne s’éteigne  :

Mollement engourdi sur le velours lustré d’un profond canapé, à l’abri, près d’une flamme pourpre, vous vous amuserez à écouter la pluie capricieuse changer ses rythmes entre les colères de l’orage :

Et enfin, recueilli comme pour recevoir une bénédiction, vous vous blottirez, heureux, dans la lumineuse vérité de la musique d’un ange :

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Les pianos de Mozart… Infiniment

Oeuf de Pâques lumineux

Oeufs de PâquesDans les œufs de Pâques aussi on peut trouver des perles… de lumière.

Voici celle que j’ai eu le bonheur de découvrir ce dimanche.

Éteints les projecteurs et les fastes des grandes salles de concert ; oubliés les vitraux colorés et les échos profonds des cathédrales emphatiques. Juste une voix, « La » voix, captée dans sa simple vérité, pendant la répétition, volée à l’intimité du travail des artistes.

Nathalie Dessay (soprano) et Louis Langrée (chef d’orchestre) réunis autour de la Messe en Ut mineur de Mozart, filmés par une caméra discrète. C’est un extrait de la deuxième partie du Credo – « Et incarnatus est » – mouvement central de cette grande messe, conçue comme une cantate, et sans doute, bien qu’il ne la terminât pas, une des plus belles compositions du Maestro.

Sacrée ou profane, la lumière peut emprunter bien des chemins pour pénétrer en nous. Seul importe qu’elle atteigne le cœur.

Reines ! O mes Reines !

Quand la reine est aussi charmante et qu’elle veut un baiser…  qui résisterait ?

Patricia Petibon interprète Cléopâtre dans l’opéra de Antonio Sartorio, « Giulio Cesare in Egitto » (1676)

La « Reine de la nuit » est elle moins dangereuse en plein jour ?

Patricia Petibon enregistre avec le Concerto Köln sous la baguette de Daniel Harding, l’air de la Reine de la nuit, « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen » extrait de « La flûte enchantée » de Mozart.

Est-il plus douce reine que la mère qui berce son enfant ?

Patricia Petibon, chante Salle Pleyel, « Cancion de cuna » (Chanson du berceau), de Xavier Montsalvage – éminent compositeur catalan du XXème siècle.

Les hommes sensibles

Les hommes doués d’une sensibilité excessive, jouissent plus et souffrent plus que les natures moyennes et modérées.
J’ai participé à ces excès d’impressions, dans la mesure de mon organisation.
Ceux qui sentent plus, expriment plus aussi. Ils sont éloquents, ou poètes.
Leurs organes paraissent faits d’une matière plus fragile mais plus sonore que le reste de l’argile humaine.
Les coups que la douleur y frappe y résonnent et propagent leurs vibrations dans l’âme des autres.
La vie du vulgaire est un vague et sourd murmure du cœur.
La vie des hommes sensibles est un cri.
La vie du poète est un chant.

A. De Lamartine

Musique : Mozart – « Marche turque » – Arrangement & interprétation Arcadi Volodos