« Les baisers du soleil » : Butineurs d’ivoire…

Vient de paraître sur « De braises et d’ombre » :

« Les baisers du soleil » : Butineurs d’ivoire…

« […] Les insectes sont nés du soleil qui les nourrit. Ils sont les baisers du soleil, comme ma dixième Sonate qui est une sonate d’insectes. […] Je les éparpille aujourd’hui comme j’éparpille mes caresses. […] Si nous percevons les choses ainsi, le monde nous apparait comme un être vivant. »

Alexandre Scriabine
(Extrait d’une lettre adressée au musicologue russe Sabaneïev)

Alexandre Scriabine (1872-1915)

« Toute la vie de Scriabine semble ainsi comme une tentative de vaste prélude à un dépassement et un au-delà de la musique par la musique elle-même. »

Jean-Yves Clément – Alexandre Scriabine – Actes Sud Classica – P. 34

Un élan vers la lumière, à travers la porte qu’ouvre grand pour nous sur le « silence des sphères » la sonate pour piano N° 10  de Scriabine, interprétée par Yuja Wang.

что еще ? (What else ?)

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La nuit 11 – Noctuelles

« Les noctuelles des hangars partent, d’un vol gauche, cravater d’autres poutres. »
Léon-Paul Fargue

Hayami Gyoshu - Danse des flammes 1925

Hayami Gyoshu – Danse des flammes 1925

C’est ce vers de son ami, le poète Léon-Paul Fargue qui inspire à Maurice Ravel la première pièce,  » Noctuelles « , de son recueil impressionniste  » Miroirs « . Chacune des cinq pièces qui le composent sont en effet autant de miroirs tendus par le génial musicien à ses amis « Apaches » *, pour qu’ils se reconnaissent dans le portrait musical qu’il brosse de chacun d’eux.  Portraits tout en reflets et suggestions, signant l’entrée de Ravel dans l’univers de « l’impressionnisme «   que beaucoup ont voulu et veulent encore limiter au seul domaine de la peinture.

* Cercle amical d’artistes parisiens, chacun exerçant un art différent (peintre,chef d’orchestre, compositeur, poète…)  

Lui-même, dans  » Esquisse autobiographique «  en 1928, s’exprimera ainsi sur cette question :

« Les Miroirs forment un recueil de pièces pour le piano qui marquent dans mon évolution harmonique un changement assez considérable pour avoir décontenancé les musiciens les plus accoutumés jusqu’alors à ma manière. […] Le titre des Miroirs a autorisé mes critiques à compter ce recueil parmi les ouvrages qui participent du mouvement dit impressionniste. Je n’y contredis point, si l’on entend parler par analogie. Analogie assez fugitive d’ailleurs, puisque l’impressionnisme ne semble avoir aucun sens précis en dehors de la peinture. Ce mot de miroir en tout état de cause ne doit pas laisser supposer chez moi la volonté d’affirmer une théorie subjectiviste de l’art. »

Dans la nuit chaude de l’été, les noctuelles fuient les ombres inquiétantes. Rassemblées autour de la flamme, elles s’adonnent à une ronde frénétique et fantasque, se précipitant, comme pour un défi téméraire, chacune à son tour, au plus près du foyer au risque de se brûler les ailes. Transe débridée, vol saccadé de ces insectes fous de la lumière, qu’imitent les escalades et désescalades rapides d’arpèges. Les rythmes et les harmonies inhabituels qu’utilise ce Ravel nouveau, maintiennent le mystère de cette ambiance nocturne, dans laquelle on se laisserait volontiers emporté, léger et translucide, sur l’aile d’un papillon de nuit.

 Le papillon de nuit : un jeune et brillant pianiste autrichien : Andreas Donat