La nuit 15 – Songe et mensonge

Parfois, dans le trouble embrumé du réveil, les mots se dérobent. Comment dire alors les images du rêve désormais évanoui qui s’affichent, furtives, par à-coups, et qui voudraient encore laisser croire à la douce réalité d’un bonheur, éphémère, dissout dans la nuit passagère qui l’avait créé ?

Seule la musique, dans la quête élégiaque d’un violon, peut raconter le rêve et les émois illusoires façonnés par le songe.

– Cours ! Cours jeune fille à travers la nuit ! Vois comme elle t’a menti !

Gabriel Fauré :  » Après un rêve « – Janine Jansen (violon) & Itamar Golan (piano)

Parfois les mots d’un poète inconnu spontanément s’unissent et se combinent pour raconter l’illusion brisée par le jour revenu.

La mélodie demeure…

Après le rêve, quelle plus belle voix et quelle plus belle diction que celles de Régine Crespin pour le continuer ?

Dans un sommeil que charmait ton image
Je rêvais le bonheur, ardent mirage,
Tes yeux étaient plus doux, ta voix pure et sonore,
Tu rayonnais comme un ciel éclairé par l’aurore ;

Tu m’appelais et je quittais la terre
Pour m’enfuir avec toi vers la lumière,
Les cieux pour nous entr’ouvraient leurs nues,
Splendeurs inconnues, lueurs divines entrevues,

Hélas! Hélas! triste réveil des songes
Je t’appelle, ô nuit, rends moi tes mensonges,
Reviens, reviens radieuse,
Reviens ô nuit mystérieuse!

Poème anonyme italien, adapté par Romain Bussine (1830-1899)

ℑℑℑ

 

Petite toilette de l’âme…

Venez, accompagnez-moi, rejoignons ces milliers de personnes et entrons avec elles, les yeux fermés pendant cinq minutes, dans cette « méditation ». Faisons un instant, ensemble, un brin de toilette à nos âmes.

Laissons-nous pénétrer par cette paix que chaque vibrato du violon instille jusqu’au fond de nos cœurs. Seule la musique possède ce pouvoir de rassembler et d’unir.

Quand elle atteint à ce paroxysme…

Cette vidéo est extraite de l’enregistrement du concert donné en 2006 à la « Berliner Waldbühne » –  Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Neeme Jarvi – Au violon Janine Jansen

La Méditation de Thaïs :

Massenet

Jules Massenet (1842-1912)

Jules Massenet, en 1893, compose « Thaïs », un opéra en trois actes d’après un roman de Anatole France.

Au IVème siècle, à Alexandrie, un moine cénobite, Athanaël, s’engage à convertir au christianisme Thaïs, courtisane tout entière tournée vers le culte de Vénus. Sa démarche aboutit et Thaïs rejoint un couvent d’où elle ne sortira que par sa mort quelque temps plus tard, comblée par sa propre rédemption. Athanaël comprendra que son attirance pour la belle n’était guidée que par ses sens, et reniera sa foi.

A l’acte II, au milieu de l’opéra, Athanaël se rend compte de la force de ses pulsions charnelles qui sape la foi qu’il affichait,  alors que Thaïs, courtisane livrée à l’ivresse des passions, affirme, dans un élan contraire, son renoncement au monde, délivrée désormais des contingences terrestres.

C’est à ce point capital de l’opéra, au moment  où les destinées des deux personnages s’inversent dans une symétrie dramatique, que le violon solo joue la « Méditation religieuse » devenue la « Méditation de Thaïs » quand cette pièce a été reprise, bien souvent, en concert, en dehors du contexte théâtral.