L’entends-tu ?

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

L’entends-tu ?

La voix

« Qui chante là quand toute voix se tait ?
« Qui chante avec cette voix sourde et pure un si beau chant ?
« Serait-ce hors de la ville… »

Philippe Jaccottet

La poésie se joue du temps ! Celle du poète Rückert répond à celle d’un autre poète Jaccottet à travers la musique de Mahler et la voix de José van Dam.

Émotion !!!

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Fête de la musique

Vient de paraître sur   « De braises et d’ombre » :

Fête de la musique

Si, comme moi, pour la fête de la « musique » de ce soir, vous rêvez d’être sourd, ne fermez pas vos pavillons sans vous être accordé auparavant un dernier formidable plaisir, une sorte de cigarette du condamné : cinq prodigieuses minutes de MUSIQUE… jouées par une bande de jeunes comme on aimerait en trouver beaucoup au coin de nos rues chaque 21 juin !

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Dig Ding Dong !

 

Bravo, mademoiselle Mabou ! Quand on chante cette petite chanson avec le talent qui est déjà le tien, il est parfaitement légitime de la revendiquer et de se l’approprier comme tu le fais, avec beaucoup de détermination.

Mais tu sais, avant d’être tienne aujourd’hui, elle a été la nôtre, et celles de beaucoup de nos anciens qui nous l’ont apprise ; comme elle sera, demain, celle de tes enfants à qui tu la chanteras et qui, à leur tour, continueront cette heureuse chaîne musicale sans fin.

Mais sans doute ne sais-tu pas encore que cette petite comptine, « Frère Jacques »en allemand :  Bruder Jakoba inspiré un des plus grands musiciens de la fin du XIXème siècle et du début du XXème, Gustav Mahler.

Gustav Mahler - (1860-1911)

Gustav Mahler – (1860-1911)

Quand le temps sera venu pour toi de prêter ta jolie voix aux merveilleux lieder qu’il a composés, tu sauras l’immense symphoniste qu’il a été et qu’il demeure. Pourtant, dès la première symphonie, « Titan », celle-là même où il reprend, au 3ème mouvement, le thème de « Frère Jacques », le public et les critiques de l’époque lui dénient cette qualification, le maintenant confiné dans son rôle de chef d’orchestre et, partant, l’obligeant à réduire considérablement le temps qu’il aurait préféré consacrer à la composition. Tant de chefs d’œuvre, assurément, dont nous aurons été privés.

Il y aurait tant à dire sur cette première symphonie tellement décriée, maintes fois retravaillée, amputée, redécoupée, par laquelle Mahler devient véritablement adulte. Certes les nombreuses symphonies à venir vont lui conférer à la fois assurance et force tragique, mais jamais autant que dans les passions et les inévitables maladresses de cette partition initiatique Mahler n’apparaîtra tel qu’en lui-même, romantique épris de liberté, ivre de la volonté de briser les carcans du chef d’orchestre pour laisser s’envoler la création de l’artiste.

Ainsi, lorsqu’il compose le très déroutant 3ème mouvement, en Ré mineur, avec l’indication « solennel et mesuré, sans traîner », Mahler reprend en forme de canon, dans la tonalité mineure propre à exprimer le sérieux et le profond, la comptine célèbre. – Cela seul aurait déjà suffi à épouvanter l’auditoire de l’époque.

Au rythme lancinant de marche funèbre soutenu par le timbalier, le thème est exposé par la contrebasse solo avant d’être repris successivement par les autres instruments : tuba, violoncelles, basson etc… Et comme il s’agit d’une marche funèbre grotesque, le compositeur a choisi, pour marquer le trait d’humour grinçant, de faire sonner les instruments aux limites contre-nature de leur tessiture respective, demandant à la flûte par exemple de chanter à la lisière des graves ou au tuba de flirter avec les aigus.

Tout l’orchestre bientôt joue la marche funèbre sur le thème de « Frère Jacques », lorsque surgit un air enjoué de musiciens de village – un mariage juif d’Europe central peut-être – folklore inventé de toutes pièces par le compositeur. Et voilà que la savante musique symphonique, guindée, doit accueillir dans son sanctuaire, ô sacrilège, les accents de la musique populaire. Les fauteuils craquent à qui mieux mieux, la salle trépigne, souffle l’indignation.

Et la marche parodique reprend.

Jacques Callot - Les animaux à l'enterrement du chasseur - gravure

Jacques Callot – Les animaux à l’enterrement du chasseur – gravure

Après quelques mesures grotesques, le sublime, introduit par la harpe, nous enveloppe un instant dans les voiles délicats d’une citation mélodique des « Chants du compagnon errant »  (Lieder eines fahrenden Gesellen), cycle de lieder composé par Mahler sur sa propre poésie vers 1885.

Et la marche reprend, et les musiciens de rue retrouvent leur rengaine avant que le cortège des animaux qui suivent la dépouille du chasseur ne termine sa lente procession devant les portes des ténèbres. Clin d’œil, pendant tout ce mouvement, de Mahler au graveur français du début du XVIIème siècle qu’il admirait, Jacques Callot, et à sa gravure ironique.

Voici, charmante petite Mabou, une belle version de ce 3ème mouvement de la 1ère Symphonie « Titan » de Gustav Mahler, interprétée par le Budapest Festival Orchestra dirigé par Ivàn Fischer. Tu n’auras aucun mal à identifier « Ta » chanson au milieu de tous ces musiciens.

Autoportrait au lied

A mes amis qui pourraient bien me croire mort.

Il est des moments de l’existence où l’on ressent un impérieux besoin de mourir au monde.

  • Parfois, et plutôt rarement, parce que gagné par un puissant sentiment de plénitude, on aspire très profondément à se pelotonner dans une bulle hermétique dont on voudrait qu’elle ait pour vertu essentielle de préserver éternellement cette sensation euphorisante d’absolue possession de soi-même. Optimisme triste.
  • Parfois, pessimisme à peine souriant, parce que, pour échapper à l’imbécillité des hommes, s’éloigner des injustices et des hypocrisies dont ils ne peuvent se départir, on choisit l’attitude – aux effets sans doute illusoires – de se calfeutrer dans sa carapace de misanthropie, le temps au moins de se convaincre de la quitter une fois encore ; provisoirement.

Dans l’un et l’autre cas, ni cet éloignement salutaire, ni ce silence soudain, ne sont compris de ceux – ou celles – qui se sont habitués aux formes explicites de notre affection, à notre disponibilité et à notre volubilité. D’aucuns nous en tiendraient rigueur, d’autres en prendraient ombrage. Et aucune explication ne saurait leur parvenir de notre part, et pour cause… la mort n’a pas coutume de s’épancher.

Peut-être faut-il alors, pour que leur parvienne depuis notre île lointaine un témoignage de notre sincère et constante amitié, confier aux artistes dont la sensibilité nous touche le plus, le soin de nous représenter. Si ce sont des poètes et des musiciens, l’universalité de leur langage nous offrira les meilleures chances de nous faire comprendre, ou tout au moins entendre. Mais en tout cas nous aurons éprouvé cette immense satisfaction égoïste et rassurante de trouver dans les œuvres des plus grands une parfaite et humble résonance à nos propres états d’âme.

Puissent mes amis recevoir au travers de ce billet, comme un salut discret mais chaleureux, l’assurance qu’ils ne sont ni oubliés, ni méprisés au fond de mes silences.

Pour eux, en guise d’autoportrait musical, ce que je crois être le plus beau chant que Mahler ait pu un jour composer. Tout y est enveloppé dans une aura de sérénité accomplie ; l’âme s’y déploie comme un frisson sur l’onde pacifique, dans une immobilité mystique, transcendante. De la lenteur recueillie de ce chant émane une intense émotion, bouleversante, céleste. La voix qui l’entonne sera d’autant plus belle qu’elle laissera entrevoir l’inéluctable part de noirceur mélancolique de l’âme dont elle se fait l’écho.

Ich leb’ allein in meinem Himmel,
In meinem Lieben, in meinem Lied!

Je vis solitaire dans mon ciel,
dans mon amour, dans mon chant.

 « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (Je me suis retiré du monde) est l’un des 5 lieder du cycle des « Rückert Lieder » composés par Gustav Mahler au tout début des années 1900, dans sa nouvelle maison de Maïernigg, entre lac et forêt, à cette époque heureuse où commence pour lui une nouvelle vie avec la jeune et brillante Alma qu’il vient d’épouser.

Après l’avoir composé, Mahler a dit de ce lied : « C’est moi-même ! »

Amis, – ceux qui me croient mort et tous ceux, récents, qui passez quelquefois ici prendre mon pouls – permettez-moi l’outrecuidance de le dire également en vous offrant ces quelques minutes d’apesanteur.

Pour l’emprunt prétentieux, je finirai bien par m’arranger avec Mahler… Nous nous fréquentons beaucoup ces temps-ci.

Ich bin der Welt abhanden gekommen,
Mit der ich sonst viele Zeit verdorben,
Sie hat so lange nichts von mir vernommen,
Sie mag wohl glauben, ich sei gestorben!

Es ist mir auch gar nichts daran gelegen,
Ob sie mich für gestorben hält,
Ich kann auch gar nichts sagen dagegen,
Denn wirklich bin ich gestorben der Welt.

Ich bin gestorben dem Weltgetümmel,
Und ruh’ in einem stillen Gebiet!
Ich leb’ allein in meinem Himmel,
In meinem Lieben, in meinem Lied!

 ∞

Me voilà coupé du monde
dans lequel je n’ai que trop perdu mon temps;
il n’a depuis longtemps plus rien entendu de moi,
il peut bien croire que je suis mort !

Et peu importe, à vrai dire,
si je passe pour mort à ses yeux.
Et je n’ai rien à y redire,
car il est vrai que je suis mort au monde.

Je suis mort au monde et à son tumulte
et je repose dans un coin tranquille.
Je vis solitaire dans mon ciel,
dans mon amour, dans mon chant.

Quand la pomme est croquée…

Blanche neige pomme

Parce que le miroir a dit la vérité, Blanche-Neige est condamnée à disparaître.

Et, puisque ses premières tentatives d’éliminer la belle enfant ont échoué, la méchante reine ira elle-même, jouant de sa ruse maléfique, faire manger la pomme empoisonnée à sa naïve rivale qui a trouvé refuge au milieu de la forêt, dans le paisible chalet des sept nains. Désormais, chaque fois qu’elle interrogera sa psyché magique, la vaniteuse reine pourra enfin l’entendre répondre : – Dame la Reine, ici vous êtes la plus belle !  Sans que jamais plus le miroir n’ajoute : – Mais Blanche-Neige, sur les monts, là-bas, chez les sept nains, est plus belle que vous, et mille fois au moins !

Mais, même dans la mort, Blanche-Neige demeure toujours aussi radieuse. Et pour ne pas souiller tant de grâce sous la terre noire, les nains la déposent dans un cercueil de verre au sommet de la montagne, et sous bonne garde.

Jusqu’au jour où un prince égaré dans la région…

HD disponible

Ce ballet romantique, Blanche-Neige, très proche du conte des frères Grimm, a été créé en 2008 par le chorégraphe Angelin Preljocaj, sur des musiques de Gustav Mahler.

Ce pas de deux, que je préfèrerais appeler  » pas d’amour « , est dansé par Nagisa Shirai et Sergio Díaz sur le merveilleux Adagietto de la 5ème symphonie de Mahler.

Adieu Maestro!

Triste jour!

Le monde de la musique, le monde entier, vient de perdre un homme exceptionnel : l’immense chef d’orchestre Claudio Abbado est mort. La maladie a fini par épuiser le courage et les énergies qui soutenaient le maestro dans l’incessant combat qu’il menait avec détermination contre elle depuis de nombreuses années.

Claudio Abbado (1933-2014)

Claudio Abbado (1933-2014)

La presse internationale unanime salue avec le respect et la reconnaissance qu’il mérite, le génie de ce serviteur farouche et généreux de la musique. Loin des effets médiatiques, Claudio Abbado, engagé sans limite dans sa passion, aura donné leurs plus belles couleurs aux partitions des illustres compositeurs du passé, autant qu’il aura présenté et ardemment défendu  les compositions contemporaines.

Par un exceptionnel charisme et une verve poétique toute personnelle, il a su séduire tous les musiciens qu’il a dirigés, même les plus réfractaires au changement, ancrés dans de vieilles traditions. Autant au Wiener Staatsoper, à La Scala de Milan, au London Symphonic Orchestra, au Berliner Philharmoniker ou plus récemment au Gustav Mahler Jugendorchester, il aura par sa puissance de travail, sa profonde connaissance des œuvres et sa naturelle empathie, conduit chaque instrumentiste à se fondre dans le groupe, sans s’y perdre, pour qu’ensemble ils façonnent chaque interprétation dans une pâte sonore unique.

Quelque que fût l’œuvre, symphonie, concerto, musique chorale ou opéra, Claudio Abbado avait coutume de la diriger sans partition, infiniment confiant à la fois dans son extraordinaire mémoire et dans la qualité du travail de ses musiciens.

La partition de la vie de ce magnifique chef vient de recevoir sa « double barre ».

Plus que jamais sans doute nous écouterons et redécouvrirons ses très nombreux enregistrements audio ou vidéo, avec un bonheur sans cesse renouvelé, même empreint d’une inévitable nostalgie.

Triste jour! Vraiment!

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Mozart – Requiem (Lacrimosa) Orchestre du Festival de Lucerne – 2012

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Mahler – Symphonie N°5 (Adagietto) – Festival de Lucerne 2004