Se souvenir

Louis Lottier - Vue générale de Beyrouth depuis Wadi Abou Jémil - 1860

Louis Lottier – Vue générale de Beyrouth depuis Wadi Abou Jémil – 1860

En montagne libanaise

Se souvenir – du bruit du clair de lune,
lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,
et que traîne le vent,
dans la bouche rocheuse des Monts Liban.

Mustapha Farroukh - Village de Zouk et Harissa - 1955

Mustapha Farroukh – Village de Zouk et Harissa – 1955

Se souvenir – d’un village escarpé,
posé comme une larme au bord d’une paupière ;
on y rencontre un grenadier,
et des fleurs plus sonores
qu’un clavier.

Mustapha Farroukh - Village de Kabb Elias 1936

Mustapha Farroukh – Village de Kabb Elias 1936

Se souvenir – de la vigne sous le figuier,
des chênes gercés que Septembre abreuve,
des fontaines et des muletiers,
du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

Mustapha Farroukh - Maison Sud Liban 1932

Mustapha Farroukh – Maison Sud Liban 1932

Se souvenir – du basilic et du pommier,
du sirop de mûres et des amandiers.
Alors chaque fille était hirondelle,
ses yeux remuaient, comme une nacelle,
sur un bâton de coudrier.

Mustapha Farroukh - Petit déjeuner libanais - 1946

Mustapha Farroukh – Petit déjeuner libanais – 1946

Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,
des sentiers qui mènent au bout du nuage,
du chant de l’Islam, des châteaux croisés,
et des cloches folles, du mois de juillet.

Mustapha Farroukh - Atour de Sidon - 1955

Mustapha Farroukh – Atour de Sidon – 1955

Se souvenir – de chacun, de tous,
du conteur, du mage, et du boulanger,
des mots de la fête, de ceux des orages,
de la mer qui brille comme une médaille,
dans le paysage.

Mustapha Farroukh - Village sur le Mont Liban 1945

Mustapha Farroukh – Village sur le Mont Liban 1945

Se souvenir – d’un souvenir d’enfant,
d’un secret royaume qui avait notre âge ;
nous ne savions pas lire les présages,
dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,
sur les Monts Liban.

Mustapha Farroukh - Village de Kabb Elias 1934

Mustapha Farroukh – Village de Kabb Elias 1934

                                                        Poème de Nadia Tueni (Baakline 1935 – Beyrouth 1983)

Illustration musicale :

Los Paxaricos (Isaac Levy I.59) – Maciço de Rosas (I.Levy III.41) – Jordi Savall