La nuit 25 – Minuit : l’heure du crime

« Minuit, l’heure du crime »

Ça sonne vieillot, n’est-ce pas ? A notre époque où, depuis longtemps déjà, le crime ne se préoccupe plus ni du lieu, ni de l’heure, ni même parfois de la victime elle-même. Enfantin, à coup sûr, car l’expression nous renvoie à ce passé heureux où, évènement exceptionnel, le crime flattait la voix des crieurs de journaux et dardait la plume des romanciers de série noire.

Combien de fois avons-nous frissonné au fond de nos draps en entendant sonner les douze coups venus d’un lointain clocher percer le noir mystérieux de nos chambres d’enfants ? Le poète la connaissait bien cette peur puérile, au point de se jouer de nous, sans méchanceté aucune, avec un large sourire de grand-père malicieux.

Oh, ne l’avons-nous pas tous apprise, jadis, cette poésie de Maurice Carême ? Retournons-nous un instant… Rappelons-nous…

L’heure du crime

Minuit. Voici l’heure du crime.
Sortant d’une chambre voisine,
Un homme surgit dans le noir.

Il ôte ses souliers,
S’approche de l’armoire
Sur la pointe des pieds
Et saisit un couteau

Dont l’acier luit, bien aiguisé.
Puis, masquant ses yeux de fouine
Avec un pan de son manteau,
Il pénètre dans la cuisine
Et, d’un seul coup, comme un bourreau
Avant que ne crie la victime,
Ouvre le cœur d’un artichaut.

Maurice Carême

Le réalisateur Patrick Chiuzzi l’a illustrée dans un court métrage en noir-et blanc, style polar d’antan, à l’occasion d’une série de films éducatifs :

Brumes et brouillards /3 – Jadis, l’automne…

Le brouillard

Le brouillard a tout mis
Dans son sac de coton;
Le brouillard a tout pris
Autour de ma maison.

Plus de fleurs au jardin,
Plus d’arbres dans l’allée;
La serre du voisin
Semble s’être envolée.

Et je ne sais vraiment
Où peut s’être posé
Le moineau que j’entends
Si tristement crier.

Maurice Carême

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Brouillard d’automne

Le voici devenu fantôme.
Le voici s’approchant du seuil
Où il jouait seul, autrefois,
Enfant triste au milieu des feuilles
Que semait le brouillard d’automne.

Le voici brouillard à son tour
Et se penchant avec amour.

Le voici prenant dans ses bras
L’enfant seul qui joue sans l’entendre,
Et comprenant soudain pourquoi,
Dans les automnes d’autrefois,
Le brouillard lui semblait si tendre.

Maurice Carême