Demain

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

Demain

« Jusqu’à ce qu’un jour dire demain n’ait plus de sens »

Primo Levi – « Si c’est un homme »

Joyce DiDonato (soprano)

Voix céleste, Joyce DiDonato chante « Morgen » de Richard Strauss pour appeler à se poser sur chacun d’entre nous le « silence feutré du bonheur »

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Crépuscule… du matin… ou du soir?

En écoutant, il y a peu, une excellente émission sur le lied, qui offrait quelques merveilles de Brahms, Schubert et Mendelssohn, j’ai reçu, comme tous les auditeurs, l’aveu de la docte présentatrice qui disait ignorer que le crépuscule pût être du soir ou du matin.

Elle s’étonnait qu’un lied de Brahms portât pour titre « Abenddämmerung » (crépuscule du soir), et que l’auteur du poème (A-F Von Schack) eût ressenti le besoin de préciser.

Beaucoup en effet, semblent affecter le crépuscule à un seul moment de la journée; le plus souvent à la tombée du jour, à l’heure où l’on ne différencie plus le chien du loup. Et pourtant, par symétrie de la nature, le matin connait lui aussi ce moment magique où la nuit pénètre le jour, alors que le jour habite encore la nuit; le matin a son crépuscule.

Cette remarque faite, il me faut avouer que j’ai, moi-même, baigné longtemps dans cette croyance d’un crépuscule unique. Celui du soir. C’est à Rainer Maria Rilke, immense poète autrichien, que je dois de ne m’y être pas noyé.

Jadis, me délectant des « Lettres à un jeune poète », qui depuis ne sont jamais bien loin de mes lunettes, je notais cette expression

« Le crépuscule du soir, heure de tous les accomplissements »

C’est en m’interrogeant, moi aussi, sur le besoin de précision de l’auteur que j’appris la dualité du crépuscule.

Mais trêve d’anecdote! Au vrai tout ce discours cache un but, celui de partager avec vous ce mot de Rilke qui m’apparut, aussitôt lu, comme une évidence dont il me semble encore qu’elle a toujours fait partie de mes plus profondes intuitions.

Le crépuscule du soir annonce, inquiétantes mais fécondes, les ténèbres. Le fondu des silhouettes à peine discernables force l’imagination, stimule le rêve. Le monde se crée dans cet ultime souffle de la lumière qui plonge dans le noir pour aspirer ses nouvelles énergies.

Le crépuscule du soir, c’est cet instant où le jour exténué, vaincu, s’enfonce dans l’indéfinissable. Perdant ses formes, la matière n’est plus limitation pour l’être. Tout peut alors s’accomplir! Tout s’accomplit dans l’être!

Avec l’âge, quand la réalité rétrécit et que le rêve s’endort, on pourrait se demander de quel accomplissement le crépuscule du soir est-il encore porteur. Du plus grand de tous, certainement; l’aboutissement suprême, l’ultime souffle qui éteint toutes les lumières et nous entraîne dans la nuit éternelle, le voyage accompli.

« Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
« Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche. »

Charles Baudelaire (Recueillement)

Stephanie Iranyi, mezzo-soprano. Helmut Deutsch, piano.

Voici le lien vers le site de cette bien belle voix : http://www.stefanieiranyi.de/

Pour le texte et la traduction du poème : Abenddämmerung – texte