Fusion d’amour

Emmanuel Sellier - Mémoire fossile - terre cuite patinée

Emmanuel Sellier – Mémoire fossile – terre cuite patinée (site du sculpteur en cliquant sur l’image)

Toi et moi
avons tant d’amour
qu’il brûle comme un feu ardent.
Dans ce feu cuisons une motte d’argile
ton visage moulé
mon visage moulé.
Puis brisons nos deux faces de terre
et dans l’eau fusionnons les débris.
Reformons nos visages de glaise :
Une part de moi dans ton argile
Dans mon argile une part de toi.

Vivants nous partageons la même couche
Morts nous partagerons le même cercueil.

Kuan Tao-Sheng (Poétesse chinoise du XIIIème siècle)

Traduction libre de la traduction anglaise de Kenneth Rexroth and Ling Chung

 Guan Daosheng on Wikipedia

Just married !

Ils se sont mariés hier.

Deux êtres différents qui ont décidé de mettre leurs énergies en commun pour se retrouver sans cesse et franchir continuellement cette barre si mince et si fragile qui naturellement les sépare, si peu certes, mais.. L’homme, la femme…

Parce qu’ils s’aiment et qu’ils se sont choisis réciproquement et sincèrement pour compagnons, l’un de l’autre, je leur souhaite de toujours trouver le geste habile et fin qui les aide à franchir avec une grâce toujours renouvelée, cette modeste barre, afin que chacun se retrouve chez lui chez l’autre. Pour qu’ils soient chez eux partout où ils sont ensemble.

Puisse cette barre demeurer pour eux une  » barre d’appui «  !

Longue vie de bonheur partagé à Christiane et Laurent !

 ♥

Trois préludes de Rachmaninov dansés par Lucia Lacarra et Marlon Dino, sur une chorégraphie de Ben Stevenson.

 ♥

Tu es venue le feu s’est alors ranimé
L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé
Et la terre s’est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J’avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J’avançais je gagnais de l’espace et du temps
J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière
La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l’aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.

Paul Eluard extrait de ( » La mort L’amour La vie  » in  » Le Phénix  » – 1951)

 ♥♥

Noces d’hiver

Faut-il avoir quelques gènes slaves pour se complaire à cette mélancolie de l’âme russe?

Je ne sache pas que le grand Est ait quelque peu participé à ma généalogie méditerranéenne, et cependant, j’aime à me prélasser dans la rêverie mélancolique des mélodies russes où passe souvent un brin de fataliste résignation à son propre sort. Un romantisme qui n’a pas besoin d’être à la mode pour exister, et dont je ne voudrais pas qu’on l’appelât « tristesse’, tant il porte en lui cette merveilleuse capacité de se métamorphoser, d’un coup, en rires tonitruants et généreux.

De cette vidéo qui m’enchante je ne sais presque rien, sauf que la guitare et la voix appartiennent à Elena Frolova, et que le poème est de Joseph Brodsky, prix Nobel de littérature 1987 au grand dam de l’Union Soviétique. Il disait de lui-même : « Je suis un poète russe, un romancier anglais, et un citoyen américain ; merveilleux mélange ! ». Avec lui se clôt, en quelque sorte, « L’Age d’argent » des poètes et philosophes russes dont faisaient, entre autres, partie Anna Akhmatova et Marina Tsvétaëva, poétesses « maudites » qu’il admirait.

L’heure n’est pas à la neige ; au mariage non plus d’ailleurs… Pour certains, peut-être! Qu’importe, cela n’empêche pas de laisser voyager nos sens un instant sur ce « chemin aux ailes ».

Noces d’hiver

Je me suis mariée
En plein janvier.
De l’église perchée sur la colline
La cloche sonnait longue et divine.
Je regardais de l’autel
Le long chemin aux ailes.
J’y envoyais mon regard
Qui est parti sans retard
Sur cette route ailée.
Je ne pouvais plus le rappeler.
La cloche sonnait, sonnait,
Le marié me fixait,
Les cierges clignotaient,
Je les comptais.

Joseph Brodsky