La dette de Dieu : humble outrecuidance

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

La dette de Dieu : humble outrecuidance

« Quand vous écoutez Bach, vous voyez germer Dieu. Son œuvre est génératrice de divinité.
Après un oratorio, une cantate ou une « Passion », il faut qu’Il existe. Autrement toute l’œuvre du Cantor serait une illusion déchirante.

… Penser que tant de théologiens et de philosophes ont perdu des nuits et des jours à chercher des preuves de l’existence de Dieu, oubliant la seule… »

Cioran – « Des larmes et des Saints »

 

 

Amis croyants, parce que vous savez, chacun, que « tout chez [lui] commence par les entrailles et finit par la formule », vous me pardonnerez, j’en suis sûr, mon inaltérable proximité avec Cioran.
J’ai l’outrecuidance de ne pas croire que Dieu rembourse ses dettes. Mais, à supposer qu’il y soit soudain enclin, comment…

Lire, voir, écouter la suite . . .

Pâques – Bach

Le cinéaste Woody Allen disait qu’écouter Wagner lui donnait des envies d’envahir la Pologne. Pour ma part je n’écoute jamais Jean-Sébastien Bach sans ressentir une furieuse envie de croire…

Et,  » Dieu merci  » – conformément à l’expression naturelle de tout athée bien pensant – je me purifie très souvent avec les œuvres du Maître.

Qui sait ce que l’avenir me réserve ?…

Sur l’instant, à l’évidence : une paix paradisiaque et une joie… divine !

Perles de lumière pour ce week-end pascal :

Si ni mes plaintes ni mes larmes
Ne vous touchent,
Oh ! Alors, arrachez-moi le cœur,
Qu’il devienne le calice
Dans lequel s’épanche
Le doux sang de ses blessures !

 

Jésus s’adresse à ses bourreaux par la magnifique voix de Julia Hamari. Épuisé par ses souffrances il sera bientôt mis au tombeau.

Tous ceux qui auront, impuissants, assisté à sa détresse sur la croix se réunissent en un chœur empreint de la plus profonde tristesse et accompagnent son ultime clignement de paupières.

Matthieu l’évangéliste a terminé son récit. Jean-Sébastien Bach termine la  » Matthäus-Passion  »  (La passion selon Saint Matthieu) par cet inoubliable chœur, une des plus belles musiques du monde :

Nous nous asseyons en pleurant,
Et te crions dans ton tombeau
Repose en paix ! Repose en paix !
Reposez membres épuisés !
Que le sépulcre et la pierre tombale
Soient un doux oreiller
À l’âme inquiète
Et qu’elle y trouve le repos.
Apaisés, les yeux se ferment alors

Jour de pâques : Pierre et Jean découvre le tombeau de Jésus vide… Et Bach, à la lecture des Évangiles, compose en 1725 son  » Oratorio de Pâques «  qui commence ainsi par cette tonique  » Sinfonia «  :

Tom Koopman dirige les Chœurs et Solistes de Lyon

  » Christ lag in Todesbanden «   (Le Christ gisait dans les liens de la mort)  – Cantate N° 4 composée pour le  » Dimanche de Pâques « 

Le premier choral, ici transcrit pour orgue et interprété par l’organiste canadienne Rachel Laurin.

Christ gisait dans les liens de la mort
Sacrifié pour nos péchés,
Il est ressuscité
Et nous a apporté la vie ;
Nous devons nous réjouir,
Louer Dieu et lui être reconnaissant
Et chanter Alléluia,
Alléluia!

Cantate N° 66 pour le  » Lundi de Pâques «  :  » Erfreut euch, ihr Herzen «  ( Que les cœurs se réjouissent) – 5ème mouvement : Duo pour Alto et Ténor

{Alto,Ténor}
{Je craignais certes, Je ne craignais pas} les ténèbres du tombeau.
Et j’espérais que mon Sauveur
{me soit, ne me serait pas} arraché.
Ensemble
Maintenant mon cœur est rempli de réconfort
Et même si un ennemi en éprouve de la fureur,
Je saurai vaincre en Dieu

 » S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu. » (Cioran)

 

Elévation

C’est le 15 août!

L’apogée du temps des vacances pour la plupart.

Pour certains d’entre nous c’est aussi la fête de Marie, devenue l’Assomption, un des dogmes de l’Église catholique, célébrant l’élévation de la mère de Jésus vers les cieux.

La Pietà - Michel Ange 1499

La Pietà – Michel Ange 1499

Pour l’auteur de ce billet, une occasion toute profane de naviguer au milieu des merveilles musicales innombrables qu’a inspirées Marie, Vierge donnant naissance à l’enfant Jésus et Mère douloureuse, spectatrice éplorée des tortures infligées à son fils.

Stabat Mater Dolorosa (Dvoràk)

Par delà la profondeur religieuse et la simplicité de la prière qu’exprime cet extrait du Stabat Mater de Dvoràk, – « Eia mater, fons amoris »  (Elle, la mère, source d’amour) -, les images de presse regroupées dans cette vidéo transforment cet hommage individuel et sacré à la Mère douloureuse de Jésus torturé, en un hommage collectif et humain au courage de toutes les mères déchirées par le malheur de leurs enfants.

La mère, source d’amour, se tient toujours debout dans la douleur.

Eia Mater, fons amoris,           Ô Mère, source de tendresse,
me sentire vim doloris            Fais-moi sentir grande tristesse
fac, ut tecum lugeam.             Pour que je pleure avec toi.

Ω

A toutes les époques, qu’ils fussent investis par la foi et pénétrés d’esprit religieux, ou qu’ils se fussent tenus, pour diverses raisons, éloignés des églises, les compositeurs de musique ont écrit en hommage à Marie des partitions envoûtantes de beauté, et pas toujours nécessairement inscrites dans le cadre d’œuvre sacrée.

Nous connaissons tous pour les avoir mille fois entendus, voire même chantés, les Ave Maria de Gounod et de Schubert.

Croyants ou non croyants, nous nous sommes, au moins une fois, spontanément recueillis, aux premiers accents d’un chœur entonnant un Ave Maris Stella de Bach, de Grieg, de Liszt ou de leurs illustres prédécesseurs, Guillaume Dufay ou Claudio Monteverdi.

Quelle poitrine, gonflée de foi ou simplement d’humanité, ne s’est-elle pas sentie étreinte par l’angélique duo contralto/soprano qui ouvre le merveilleux Stabat Mater de Pergolèse? Quelle peau ne s’est-elle pas tendue, glacée, au souffle du Stabat Mater de Vivaldi? Quel poil ne s’est-il pas dressé dès les premiers accords bouleversants des basses qui débutent celui de Poulenc?

C’est une immense vertu de la musique, entre autres, que de savoir réunir au delà des croyances et des convictions, même quand les thèmes qui l’ont inspirée trouvent leur source dans la pensée religieuse. La vraie religion ne serait-elle pas la musique elle-même, capable de rassembler les êtres sous la bannière unique de l’émotion tout droit sortie d’un chant soufi, d’un lamento séfarade, d’un Sanctus chrétien ou des afflictions sentimentales d’un musicien génial?

Pour nous séduire la beauté se suffit à elle-même.

C’est cette beauté que souhaite partager ce billet, dans l’esprit profane qui seul l’anime. Beauté contenue dans des pages musicales peu jouées ou peu connues, prières ou hommages compassionnels à la Vierge Marie, et auxquelles, bien évidemment, chacun donnera la dimension intérieure qu’il souhaitera leur accorder.

Puissent-elles simplement nous illuminer de leur spirituelle splendeur…

… Et nous élever un peu!

Ω

Ave Maria piena di grazia (Otello de Verdi)

Cette prière à la Vierge Marie est ici chantée par Desdémone (Renée Fleming), épouse d’Otello, dans les derniers moments qui précèdent la tragédie de l’opéra de Giuseppe Verdi.

Le complot ourdi par Iago a consisté à faire croire à l’influençable Otello que Desdémone et Cassio sont épris l’un de l’autre. Le drame est sur le point de s’accomplir, Otello ayant menacé de tuer son épouse si la relation infidèle était avérée. Seule dans sa chambre, Desdémone pressent l’inéluctabilité de l’instant tragique, et implore une dernière fois la Vierge dans un Ave Maria superbe de finesse et de sensibilité, dont l’expression de sincérité serait capable de convertir le plus incroyant d’entre tous.

Ω

Ave Maria (dit de Caccini)

En réalité le compositeur de ce très beau moment est Vladimir Vavilov, un guitariste et luthiste russe du XXe siècle – il est mort en 1973.

En 1970 il écrit et publie cette œuvre en l’attribuant à Giulio Caccini, compositeur de la deuxième moitié du XVIe. Vavilov est assez coutumier du fait et attribue parfois des partitions écrites par lui à quelques lointains prédécesseurs, sans se soucier d’ailleurs de vérifier que le style de composition est en accord avec l’époque choisie.

Il n’empêche que le succès qu’a connu cet Ave Maria, de Caccini ou de Vavilov, n’est pas immérité. Il suffit, pour s’en convaincre avec plaisir d’écouter l’interprétation de la soprano japonaise Sumi Jo.

Ω

Ave Maria de Mascagni

Adapté du célèbre « Intermezzo » de l’opéra vériste que Pietro Mascagni écrivit avec succès en 1890, « Cavalliera rusticana », cet Ave Maria retrouve avec les interprètes modernes un regain de popularité.

Pour le découvrir ou l’apprécier encore, il suffit de se laisser envahir par la voix et le charme de Elina Garanca :

Ave Maria, Madre Santa,                                   Je vous salue Marie, Sainte Mère,
Sorreggi il piè del misero che t’implora,      Guidez les pas du malheureux qui vous supplie
In sul cammin del rio dolor                               Le long du chemin de douleur amère
E fede, e speme gl’infondi in cor.                    Et emplissez les cœurs de foi et d’espérance.

Ω

Ave Maria, Madre de Dios de William Gomez

Encore une splendide proposition de voyage vers le plus haut des cieux, avec la ravissante soprano russe Olga Zinovieva qui chante depuis les graviers brûlés du chemin cette incantation à la Vierge Marie composée par le jeune salvadorien William Gomez, âgé aujourd’hui de 28 ans.

Un bonheur!

ΩΩΩ

L’orthographe de « Dieu »

Il est de rares instants d’éternité où croire devient une évidence, rendant superflue toute question. Dans ces moments là, pour écrire le nom de DIEU, il se pourrait bien qu’on utilise les lettres B. A. C. H.

(En relisant cette phrase, je me demande si je ne devrais pas lui ajouter les guillemets que ma fraternité avec Cioran pourrait me faire omettre.)

Bach

Jean-Sébastien Bach – Cantate BWV 170 – Première aria

« Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust »
Repos délicieux, plaisir recherché de l’âme

Aafje Heynis (Contralto)

Enregistrement 1960

Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust,
Repos délicieux, plaisir recherché de l’âme,
Dich kann man nicht bei Höllensünden,
Tu ne peux pas être trouvé parmi les péchés de l’enfer,
Wohl aber Himmelseintracht finden;
Mais plutôt dans la concorde du paradis ;
Du stärkst allein die schwache Brust.
Toi seul renforce le cœur faible.
Drum sollen lauter Tugendgaben
Donc seuls les dons purs de la vertu
In meinem Herzen Wohnung haben.
Auront une place dans mon cœur.

La pénitence est douce

« Les femmes ont plus de honte de confesser une chose d’amour que de la faire. » (Marguerite de Navarre)

Giuseppe Moltenti - La confessione

Giuseppe Moltenti – La confessione

φ

LA PÉNITENCE EST DOUCE

Rosette, agenouillée au confessionnal,
Murmure : – Mon bon père, à vous, je m’en accuse :
J’ai trompé mon mari – Ma fille, c’est très mal,
Dit le prêtre… Et… combien de fois ? Rose, confuse,

Se trouble, balbutie, hésite… enfin répond :
Neuf fois ! – Hum! Depuis quand ? fait le prêtre. Alors Rose :
Depuis hier soir !  Et, sous le nuage blond,
De ses cheveux d’or fin, Rose devient plus rose.

Neuf fois depuis hier ! reprend le bon curé …
Je ne puis, d’un péché de pareille importance,
Vous absoudre aujourd’hui, sans avoir référé
A l’évêché qui fixera la pénitence !

Revenez dans huit jours !  L’évêché décréta
Qu’ayant fauté neuf fois, Rose aurait, pour sa peine,
A dire cinq Ave. Rose s’en acquitta
Et fut absoute… Mais au bout d’une semaine,

Au sacré tribunal, avec un air marri,
La voici qui revient s’accuser d’inconstance,
Disant : – Sept fois, encor, j’ai trompé mon mari :
Mon père, indiquez-moi quelle est ma pénitence.

Et lui, sur le tarif de l’absolution
Dernière, s’efforçant de se baser, calcule :
– Pour neuf fois, cinq Ave … D’une proportion,
Je dois donc, pour sept fois, établir la formule :

Cinq est à neuf comme X à sept… D’où je conclus
Qu’il faut… Ah ! C’est vraiment trop compliqué, ma chère …
Faites votre mari cocu deux fois de plus.
Et dites cinq Ave comme la fois dernière !

                                              Léon Vilbert (« Journal d’un épicurien »)

Introduction musicale : Mendelssohn – Sonate pour orgue (extrait)

Finale : Vivaldi (« In furore iustissimae irae » – Alleluia)

φ

« Jésus a pardonné à la femme adultère. Parbleu, ce n’était pas la sienne! » (Georges Courteline)

Un clic sur une image ouvre la galerie