La leçon de musique ou le triomphe de l’attention

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

La leçon de musique ou le triomphe de l’attention

« Dans le domaine de l’intelligence, la vertu d’humilité n’est pas autre chose que le pouvoir d’attention. »

Simone Weil  – « La pesanteur et la grâce »

Pandit Ravi Shankar (1920-2012)

Sur scène, le père, Maître incontesté du « raga » fait répéter sa fille prodige du sitar…

Lire, voir, écouter la suite . . .

La leçon de piano… « pour de rire »

Vient de paraître sur   « De braises et d’ombre » :

La leçon de piano… « pour de rire »

Steven Lamb – pianiste

Tiens, tiens, on me dit que parfois, lorsque vous vous asseyez à votre piano pour faire plaisir à vos amis avides de découvrir vos nouveaux progrès, vous ressentez quelque difficulté à jouer. Que vos doigts se nouent comme racines de scrofulaires, que votre visage n’est que brasier, des pommettes…

N’hésitez pas à recevoir mes « précieux conseils » (« pour de rire »)… C’est Gabriela Montero qui se charge de les illustrer…

Lire,voir, écouter la suite . . .

La leçon de Pierrot

Bobèche, adieu ! bonsoir, Paillasse ! arrière, Gille !
Place, bouffons vieillis, au parfait plaisantin,
Place ! très grave, très discret et très hautain,
Voici venir le maître à tous, le clown agile. 

Paul Verlaine  (Le clown)

Jean-Gaspard Deburau (1796-1846)

Jean-Gaspard Deburau (1796-1846)

C’est ainsi, sans doute, que Monsieur Loyal, si tant est qu’il y en ait eu un au Théâtre des Funambules, rue du Temple à Paris dans les années 1830, et si Verlaine avait pris soin de naître plus tôt, aurait pu présenter dans sa harangue au public, le Pierrot enfariné, Baptiste, éternel rêveur amoureux de sa Colombine, qui chaque soir, dans sa tenue immaculée, venait servir ses malicieuses pantomimes aux spectateurs enchantés, parmi lesquels il n’était pas rare de rencontrer Monsieur Théophile Gautier, ou Monsieur Théodore de Banville, et même parfois Monsieur Charles Baudelaire.

Derrière le maquillage livide, Jean-Gaspard Deburau, né à la fin du XVIIIème siècle à Amiens de l’union d’une mère venue de Bohème et d’un soldat français, faisait le plaisir et l’admiration  des « naïfs et des enthousiastes », comme il aimait à qualifier son fidèle public avec  humour et gentillesse.

Comment l’amoureux inconditionnel du théâtre et du métier de comédien qu’était Sacha Guitry, aurait-il pu résister à l’envie d’incarner cet illustre personnage capable de réaliser chaque soir avec le même bonheur cette incroyablement difficile performance, gageure des gageures : faire rire ?

En février 1918, le Théâtre du Vaudeville met à l’affiche une pièce signée Sacha Guitry : « Deburau ». Un orchestre, pour accompagner les comédiens, y joue la musique composée par André Messager.

Deburau - Guitry affiche

En 1951, le cinéma, depuis de nombreuses années, a fini par gagner le cœur de l’éternel comédien-auteur de théâtre. Décidant de transposer « Deburau » à l’écran, Guitry imagine le mime célèbre du Théâtre des Funambules sollicité, mais en vain, par les femmes les plus séduisantes, fidèle qu’il veut rester à sa chère épouse. Mais, un soir, une dame portant  un camélia à la ceinture ne le laisse pas indifférent. Deburau s’éprend de Madame Duplessis… Passion impossible.

Le personnage accorde une large place à la parole certes – un peu trop sans doute pour un mime pour qui seul le rire a droit de déchirer le silence – , mais quand cette parole est écrite et dite par Sacha Guitry…

Ce rôle, très empreint du romantisme qui envahit la vie du Maître à cette époque, souffrant physiquement d’une part, et encore très amère des injustes attaques portées contre lui à la  Libération d’autre part, Guitry le voulait comme son testament spirituel. Et c’est, sans conteste, dans l’admirable tirade de Deburau exaltant le métier de comédien auprès de son fils qui s’apprête à lui succéder, que Sacha Guitry exprime le mieux cet amour de la scène qui le représente tant.

Magnifique leçon d’un Pierrot à qui l’on pardonne volontiers qu’il fasse usage de sa voix, et nouvelle occasion de regretter qu’elle se soit tue.

Mais, rappelons-nous, Deburau, dans son rôle de « Baptiste », témoin peu loquace mais ô combien explicite, nous l’avions déjà rencontré un jour de fête à la fin des années 20 (1800, bien sûr) sur le « Boulevard du Crime »  (rue du Temple). C’était au travers des images du film « Les enfants du Paradis », lorsque Marcel Carné nous le présentait sous les traits d’un formidable Jean-Louis Barrault sauvant la mise à une gouailleuse Garance jouée par l’inoubliable Arletty.

Encore quelques minutes de  bonheur ! Et quelle leçon !

Merci Pierrot !

Auguste Bouquet - J.-G. Deburau - 1830 en Pierrot Gourmand

Auguste Bouquet – J.-G. Deburau – 1830 en Pierrot Gourmand

La poule aux oeufs d’or

L’avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable,
Pondait tous les jours un œuf d’or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor.
Il la tua, l’ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
S’étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches :
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches ?

Jean de La Fontaine