Cordes et vent

Il y a toujours une magie indéfinissable, pleine d’un irrésistible charme, dans le mariage des cordes et du vent.  Sans doute, ainsi posé, le constat appellerait-il à une échappée des sens vers les harmonies imaginaires composées par le vent jouant à travers les cordes d’une immense lyre offerte à sa caresse.

Mais, plus prosaïquement, – et sans lui ôter sa part de poésie – c’est l’union sonore de deux instruments issus de familles que tout oppose, qui intéresse le propos. Association surprenante parfois, des cordes « aristocratiques », féminines, riches d’un répertoire multiple venu d’un passé ancestral, et de l’instrument à vent, plus récent, plus populaire aussi par ses origines, exigeant souvent au premier abord, plutôt le bras du soldat portant le tuba que la main gracile effleurant la viole.

Faut-il, pour témoigner de la magie de cette union, rappeler le célèbre Concerto pour flûte et harpe de Mozart, ou les moins connus, peut-être, Octuor pour cordes et vents de Schubert, ou Septuor pour cordes et vents de Beethoven?

Plus près de nous, avec le jazz (guitare et saxophone par exemple) et surtout avec les musiques sud-américaines, le mariage « cordes-vent » a produit de merveilleux arrangements aux sonorités envoûtantes. Qui résisterait aux langueurs du bandonéon d’Astor Piazzola, quand, sensuellement, les cordes du violon viennent enlacer son souffle timide exhalant sa tristesse?

Les musiciens brésiliens, eux aussi, ont merveilleusement associé ces deux univers sonores dans une multitude de fééries mélodiques et rythmiques puisées le plus souvent dans les rues et les villages. Quand deux d’entre eux, formidables instrumentistes, se rencontrent pour mêler leur virtuosité et leurs histoires musicales chargées des sourires et du soleil des deux bouts du Brésil, nous ne saurions bouder notre plaisir. Il n’est pas si fréquent de voir s’accoquiner l’accordéon et la guitare, et si l’on peut penser à priori que ce mariage ressemble fort à celui de la carpe et du lapin, c’est que l’on ne prend pas en compte l’exceptionnelle qualité de nos invités… tout simplement parce qu’on ne les pas encore entendus :

Plaisir de jouer, joie de jouer ensemble, bonheur unique de partager !

A la guitare à 7 cordes : Yamandu Costa. Virtuose très précoce, il se consacre dès ses débuts aux musiques régionales du sud du Brésil, puis s’ouvre aux autres musiciens brésiliens comme Baden Powell ou Tom Jobim avant de s’intéresser aux autres formes musicales. Il n’en adopte aucune et n’entre dans aucune catégorie.

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A l’accordéon : Dominguinhos, décédé en juillet 2013, à 72 ans. Compositeur et accordéoniste particulièrement apprécié, formé aux musiques du nord du Brésil par le maître Luis Gonzaga. Ayant été musicalement exempté des influences européennes, africaines ou indiennes, Dominguinhos a développé un style propre de « Musique populaire brésilienne », reconnu et acclamé dans le monde entier.

Orfeu negro

Loin de sa Thrace natale, Orphée est brésilien en 1959. Il a les traits de Breno Mello (qui s’en souvient?), Eurydice ceux de la ravissante Marpessa Dawn. Sous la lumière de Rio et de ses environs et au rythme de la musique inoubliable d’Antônio Carlos Jobim et Luiz Bonfá, les amants éternels préparent un carnaval dont on sait par avance, évidemment, le drame qu’il abrite.

Vinicius de Moraes a confié au réalisateur Marcel Camus la pièce de théâtre qu’il a écrite depuis quelques années, « Orfeu da Conceição« . Et voici « Orfeu Negro« , le film.

Le public lui réserve un accueil enthousiaste, et le monde du cinéma le distingue : Palme d’or à Cannes en 1959, Oscar du meilleur film étranger en 1960, Golden Globe du meilleur film la même année.

Au dernier acte, comme les Bacchantes de la légende, des sorcières hystériques tuent le pauvre Orphée qui s’apprête, avant la fin de l’aurore, à rendre Eurydice à sa nuit éternelle. Mais avec le soleil retrouvé, la vie recommence, le manège des amours continue de tourner, les espoirs se reforment. Le chant d’Orphée ne connait pas de fin.

Cet extrait en portugais n’est pas sous-titré, ce serait inutile d’ailleurs. Pour la petite histoire, quand le film fut projeté à Cannes, avec le succès que l’on sait, la version présentée était aussi en portugais non sous-titrée. On ne dit pas combien dans la salle comprenaient cette langue, gageons qu’ils n’étaient pas nombreux.