Des moulins dans la tête…

Récemment, j’ai surpris une de mes chères amies en grande conversation avec mon médecin. J’ai même clairement entendu leurs propos et me demande encore si je n’étais pas le sujet de leur entretien. Mais la réponse est toujours contenue dans la question, n’est-ce pas ?

– Son cas est-il vraiment grave, Docteur ?

– Désespéré, Madame ! Aucun espoir de guérison, seules quelques courtes rémissions, peut-être…

– Mais de quoi souffre-t-il exactement ?

– Le syndrome de Thomas Crown : en grandes lignes :

  • Incapacité addictive de résister au plaisir de regarder en boucle le film de Norman Jewison depuis sa sortie en 1968.
  • Chantonnement ou sifflotement incontrôlé et quasi permanent de la musique du film, « The windmills of your mind ».
  • Transport amoureux chronique à chaque vision de Faye Dunaway.
  • État corrélatif de schizophrénie par identification onirique au personnage principal, Thomas Crown.

– Vous voulez dire qu’il a des « moulins dans la tête »…? Un traitement possible, Docteur ?

– C’est à peu près ça ; une satanée « affaire » !  Pas de remède à ce jour, mais surtout ne pas le priver de ce plaisir. Pour l’immédiat, on pourrait essayer ce mixage récent très réussi, images noir et blanc du film montées sur une interprétation superbement sensuelle de la chanson de Michel Legrand par Alison Moyet. N’hésitez pas à regarder aussi la vidéo, ça ne peut vous faire que du bien.

– D’accord Docteur !

– Voilà ! Pardonnez-moi d’écourter notre entretien mais mon épouse m’attend devant le cinéma… Nous allons voir « L’Affaire Thomas Crown »… Le remake ! L’original, nous l’avons déjà vu au moins une bonne centaine de fois.

La nuit 4 – La hauteur de la lune

La lune, « comme un point sur un i » disait Alfred de Musset…

Mais à quelle hauteur le point au dessus du i ?

Toujours on a eu l’impression
Que cet objet astronomique
Était à portée de la main
Familier, mélancolique.

Raymond Queneau

Et si la réponse était dans la fumée d’une cigarette qui, bercée par un souffle d’ange depuis l’ivoire d’un piano, virevolte jusqu’à la lune au rythme de la mélancolie…

How high the moon, Ella

Somewhere there’s music
How faint the tune
Somewhere there’s heaven
How high the moon

There is no moon above
When love is far away too
Till it comes true
That you love me as I love you

Somewhere there’s music
It’s where you are
Somewhere there’s heaven
How near, how far

The darkest night would shine
If you would come to me soon
Until you will, how still my heart
How high the moon

Ou alors, qui sait, dans la danse fusionnelle et endiablée d’un archet avec les cordes d’un violon…

How high the moon, Stéphane

L’affaire Thomas Crown

Thomas Crown affiche

Quel film!

1968 (eh oui, j’étais vraiment plus jeune). Les rues de Paris étaient animées…

Faye Dunaway – Steve Mc Queen – Réalisation de Norman Jewison – Musique de Michel Legrand.

Déjà vu mille fois, et chaque fois avec le même plaisir. J’attends chaque image, chaque clignement de cils, chaque note de musique. Je sais à la seconde près le plan suivant et quand il survient, toujours la même surprise; la séduction est totale, le rêve intact. Ce film me rend fidèlement, à chaque projection, mes émotions de jeunesse. Il a 45 ans! Quarante cinq ans!…

La partie d’échecs : une des plus belles scènes d’amour du cinéma. Décor, ambiance, situation ambigüe,  irrésistible attirance de deux êtres, beaux, à l’esprit affûté ; combat du prédateur et de la proie sans que l’on sache vraiment qui chasse qui. Et toujours au premier plan la fascination hypnotique et réciproque de l’un pour l’autre. Le terrain de ce redoutable affrontement, l’échiquier ; pouvait-on mieux choisir? Sur ce théâtre d’opération où les pièges ne se comptent plus, comme dans un reportage animalier, le cinéaste traque le geste qui trahit la pensée, le regard qui traduit l’intention. Pour les sens aiguisés à l’extrême de l’animal captivé, un frémissement subtile de l’épiderme de son adversaire en dit plus long en une fraction de seconde que cent heures d’attention. Pour soutenir ce drame du désir, sans mot, éternelle rivalité entre deux frères ennemis, Eros et Thanatos, la musique de Michel Legrand…

Mais si vous écoutiez plutôt, si vous regardiez… Vous avez déjà vu la scène 432 fois! Alors encore une, pour le plaisir… Cliquerez-vous encore? Et encore…?