La lyre d’Orphée

Lyre tortueSa lyre, qu’il avait reçue d’Apollon lui-même, voilà l’héritage que nous lègue Orphée. Mais quel héritage! La poésie, dont l’instrument reste définitivement le symbole. Et plus encore, quand on sait qu’à peine cette lyre entre ses mains, Orphée, en hommage aux neufs muses, ajouta deux cordes supplémentaires aux sept traditionnelles de l’instrument magique.

Eurydice à tout jamais perdue, Orphée inconsolable lui restera fidèle. Les Ménades lui feront payer de sa vie sa misogynie nouvelle. En furie, elles se précipiteront  sur lui avec la plus grande cruauté. Après l’avoir tué et découpé en morceaux elles jetteront sa tête et sa lyre dans le fleuve Euros (l’Hèbre pour les grecs anciens). C’est sur les rivages de l’île de Lesbos, l’île de la Poésie, que des nymphes les retrouveront échouées.

Une légende raconte que l’on pouvait entendre encore les harmonies de la lyre, venant d’entre les flots, et que, parfois, du fond de son tombeau montaient vers les vivants les mélodies que chantait la propre voix d’Orphée.

Ovide (43 avant JC - 17 après JC)

Ovide (43 avant JC – 17 après JC)

« Ses membres sont dispersés. Hèbre glacé, tu reçois dans ton sein et sa tête et sa lyre. Ô prodige ! Et sa lyre et sa tête roulant sur les flots, murmurent je ne sais quels sons lugubres et quels sanglots plaintifs, et la rive attendrie répond à ces tristes accents. »

Ovide – Chant XI « Les Métamorphoses »

Abbé Jacques Delille (1738-1813)

Abbé Jacques Delille (1738-1813)

Sur les sommets déserts des monts Hyperborées
Il pleurait Eurydice, et, plein de ses regrets,
Reprochait à Pluton ses perfides bienfaits.
En vain mille beautés s’efforçaient de lui plaire;
Il dédaigna leurs feux, et leur main sanguinaire,
La nuit, à la faveur des mystères sacrés,
Dispersa dans les champs ses membres déchirés.
L’Hèbre roula sa tête encor toute sanglante:
Là, sa langue glacée et sa voix expirante,
Jusqu’au dernier soupir formant un faible son,
D’Eurydice, en flottant, murmurait le doux nom:
Eurydice! ô douleur !… touchés de son supplice,
Les échos répétaient : Eurydice! Eurydice!

Abbé Delille


Louise Ackermann (1813-1890)

Louise Ackermann (1813-1890)

Quand Orphée autrefois, frappé par les Bacchantes,
Près de l’Hèbre tomba, sur les vagues sanglantes
On vit longtemps encor sa lyre surnager.
Le fleuve au loin chantait sous le fardeau léger.
Le gai zéphyr s’émut ; ses ailes amoureuses
Baisaient les cordes d’or, et les vagues heureuses
Comme pour l’arrêter, d’un effort doux et vain
S’empressaient à l’entour de l’instrument divin.
Les récifs, les îlots, le sable à son passage
S’est revêtu de fleurs, et cet âpre rivage
Voit soudain, pour toujours délivré des autans,
Au toucher de la lyre accourir le Printemps.
Ah! que nous sommes loin de ces temps de merveilles !
Les ondes, les rochers, les vents n’ont plus d’oreilles,
Les cœurs même, les cœurs refusent de s’ouvrir,
Et la lyre en passant ne fait plus rien fleurir.

                                                  Louise Ackermann, « Contes et poésies » (1863)


La lyre d’Orphée devenue relique fut déposée au temple d’Apollon. Un jour, le jeune Néanthe, usant de l’autorité qu’il estimait tenir de son père, tyran de la région, voulut faire chanter la lyre. Les chiens du voisinage accoururent aussitôt et constatant qu’elle ne jouait pas sous les doigts d’Orphée lui-même, dévorèrent l’usurpateur.

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Les peintres, autant que les poètes, se sont émus de la mort tragique d’Orphée :

La mort d’Orphée et les peintres

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