Noires…

Noires, du mystère qui les nimbent
Noires, des humus fertiles qu’elles exhalent
Noires, de l’ébène du sculpteur
Noires, de la suie des cierges qui l’implorent
Noires, de l’ombre des cryptes orientales
Noires, comme le sein d’Isis
Noires, couleur de l’homme sans Livre
Noires, comme un Nom avant le baptême
J’aime ces vierges qui ne le seraient plus,
Mères éternelles d’un enfant sans gloire encor’
Et qui, assises sur leurs trônes,
Gardent toujours les pieds dans un siècle païen.

Vierge noire - Rocamadour

Vierge noire – Rocamadour

Sainte Vierge, priez pour nous,
Vierge, Reine et Patronne, priez pour nous,
Vierge que Zachée le publicain nous a fait connaître et aimer,
Vierge à qui Zachée ou Saint Amadour
Éleva ce sanctuaire, priez pour nous…

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Mais quand la mère voit son fils bien-aimé, seul et abandonné de tous, expirer dans un grand cri (Vidit suum dulcem natum moriendo desolatum dum emisit spiritum), elle n’aspire plus qu’à le rejoindre.

Le  » Rêve infini «  devient  » Divine extase  »  lorsque Massenet l’accompagne au Royaume des Cieux :

Massenet : Oratorio  » La Vierge  » (Scène 4) – Soprano : Measha Brueggergosman

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Pour l’amour de Manon… ou de Sylvie!

Des Grieux vient de battre Synnelet en duel. Le laissant pour mort, il s’enfuit dans le désert avec Manon, sa bienaimée. Épuisé, le couple est couché sur un lit de fortune simplement fabriqué avec les vêtements de Des Grieux. Ils se prodiguent l’un l’autre des soins attentifs. Leur tendre union est à son apogée. C’est ce moment paroxystique que la mort a choisi pour venir chercher Manon.

Oui! Manon Lescaut et son malheureux amant le chevalier Des Grieux. Ces héros légendaires du roman  de l’Abbé Prévost qui a servi, oh combien! et il y a longtemps, de sujet à nos devoirs de français.

Voici comment, dans un splendide pas de deux, sur la musique de Jules Massenet, deux formidables danseurs, Sylvie Guillem et Jonathan Cope, nous entraînent dans ce moment tragique où deux destins se jouent. Derniers soubresauts d’un combat désespéré contre la mort, que mènent les amants réunis en un acte final d’une éclatante beauté.

Et voici comment L’Abbé Prévost nous racontait le drame, avec les mots – qu’il nous fallait commenter jadis – de son malheureux héros, le Chevalier Des Grieux :

      » Pardonnez, si j’achève en peu de mots un récit qui me tue. Je vous raconte un malheur qui n’eut jamais d’exemple. Toute ma vie est destinée à le pleurer. Mais, quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d’horreur, chaque fois que j’entreprends de l’exprimer.
Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maîtresse endormie et je n’osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil. Je m’aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu’elle les avait froides et tremblantes. Je les approchai de mon sein, pour les échauffer. Elle sentit ce mouvement, et, faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d’une voix faible, qu’elle se croyait à sa dernière heure. Je ne pris d’abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l’infortune, et je n’y répondis que par les tendres consolations de l’amour. Mais, ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes me firent connaître que la fin de ses malheurs approchait. N’exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis ; je reçus d’elle des marques d’amour, au moment même qu’elle expirait. C’est tout ce que j’ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable événement.  » (Manon Lescaut)

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Petite toilette de l’âme…

Venez, accompagnez-moi, rejoignons ces milliers de personnes et entrons avec elles, les yeux fermés pendant cinq minutes, dans cette « méditation ». Faisons un instant, ensemble, un brin de toilette à nos âmes.

Laissons-nous pénétrer par cette paix que chaque vibrato du violon instille jusqu’au fond de nos cœurs. Seule la musique possède ce pouvoir de rassembler et d’unir.

Quand elle atteint à ce paroxysme…

Cette vidéo est extraite de l’enregistrement du concert donné en 2006 à la « Berliner Waldbühne » –  Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Neeme Jarvi – Au violon Janine Jansen

La Méditation de Thaïs :

Massenet

Jules Massenet (1842-1912)

Jules Massenet, en 1893, compose « Thaïs », un opéra en trois actes d’après un roman de Anatole France.

Au IVème siècle, à Alexandrie, un moine cénobite, Athanaël, s’engage à convertir au christianisme Thaïs, courtisane tout entière tournée vers le culte de Vénus. Sa démarche aboutit et Thaïs rejoint un couvent d’où elle ne sortira que par sa mort quelque temps plus tard, comblée par sa propre rédemption. Athanaël comprendra que son attirance pour la belle n’était guidée que par ses sens, et reniera sa foi.

A l’acte II, au milieu de l’opéra, Athanaël se rend compte de la force de ses pulsions charnelles qui sape la foi qu’il affichait,  alors que Thaïs, courtisane livrée à l’ivresse des passions, affirme, dans un élan contraire, son renoncement au monde, délivrée désormais des contingences terrestres.

C’est à ce point capital de l’opéra, au moment  où les destinées des deux personnages s’inversent dans une symétrie dramatique, que le violon solo joue la « Méditation religieuse » devenue la « Méditation de Thaïs » quand cette pièce a été reprise, bien souvent, en concert, en dehors du contexte théâtral.